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Breaking the silence

Breaking the silence, association d’anciens soldats israéliens militant contre l’occupation de la Palestine, a publié sur Facebook en hébreu et en français d’autres photos de soldats de Tsahal humiliant des Palestiniens.

Le journaliste et photographe Dmitry Reider a aussi publié des photos de ce qui est une pratique courante de l’armée d’occupation : Much more graphic IDF « souvenir » pictures emerge, Dimi’s notes.

Dans son éditorial, le quotidien israélien Ha’aretz explique

L’expérience d’Aberjil est le reflet d’une culture qui a pris racine au cours de décennies d’occupation, qui perçoit les prisonniers palestiniens comme des sous-hommes – objets d’amusement au mieux et au pire d’abus. C’est une culture qui donne lieu à un comportement épouvantable comme forcer les détenus à danser, à chanter des chansons israéliennes patriotique et militaire, ou de les photographier comme un chasseur avec sa proie. Ces expériences ne sont pas différents de celles des soldats américains abusant d’Irakiens à Abou Ghraïb en 2004.

Mais, comme le rappelle Le Figaro

Depuis 2004, Breaking the silence a collecté plus de 650 témoignages de soldats et dispose désormais d’une importante base de documentation composée d’écrits, de vidéos et de photographies.

Parmi ces documents, des centaines de clichés similaires à ceux d’Eden Abargil, que l’association utilise depuis des années pour dénoncer les exactions des soldats israéliens en Palestine. Breaking the silence les avait même exposés à Tel Aviv en 2004. Sans succès : ces photos n’ont jamais généré le retentissement de celles de la soldate.

18/08/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Témoignages de femmes soldats, Breaking the silence.
Chronique Colonisation de la Palestine 2010, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Résistance à la colonisation de la Palestine, Monde en Question.

L’image de Tsahal

Des photos d’une soldate israélienne posant souriante au côté de prisonniers palestiniens les yeux bandés et mains liées ont provoqué un émoi en Israël, après leur diffusion lundi par la télévision publique.
La jeune femme, Eden Abargil, a posté ses photos avec les détenus dont elle avait la garde sur sa page du réseau de socialisation Facebook, la télévision publique israélienne les diffusant en soirée à son tour.
L’armée israélienne a dénoncé, dans un communiqué, « le comportement honteux de la soldate » précisant qu’elle avait achevé son service militaire il y a un an.
Les images sont sous titrées « L’armée, la meilleure période de ma vie ». On y voit la soldate au côté de Palestiniens les yeux bandés et les mains liées, dans une base de l’armée.
Le directeur du Comité israélien contre la torture, Yishaï Menuchim, a stigmatisé dans un communiqué le comportement de la soldate, estimant qu’il « illustre une attitude qui est devenue une norme consistant à traiter les Palestiniens comme des objets et non des êtres humains ».
AFP

Lire aussi :
• IDF soldier posts images of blindfold Palestinians on Facebook, from « best time of my life », Ha’aretz.
• Une officier israélienne se met en scène aux côtés de prisonniers palestiniens, France 24.
• Une jeune militaire israélienne se prend en photo avec des prisonniers palestiniens, 20 minutes.
• Sur Facebook, un petit « Abou Ghraïb » choque Israël, Rue89.
Chronique Colonisation de la Palestine 2010, Monde en Question.

Les criminels de guerre s’amnistient

L’État d’Israël est un pays qui n’a pas de Constitution parce que les religieux n’en veulent pas et où les colons armés, soutenus par Tsahal, et les religieux ultra-orthodoxes font la loi. L’armée, pourtant discréditée depuis l’invasion et le retrait du Liban(1982-2000) et sa défaite lors de la guerre de 2006, reste un pilier de l’État [1].

Après le valeureux exploit du raid sanglant contre de la flottille, qui tenta de forcer le blocus de Gaza imposé aux Palestiniens par l’État d’Israël depuis juin 2007, l’État d’Israël a confié à Tsahal une enquête sur ses propres crimes via la commission Turkel.

Les conclusions de la commission étaient connues d’avance. Si «le rapport dénonce une préparation défaillante (dans la collecte de renseignements) avant l’arrivée (de la flottille) et une préparation défaillante dans la stratégie d’intervention, l’évaluation de la situation et l’organisation de l’opération», il absout les militaires sous prétexte que «les commandos de marine n’ont fait que maintenir le blocus de la bande de Gaza, indispensable selon elles pour empêcher les islamistes du Hamas d’obtenir des armes» [2].

En clair, le rapport dénonce un défaut de coordination interne entre la marine et le Mossad et des erreurs lors de la planification et l’exécution de l’assaut contre la flottille humanitaire pour Gaza, mais pas le principe du raid – en violation du droit international – ni ses conséquences mortelles – les morts étant qualifiés de terroristes pro-palestiniens.

Les médias dominants applaudissent cette auto-amnistie des crimes de guerre commis par l’armée israélienne en Palestine comme ils absolvent les crimes de guerre commis par l’armée française en Algérie [3].

12/07/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde


[1] Lire :
• C’est la Torah qui commande !, Monde en Question.
• Guerre israélienne contre le Liban 1982-2000, Wikipédia.
• Guerre israélienne contre le Liban 2006, Wikipédia.
[2] Revue de presse :
• 08/07/2010, Army inquiry slams flotilla raid’s planning, Ynetnews.
• 12/07/2010, Critical flotilla report expected, The Jerusalem Post.
• 12/07/2010, High Court open to widening scope of Gaza flotilla probe, Ha’aretz.
• 12/07/2010, IDF to blame navy in scathing report on Gaza flotilla raid, Ha’aretz.
• 12/07/2010, Une enquête d’Israël critique le raid de l’armée sur la flotille, Reuters-Yahoo! Actualités.
• 12/07/2010, L’enquête sur la flottille disculpe mais critique Tsahal, Reuters-Yahoo! Actualités.
Chronique Colonisation de la Palestine 2010, Monde en Question.
[3] LEFORT Serge, Le Monde engage Bigeard, Monde en Question.

Crimes de guerre de Tsahal à Gaza

Des soldats de Tsahal parlent d’une guerre sans retenue à Gaza, Reuters-Yahoo! Actualités.

Accusé par Amnesty International, Human Rights Watch et l’Onu d’avoir causé des pertes civiles et des destructions injustifiables en décembre et janvier dans la bande de Gaza, l’Etat d’Israël a toujours rejeté ces mises en cause.

Plusieurs soldats de Tsahal ayant participé à cette opération affirment à présent que leurs chefs militaires les ont incités à tirer d’abord et à se préoccuper ensuite de distinguer les combattants des civils.

En conséquence, témoignent-ils, leurs forces se sont ruées dans le territoire enclavé sans retenir leurs tirs.

Selon ces trente soldats, dont les témoignages anonymes ont été recueillis par l’ONG « Breaking the Silence », la priorité de l’armée était de minimiser ses pertes afin de s’assurer du soutien populaire israélien à l’opération.

« Mieux vaut atteindre un innocent qu’hésiter à viser un ennemi »: c’est en ces termes qu’un soldat résume la façon dont il a compris les instructions répétées durant les briefings préliminaires et durant l’intervention, qui a duré 22 jours, du 27 décembre 2008 au 18 janvier 2009.

« Dans le doute, tuez. La puissance de feu était insensée. On arrivait et les explosions étaient hallucinantes. Dès l’instant où on arrivait à nos positions, on commençait à tirer sur tout ce qui était suspect », raconte un autre.

L’objectif annoncé de l’opération « Plomb Durci » était de mettre fin aux tirs de roquettes des activistes islamistes du Hamas vers le sud d’Israël.

Selon une ONG palestinienne, le bilan des combats côté palestinien s’établit à 1.417 tués, dont 926 civils. L’armée israélienne parle de 1.166 morts dont 295 civils. Côté israélien, dix soldats et trois civils ont péri.

Des rues entières de Gaza ont été rasées pour réduire le risque des tireurs embusqués et des pièges explosifs. Selon les Nations unies, les quelque 600.000 tonnes de gravats commencent à peine à être déblayées, six mois après la fin de l’opération.

L’armée israélienne, qui repose essentiellement sur la conscription, interdit formellement à ses soldats de parler aux médias. Le rapport de 112 pages de « Breaking the Silence » contient le témoignage de trente soldats « ayant servi dans tous les services impliqués dans l’intervention ».

« La majorité (…) sont encore en service dans leurs unités et, profondément alarmés par la dégradation morale des Forces de défense israéliennes (FDI), se sont tournés vers nous. (Leurs témoignages) suffisent à mettre en doute la crédibilité de la version officielle de l’armée », peut-on lire dans ce document.

Dans un communiqué, l’armée israélienne rejette ces critiques, qu’elle estime « basées sur des on-dit », mais s’engage à enquêter en cas de plainte formelle pour exactions, tout en assurant que ses soldats ont respecté le droit international durant « des combats complexes et difficiles ».

A l’exception d’un sergent prénommé Amir, l’ensemble des soldats parlent sous anonymat, et leurs visages sont floutés dans les témoignages filmés. La transcription des propos est disponible sur le site Breaking the Silence.

L’ONG indique disposer de financements de la part d’associations israéliennes de défense des droits de l’homme ainsi que des gouvernements britannique, néerlandais et espagnol et de l’Union européenne.

Plusieurs soldats décrivent une procédure de fouille de maisons où des civils étaient forcés à entrer dans des bâtiments suspects devant les soldats. Ils citent plusieurs cas dans lesquels des civils devaient s’avancer tandis qu’un militaire, derrière lui, reposait son fusil sur son épaule.

Le rapport évoque également l’emploi sans discernement de munitions incendiaires au phosphore blanc dans les rues de Gaza -ce que Tsahal dément-, des « destructions massives ne répondant à aucune menace directe » et des règles d’engagement « permissives ».

« On ne nous disait pas de tirer sur tout ce qui bouge. Mais la consigne générale était: si vous vous sentez menacés, tirez. Ils n’arrêtaient pas de nous dire que c’était la guerre et qu’à la guerre, on fait feu à volonté », se souvient un soldat.

Pour priver les combattants du Hamas d’abris, des secteurs entiers, comprenant parfois des jardins et des vergers, ont été rasés par bombardements, tirs d’artillerie, explosifs et bulldozers.

« Nous n’avons pas vu une seule maison intacte (…). Les infrastructures, les chemins, les champs, les routes, tout était en ruines. Les (bulldozers) D-9 avaient tout écrasé », raconte un militaire.

Dans le préambule du rapport, « Breaking the Silence » affirme que l’armée israélienne s’efforce de prouver que si des exactions ont été commises à Gaza, elles étaient le fait de « soldats isolés ».

Mais ce témoignage suggère que « le coup violent et sans précédent porté aux infrastructures et aux civils de la bande de Gaza est le résultat direct de la politique des FDI ».

Tsahal a utilisé des Gazaouis comme boucliers humains, accusent des soldats israéliens, AP-Yahoo! Actualités.

Les soldats israéliens ont utilisé des civils palestiniens comme boucliers humains durant leur offensive dans la Bande de Gaza et ont eu la gâchette facile, causant des morts injustifiées, selon les témoignages publiés mercredi de soldats ayant participé à l’opération « Plomb durci ». L’armée parle de calomnie.

« Parfois, les militaires entraient dans une maison en plaçant le canon de leur fusil sur l’épaule d’un civil et ils avançaient en l’utilisant comme bouclier humain. Les commandants disaient que c’étaient les instructions et que nous devions le faire », a rapporté un soldat.

Ce témoignage corrobore ceux collectés par Amnesty International sur place, selon lesquels les membres de Tsahal ont utilisé des Palestiniens comme boucliers humains pour inspecter des lieux ou des objets qu’ils soupçonnaient d’être piégés. Une enquête de l’ONU est en cours.

Alors que Tsahal affirme n’avoir eu recours au phosphore blanc que pour éclairer le ciel ou créer des rideaux de fumée, un autre soldat affirme que des obus contenant cette substance ont été utilisés pour mettre le feu à une maison suspectée d’abriter des armes. « La maison est partie en fumée », a-t-il déclaré à l’association Shovrim Shtika/Breaking the Silence (« Briser le silence »), qui publie le rapport.

Cette organisation de réservistes a été créée en 2004 pour recueillir les témoignages des militaires qui avaient servi en Cisjordanie durant la Deuxième Intifada. Elle a déjà publié plusieurs ouvrages, notamment sur Hébron.

Le fascicule paru mercredi rassemble les témoignages de 26 soldats ayant participé à l’opération « Plomb durci » (27 décembre 2008-18 janvier 2009). Leur identité n’est pas révélée pour les protéger de toutes représailles mais ils seraient « heureux de témoigner » si une enquête formelle était lancée, assure Breaking the Silence.

Presque tous ces militaires estiment que Tsahal a utilisé une force disproportionnée dans la Bande de Gaza. Ils s’interrogent notamment sur l’usage d’artillerie lourde dans des zones densément peuplées.

« Il n’y avait pas besoin d’utiliser des armes comme les mortiers, comme le phosphore », considère l’un d’eux. « J’ai l’impression que Tsahal cherchait une occasion de montrer sa force. »

L’armée israélienne, qui tient le Hamas pour responsable de la plupart des morts de la guerre à Gaza, accuse Breaking the Silence de « diffamation ». Elle souligne que les informations contenues dans le fascicule ne peuvent être vérifiées car les témoignages sont anonymes et les détails ont été effacés. Elle exhorte les soldats ayant des doléances de ce type à déposer plainte officiellement.

Lire aussi :
• Israeli soldiers talk about the occupied territories, Breaking the Silence
• Dossier documentaire & Bibliographie Résistance à la colonisation de la Palestine
• Dossier documentaire & Bibliographie Palestine/Israël

Qui arme Israël et le Hamas ?

Patrice BOUVERET, Pascal FENAUX, Caroline PAILHE, Cédric POITEVIN, Qui arme Israël et le Hamas ? – La paix pass(é)e par les armes ?,
Groupe de Recherche et d’Information sur la Paix, 2009

« La guerre la plus brutale qu’Israël ait jamais entreprise ». C’est ce qu’écrivait le 20 janvier 2009 le quotidien israélien Ha’aretz au lendemain de l’opération Plomb durci.

Après cette « guerre de Gaza », bien des questions se posent. D’où viennent ces armes qui offrent à l’Etat hébreu son écrasante supériorité militaire ? Pourquoi un tel recours à la force ? Qu’en est-il du respect des lois de la guerre ?

Le présent ouvrage cible les questions militaires et humanitaires – au-delà des événements de Gaza – et tout particulièrement la problématique des transferts d’armements vers Israël.
Premier fournisseur : les Etats-Unis dont l’incommensurable aide militaire est inscrite dans des accords solides.
Suit l’Union européenne qui reste une source d’approvisionnement secondaire – avec la France en numéro un et la Belgique en quatrième place – mais dont la signification politique ne peut être éludée.
Il évoque également les armes du Hamas, artisanales pour la plupart, dont l’utilisation indiscriminée contre des populations civiles israéliennes est à la fois condamnable et contre-productive.

Le livre explore ensuite les origines de ce qu’on est bien obligé de nommer la « violence d’Etat » israélienne. Et d’expliquer qu’une certaine culture de la forteresse assiégée a fini par produire une société convaincue de sa vulnérabilité face à un environnement hostile et donc du bien-fondé de ses guerres.

Viennent enfin plusieurs rapports d’organisations internationales (Amnesty International, Human Rights Watch, Comité international de la Croix-Rouge) qui jugent sévèrement les pratiques de Tsahal, et aussi celles du Hamas.

Lire aussi :
• Qui participe au massacre des libanais et des palestiniens ?, Loubnan ya Loubnan
• Bibliographie Palestine/Israël

Heurts entre pacifistes et soldats israéliens

Des échauffourées entre soldats israéliens et militants pacifistes étrangers ont fait plusieurs blessés légers samedi près de Safa, au nord de Hébron, en Cisjordanie occupée, ont rapporté des témoins.

Les blessés, parmi lesquels un photographe de Reuters, souffrent de contusions et de plaies légères.

Les pacifistes voulaient accompagner des paysans palestiniens jusqu’à des champs mais en ont été empêchés par les soldats.

Un porte-parole de Tsahal a précisé que ce secteur était une zone militaire interdite aux Israéliens et aux étrangers, et uniquement accessible aux Palestiniens.

Reuters-Yahoo! Actualités

Tsahal agresse des diplomates

Les soldats israéliens ont agressé plusieurs fois des diplomates français.

Si Nicolas Sarkozy fait beaucoup d’efforts pour se rapprocher de l’Etat hébreu, on ne peut pas dire que la réciproque soit vraie. A preuve la multiplication des «bavures» commises par les forces de sécurité israéliennes à l’encontre de ressortissants français en mission et soigneusement étouffées par le Quai d’Orsay. Lundi, la directrice du centre culturel français de Naplouse (Cisjordanie) a été sortie de son véhicule, jetée à terre et rouée de coups par des militaires israéliens près de Jérusalem. «Je peux te tuer», a lancé en anglais l’un des soldats. Sa voiture portait pourtant des plaques diplomatiques. Depuis, on lui a déconseillé de porter plainte pour ne pas «gêner» la visite de Nétanyahou. Mardi, c’est le directeur du centre culturel de Jérusalem-Ouest, Olivier Debray, qui, à bord d’un véhicule pourvu de plaques consulaires, a été insulté par des policiers.

Libération

Gaza : de jeunes conscrits parlent

Comme promis, voici la traduction du document qui fait parler. De jeunes conscrits s’expriment en toute liberté sur ce qu’ils ont vu ou vécu à Gaza. Il ne faut pas s’attendre à des récits de boucherie, mais plutôt à des descriptions de «petits meurtres ordinaires». Ce qui frappe, au premier abord, c’est la franchise, pour ne pas dire la candeur, de ces jeunes soldats. Certains sont révoltés, d’autres ont un langage quasi désincarné et parlent technique militaire. Ce qui frappe aussi : le décalage entre conscrits et réservistes, et le rôle pour le moins trouble que joue le rabbinat, qui fait passer chez les soldats un message proche du messianisme et de la guerre sainte. La naïveté de ces jeunes soldats, scandalisés qu’une famille palestinienne dont certains membres font partie du Hamas ait pu faire ami-ami avec eux en leur «mentant» (ils sauvaient leur peau, quand même !). Et bien d’autres choses (chacun est libre de tirer ses propres conclusions à partir d’un texte brut comme celui-ci. L’impression qui se dégage est qu’à Gaza, tout était permis et que les supérieurs hiérarchiques ont laissé faire, au mieux. Certains médias, juifs en particulier, préféreront parler des erreurs (réelles) de la presse, par exemple au sujet du vrai-faux bombardement de l’école de l’UNRWA. Mais l‘arbre cache la forêt. Peut-être serait-il temps de regarder les choses en face. La guerre de Gaza a été de la sauvagerie (outre le fait que, sur le plan politique, elle a été inutile, mais c’est une autre histoire). Le discours final, consterné, de l’instructeur en chef de ces jeunes conscrits en dit long.

Moins d’un mois après l’opération militaire dans la bande de Gaza [1] , plusieurs dizaines de diplômés du programme de préparation prémilitaire «Itzhak Rabin» étaient réunis au Collège d’Oranim à Kiryat Tivon. Depuis 1998, ce progamme a préparé ses participants à ce qui est considéré comme un service militaire «à contenu». Nombreux sont ceux qui ont un rôle majeur dans des unités combattantes ou d’élite de l’armée. Le fondateur du programme, Danny Zamir, le dirige encore aujourd’hui et accomplit également ses périodes de réserve en tant que sous-commandant d’un bataillon.

Vendredi 13 février, Zamir avait invité des soldats et des officiers qui avaient suivi son programme pour un long débat sur leurs expériences à Gaza. Ils se sont exprimés ouvertement, mais avec une frustration considérable.

Ce qui suit est composé de longs extraits de la transcription de cette rencontre, publiée mercredi dans le bulletin du programme, Briza. Les noms des soldats ont été modifiés pour préserver leur anonymat. La rédaction de Briza a aussi choisi de ne pas publier certains des détails qui concernent l’identité d’une unité dont la conduite à Gaza s’est révélée problématique.

Danny Zamir : «Ce soir, notre intention n’est pas d’évaluer les résultats et l’importance diplomatico-politique de cette opération, ni des aspects militaires systémiques. Mais un débat est nécessaire parce que, tous l’ont dit, cela a été une action militaire exceptionnelle dans le sens où elle a fixé de nouvelles limites au code éthique, aussi bien dans l’histoire de Tshal que dans celle d’Israël dans son ensemble. Il s’agit d’une action qui a causé des destructions massives chez des civils. Je ne suis pas certain qu’il aurait été possible de faire autrement, mais au bout du compte, nous en avons fini avec cette opération et les Qassams ne sont pas paralysées. Il est fort possible que cette opératin se répète, sur une plus grande échelle, dans les années à venir, parce que le problème que pose la bande de Gaza n’est pas simple et il n’est pas du tout certain qu’il soit résolu. Ce que nous souhaitons ce soir, c’est entendre les combattants.»

Aviv : «Je commandais une compagnie de la brigade Givati encore à l’entraînement. Nous sommes entrés dans un quartier de la partie sud de la ville de Gaza. En gros, c’était une expérience étrange. Pendant l’entraînement, on attend le jour où l’on va entrer dans Gaza, et à la fin, on se rend compte que ce n’est pas vraiment ce qu’on t’a raconté. C’était plus comme, genre, tu t’empares d’une maison, tu fiches les occupants dehors et tu t’installes. Nous sommes restés dans une maison environ une semaine.»

«Vers la fin de l’opération, il y a eu un plan pour entrer dans une zone de Gaza densément peuplée. Dans les briefings, ils ont commencé à nous parler d’ordres d’ouvrir le feu à l’intérieur de la ville parce que, comme vous le savez, ils ont utilisé une puissance de feu considérable et tué en chemin un nombre énorme de gens, afin qu’on ne nous tire pas dessus et qu’on ne se fasse pas tuer. Au début, l’action consistait à entrer dans une maison. Nous étions censés y entrer avec un véhicule de transport blindé appelé « Akhzarit  » (liitéralement ; «cruel») pour nous introduire à l’intérieur par la porte du rez-de-chaussée et de commencer à tirer une fois à l’intérieur et puis … J’appelle ça un meurtre .. De fait, nous devions monter étage par étage et toute personne que nous voyions, nous devions la tuer. Je me suis demandé : où est la logique dans tout ça ?»

«Au-dessus de nous, on nous a dit que c’était permis, parce quiconque était resté dans le secteur et à l’intérieur de Gaza était de fait condamné, un terroriste, parce qu’ils ne s’étaient pas enfuis. J’ai eu du mal à comprendre : d’un côté, ils n’ont pas vraiment où fuir, mais de l’autre on nous dit que s’ils n’ont pas fui, c’est de leur faute… Ca m’a aussi fait un peu peur. J’ai tenté d’exercer un peu d’influence pour changer cela, autant qu’il était possible depuis ma position de subordonné. A la fin, l’ordre a consisté à entrer dans une maison, de se servir de mégaphones et de dire aux occupants : « Allez, tout le monde dehors, vous avez cinq minutes, quittez la maison, quiconque ne le fait pas sera tué.« »

«Je suis allé voir les soldats et leur ai dit : « les ordres ont changé. On entre dans la maison, ils ont cinq minutes pour partir, on les fouille pour voir s’ils n’ont pas d’armes, et alors seulement, on commence à investir la maison étage par étage pour nettoyer tout ça… Cela veut dire, entrer dans la maison, ouvrir le feu sur tout ce qui bouge, lancer une grenade, tout ça. Et alors, il s’est passé un truc très troublant. L’un de mes soldats est venu me voir et m’a demandé : « Pourquoi ? » J’ai dit : « Qu’est-ce qui n’est pas clair ? On ne veut pas tuer des civils innocents. » Lui : « Ah ouais ? Tous ceux qui sont là-dedans sont des terroristes, c’est bien connu. » Je dis : « Tu penses que ces gens vont vraiment s’enfuir ? Non, personne ne va fuir » Il répond : « C’est clair« . Et ses copains se joignent à lui : « Il faut tuer tous ceux qui sont là-dedans. Ouais, toute personne qui se trouve à Gaza est un terroriste », et tous les autres trucs dont les médias nous farcissent la tête

«Alors, j’essaie d’expliquer au gars que tout le monde là-bas n’est pas terroriste et que, après qu’il aura tué, disons, trois enfants et quatre mères, il montera à l’étage supérieur et tuera encore une vingtaine de personnes. Finalement, il s’avère que la maison a 8 étages, 5 appartements par étage, quelque chose comme 40 – 50 familles à tuer. J’ai essayé d’expliquer qu’il fallait les laisser partir, et seulement alors investir la maison. Ca n’a pas servi à grand-chose. C’est vraiment frustrant de constater que pour eux, dans Gaza, ils ont le droit de faire ce qu’ils veulent, casser des portes ou des maisons, tout ça parce que c’est cool.»

«L’iimpression donnée par les officiers est qu’il n’y a aucune logique là-dedans mais qu’ils laissent faire. Ecrire ‘mort aux Arabes’ sur les murs, prendre des photos de famille et cracher dessus, seulement parce qu’on peut. Je pense que c’est la chose la plus importante pour comprendre dans quoi l’éthique de Tshal est tombée, vraiment, c’est ce dont je me souviendrai.»

«L’un de nos officiers, qui commande une compagnie, a vu quelqu’un arriver sur une route, une femme, une vielle femme. Elle marchait, assez loin, mais assez près pour s’en prendre à elle. Suspecte ou pas ? Je ne sais pas. Finalement, l’officier a envoyé des hommes sur le toit pour l’éliminer. Par la description de cette histoire, j’ai senti qu’il s’agissait d’un meurtre de sang-froid.»

Zamir : «Je ne comprends pas. Pourquoi a-t-il fait tirer sur elle ?»

Aviv : «C’est ce qu’il y a de bien, genre, à Gaza. Tu vois quelqu’un marcher sur une route. Il n’a pas besoin d’être armé, tu n’as pas besoin de l’identifier, tu tires et c’est tout. Avec nous c’était une vieille femme, sur qui je n’ai vu aucune arme. L’ordre était dé l’éliminer au moment où tu la voyais.»

Tzvi : «Les descriptions d’Aviv sont exactes, mais il est possible de comprendre d’où ça vient. Et cette femme, on ne sait jamais si… Elle n’avait pas à être là, il y a eu des annonces, des bombardements. La logique dit qu’elle n’autait pas dû se trouver là. La façon dont tu le décris, un meurtre de sang-froid, ce n’est pas bien. On sait qu’ils ont des éclaireurs et tout ça.»

Gilad : «Avant même que nous ne rentrions, le commandant du bataillon a été très clair : une leçon importante de la guerre du Liban a été tirée sur la manière dont Tsahal entre, avec beaucoup de feu. L’intention était de protéger les soldats par la puissance de feu. Dans l’opération, les pertes de Tsahal ont été vraiment minimes, et le prix a été que beaucoup de Palestiniens ont été tués.»

Ram : «Je fais mon service dans une compagnie de la brigade Givati. Après que nous sommes entrés dans les premières maisons, il y a eu une maison avec une famille à l’intérieur. L’entrée a été relativement calme. Nous n’avons pas ouvert le feu, nous n’avons fait que crier à tout le monde de descendre. Nous les avons placés dans une pièce, puis nous avons quitté la maison pour y entrer par une autre issue. Quelques jours plus tard, l’ordre a été donné de libérer la famille. Les soldats avaient pris position sur le toit, avec un sniper. Le commandant du peloton a laissé la famille sortir et leur a dit de prendre à droite. Une mère et ses deux enfants n’ont pas compris et ont pris à gauche, mais on avait oublié de dire au sniper sur le toit qu’ils étaient libres de partir, que ça allait et qu’il ne devait pas tirer et il … il a fait ce qu’il avait à faire, il suivait les ordres, c’est-à-dire.»

Question du public : «A quelle distance cela se passait-il ?»

Ram : «Environ 100 à 200 mètres. Les gens étaient sortis de la maison, ils avaient avancé un peu, et soudain il les a vus, des gens qui se déplaçaient dans une zone où il était interdit de circuler. Je ne crois pas qu’il se soit senti mal à cause de ça. Après tout, pour ce qui le concernait, il avait accompli son job selon les ordres qu’il avait reçus. Et l’atmosphère générale, d’après ce que j’ai compris de ce que m’ont dit mes hommes … Je ne sais pas comment le décrire … La vie des Palestiniens, disons, comptait beaucoup beaucoup moins que la vie de nos soldats. Pour leur part, ils peuvent justifier ça ainsi.»

Youval Friedman (instructeur en chef au programme Rabin) : «Il n’y a pas eu un ordre permanent précisant qu’il fallait une autorisation pour ouvrir le feu ?»

Ram : «Non. Cet ordre existe, au-delà d’une certtaine ligne. L’idée est que tu as peur qu’ils ne t’échappent. Si un terroriste s’approche de trop près, il pourrait faire exploser la maison ou quelque chose comme ça.»

Zamir : «Après une tuerie comme ça, par erreur, Tsahal procède-t-il à une quelconque enquête ? Examine-t-on ce qui aurait pu être corrigé ?»

Ram : «Pour l’instant, personne n’est venu de l’unité d’enquête de la police militaire. Il n’y a eu aucune … Pour tous les incidents, il y a des enquêtes individuelles et des évaluations d’ordre général sur la conduite de la guerre. Mais ils ne se sont pas attachés à ça en particulier.»

Moshe : «L’attitude est très simple. Ce n’est pas agréable à dire, mais tout le monde s’en fiche. On n’enquête pas là-dessus. C’est du combat, de la routine en matière de sécurité.»

Ram : «Ce dont je me souviens en particulier, c’est qu’il régnait au début un sentiment de mission quasi religieuse. Mon sergent étudie dans une yeshiva. Avant l’attaque, il a réuni tout le bataillon et conduit une prière pour ceux qui partaient se battre. Un rabbin de brigade se trouvait là. Après, le rabbin est venu dans Gaza et s’est déplacé dans tous les sens pour nous taper sur l’épaule, nous encourager et prier avec d’autres. Quand nous étions à l’intérieur [de Gaza], ils nous envoyaient aussi ces livrets remplis de psaumes, une tonne de psaumes. Je pense que, au moins dans la maison où nous sommes restés une semaine, on aurait pu remplir la maison avec tous les psaumes qu’ils nous ont envoyés, et d’autres livrets du même genre.»

«Il y avait un fossé immense entre ce que l’Education militaire nous envoyait et ce que nous envoyait le rabbinat militaire. L’Education a publié un argumentaire pour les officiers, quelque chose sur l’histoire d’Israël qui s’est battu à Gaza, depuis 1948 jusqu’à nos jurs. Le rabbinat a apporté un tas de petits livres et d’articles et … le message était très cliar. Nous sommes le peuple d’Israël, nous sommes venus sur cette terre par miracle, Dieu nous a ramenés sur cette terre, et maintenant, nous devons combattre pour expulser les Gentils, qui nous gênent dans notre conquête de la terre sainte. C’était ça le message principal, et beaucoup de soldats avaient le sentiment que cette opération était une guerre religieuse. Depuis ma position d’officier qui devait «expliquer», j’ai essayé de parler de politique, des courants dans la société palestinienne, du fait que tout le monde à Gaza n’appartenait pas au Hamas, et que tous les habitants ne cherchaient pas à nous abattre. J’ai voulu expliquer aux soldats que cette guerre n’était pas pour la sanctification de Dieu, mais pour arrêter les Qassams.»

Zamir : «J’aimerais demander aux pilotes parmi nous, Gideon et Yonatan, de nous donner un peu leur point de vue. En tant que fantassin, cela m’a toujours intéressé. Quelle impression a-t-on quand on bombarde une ville comme ça ?»

Gideon : «D’abord, à propos de ce que tu as dit sur la folle puissance de feu. Depuis le tout début des raids aériens, les quantités de feu ont été impressionnantes, et c’est essentiellement ce qui a poussé les gens du Hamas à se cacher dans les abris les plus souterrains et les a empêchés de se montrer jusque environ deux semaines après les combats. En général, la manière dont ça fonctionne pour nous, juste pour que vous compreniez un peu les différences, c’est que j’arrivais la nuit à l’escadrille, j’effectuais un raid sur Gaza et puis je rentrais chez moi dormir à Tel Aviv, au chaud dans mon lit. Je ne suis pas coincé dans un lit dans une maison palestinienne, la vie est un peu meilleure.»

«Avec mon escadrille, je ne vois pas un terroriste qui lance une Qassam, puis décide de décoller et de l’avoir. Il y a tout un système pour nous soutenir, qui nous sert d’yeux et d’oreilles, et des renseignements pour chaque avion qui décolle et qui créent de plus en plus de cibles en temps réel, chacune avec un niveau de légitimité plus ou moins grand. En tout cas, j’essaie de croire que ces cibles sont déterminées selon le dégré de légitimité le plus haut possible.»

«Ils [les pilotes] lâchaient des tracts sur Gaza, tiraient parfois un missile depuis un hélicoptère sur le coin d’une maison, juste pour secouer un peu la maison et faire fuir tout le monde. Ces techinques ont marché. Les familles sont sorties, et vraiment, quand les soldats sont entrés dans les maisons, elles étaient assez vides, au moins de civils innocents. De ce point de vue, ça a marché.»

«En tout cas, j’arrive à l’escadrille, on me donne une cible, une description et des coordonnées. En gros, je m’assure simplement que ça ne se trouve pas à l’intérieur de nos lignes. Je regarde la photo de la maison que je suis censé attaquer, je vois qu’elle correspond à la réalité, je décolle, je pousse sur le bouton et la bombe atterrit toute seule dans un rayon d’un mètre de la cible.»

Zamir : «Chez les pilotes, y a-t-il aussi des paroles ou des sentiments de remords ? Par exemple, j’ai été été terriblement surpris par l’enthousiasme qui a accompagné la tuerie des policiers de la circulation de Gaza, le premier jour de l’opération. Ils ont tué 180 flics. En tant que pilote, j’aurais remis ça en question.»

Gideon : «Il y a deux aspects à ça. Sur le plan tactique, tu les appelles de « policiers ». Dans tous les cas, ils sont armés et appartiennent au Hamas … En des temps meilleurs, ils prennent des gens du Fatah, les jettent des toits et voient ce qui se passe. Concernant ce qu’on pense, tu passes du temps avec ton escadrille et il y a quantité de débats sur l’importance du combat et des valeurs qui lui sont attachées, sur ce que nous faisons, il y a de quoi parler. Mais à partir du moment où tu démarres le moteur jusqu’à ce que tu l’éteignes, toutes tes pensées, toute ta concentration et ton attention sont sur la mission que tu dois effectuer. Si tu as un doute injustifié, tu es susceptible de causer une bavure encore plus grande et détruire une école avec 40 enfants. Si le bâtiment touché n’est pas celui que j’étais censé toucher, mais une maison avec des gars à nous à l’intérieur, le prix de l’erreur est très très grand.»

Question du public : «Y a-t-il eu quelqu’un dans l’escadrille qui n’a pas appuyé sur le bouton, qui y a réfléchi à deux fois ?»

Gideon : «Il faut poser la question à ceux qui participent à des opérations par hélicoptère, ou aux types qui voient ce qu’ils font. Avec les armes que j’utilisais, ma capacité de prendre une décision en contradiction avec ce qu’on m’a dit était proche de zéro. Je lâche la bombe d’une distance où je peux voir toute la bande de Gaza. Je vois aussi Haïfa, je vois aussi le Sinaï, mais c’est plus ou moins la même chose. Ca fait vraiment très loin.»

Yossi : «Je suis sergent dans un peloton de parachutistes. Nous étions dans une maison et avons découvert une famille à l’intérieur qui n’était pas censée se trouver là. Nous les avons rassemblés dans le sous-sol, posté deux gardes et nous sommes assurés qu’ils ne causeraient pas d’ennuis. Au fur et à mesure, la distance émotionnelle entre nous s’est estompée : nous avons fumé des cigarettes ensemble, bu du café avec eux, parlé du sens de la vie et des combats à Gaza. Après de nombreuses conversations, le propriétaire de la maison, un homme âgé de plus de 70 ans, disait qu’il était bon que nous soyons à Gaza et qu’il était bon que Tsahal y fasse ce qu’il faisait. Le lendemain, nous avons fait interroger l’homme et son fils. Le jour d’après, nous avons reçu une réponse : tous les deux étaient des militants politiques du Hamas. C’était assez troublant, ils te disent combien c’est bien que tu sois là, bla bla bla, et tu découvres qu’ils t’ont menti pendant tout ce temps. Ce qui m’a ennuyé le plus a été qu’à la fin, après que nous avions compris que les membres de cette famille n’étaient pas exactement des amis et qu’ils méritaient pas mal d’être fichus dehors, le commandant du peloton nous a suggéré, quand nous quitterions la maison, de nettoyer, ramasser toutes les ordures dans des sacs, balayer et nettoyer le sol, plier les couvertures que nous avions utiliées, mettre en piles les matelas et les remettre sur les lits.»

Zamir : «Que veux-tu dire ? Toutes les unités qui ont quitté une maison n’ont pas fait ça ?»

Yossi : «Non, pas du tout. Au contraire. Dans la plupart des maisons, des graffitis ont été laissés, des choses comme ça.»

Zamir : «C’est se conduire comme des animaux.»

Yossi : «Tu n’es pas censé te concentrer sur du pliage de couvertures quand on te tire dessus.»

Zamir : «Je n’ai pas beaucoup entendu qu’on vous tirait dessus. Ce n’est pas que je vous fasse des reproches, mais quand on passe une semaine chez des gens, on nettoie ses saletés.»

Aviv : «Un jour, j’ai reçu un ordre. Tout l’équipement de la maison, tous les meubles : nettoyer toute la maison. Nous avons tout jeté, tout, par les fenêtres de façon à faire de la place. Tout le contenu de la maison a volé par les fenêtres.»

Yossi : «Il y a eu un jour où une Katiusha, un missile Grad, est tombée sur Beer Sheva et une mère et son bébé ont été blessés. C’étaient des voisins de l’un de mes soldats. Nous avons entendu toute l’hitsoire à la radio, et il n’a pas pris à la légère le fait que ses voisins aient été blessés. Le gars était un peu sur les nerfs, on peut le comprendre. Dire à quelqu’un comme ça : « Allez, on va laver le sol de la maison d’un militant du Hamas, qui vient de tirer une Katiusha sur tes voisins, qui ont eu une jambe amputée« , ce n’est pas facile à faire, en particulier si l’on n’est pas du tout d’accord avec ça. Quand mon officier a dit : « OK, dis à tout le monde de plier les couvertures et d’empiler les matelas« , je l’ai mal pris. Ca a gueulé pas mal. Finalement, j’ai été convaincu et je me suis rendu compte que c’était la bonne chose à faire. Aujourd’hui j’apprécie et même, je l’admire, le commandant, pour ce qui s’est passé là-bas. Au fond, je ne pense pas que n’importe quelle armée, syrienne ou afghane, aurait nettoyé le sol de maisons de son ennemi, ni plié des couvertures, ni qu’elle les aurait rangées dans les armoires.»

Zamir : «Je pense qu’il serait important que les parents se réunissent ici et entendent cette discussion. Je pense qu’elle serait très instructive, et aussi consternante et déprimante. Vous décrivez une armée aux normes éthiques très basses, c’est la vérité … Je ne vous juge pas et je ne vous fais pas de reproches. Je vous répercute seulement ce que je ressens après avoir entendu vos histoires. Je n’étais pas à Gaza, et je suppose que, chez les réservistes, le niveau de retenue et de contrôle se soi seraient plus haut, mais je pense que, globalement, vous décrivez et reflétez le genre de situation dans laquelle nous nous sommes trouvés. Après la guerre de 1967, quand les gens sont revenus du combat, ils se sont réunis en cercles et ont décrit ce par quoi ils étaient passés. Pendant des années, ceux qui ont fait ça ont été décrits sous l’expression « On tire et on pleure ». En 1983, quand nous sommes revenus de la guerre du Liban, on a dit les mêmes choses sur nous. Nous devons réfléchir à ce qui nous est arrivé. Nous devons nous colleter avec ça, pour établir des normes nouvelles, ou différentes. Il est très possible que le Hamas ou l’armée syrienne auraient eu un comportement différent du mien. Mais le point essentiel est que nous ne sommes ni le Hamas, ni l’armée syrienne ni égyptienne. Si des religieux nous oignent d’huile et nous collent des livres sacrés entre les mains, et si les soldats de ces unités ne sont pas représentatifs de tout le spectre du peuple juif, mais seulement de certains secteurs de la population, à quoi devons-nous nous attendre ? A qui faisons-nous des reproches ?

En tant que réservistes, nous prenons assez peu au sérieux les ordres des officiers de brigade. Nous laissons passer les vieux et les familles. Pourquoi tuer des gens quand vous savez très bien que ce sont des civils ? Quel aspect de la sécurité d’Israël sera menacé, qui sera touché ? Faites preuve de discernement, soyez humains.»

Publié par La Paix Maintenant traduit Traduction par Gérard Eizenberg selon Ha’aretz.

Lire aussi :
• Crimes de guerre confirmés à Gaza, l’Humanité.
• Gaza : La vérité pointe sur les exactions israéliennes, Lutte Ouvrière.
• Gaza : les témoignages accablants des soldats israéliens, Libération.
• Gaza : Réactions aux témoignages israéliens sur les crimes de guerre, Global Voices.


[1] L’armée israélienne est fort inventive quand il s’agit de nommer ses opérations. Les références sont le plus souvent bibliques. En tant que «traducteur engagé», tant que ce nom n’apporte aucune information, je me refuse dorénavant à suivre cette manie de mêler les références bibliques à des opérations militaires. Pour info, l’expression «Plomb durci» est tirée d’un poème de Bialik consacré à la fête de Hanouka, censé être chanté par de jeunes enfants ; l’opération a été déclenchée au moment de Hanouka (ndt).

Par le feu et par le sang

Dans son dernier livre, Charles Enderlin tire de l’ombre les combattants clandestins de l’Irgoun, du groupe Stern et de la Haganah qui ont forgé, Par le feu et par le sang, le destin d’Israël.

Une mine de renseignements déconcertants pour les candides comme vous et moi ; et, au second degré, une source d’enseignement pour nos cours d’éducation morale et civique chapitre «fin et moyens» : jusqu’où est-il permis d’aller pour faire triompher une juste cause? Le récit enlevé et dru de Charles Enderlin, qui traverse les années noires de la préhistoire d’Israël, son combat clandestin pour l’indépendance, depuis la révolte arabe de 1936 jusqu’à 1948, comblera l’amateur d’insolite autant que les chercheurs de vérités. «On n’offre pas d’Etat à un peuple sur un plateau d’argent», disait Chaïm Weizmann, le premier président de l’Etat d’Israël. Malraux voyait dans cette phrase «une plainte amère». Ce n’est qu’un sobre constat, d’application universelle, et toujours contemporain, voir le Kosovo et la Palestine. Les hommes de bronze qui forgent un pays par le feu et par le sang, le leur et celui des autres, figurent rarement, après les fanfares du triomphe, sur le livre d’or des annales officielles. Ces ouvriers de la première heure, plus proches du Sartre des «Mains sales» que du Camus de «l’Homme révolté», Charles Enderlin s’est retroussé les manches pour les tirer du clair-obscur en interrogeant les derniers témoins, en exhumant les dossiers, en raboutant les pièces d’un sidérant puzzle.

Journaliste conséquent et bien documenté, ce familier des coulisses à qui on doit la meilleure histoire aujourd’hui disponible des récentes négociations de paix au Proche-Orient ne se distingue de l’historien que par la facture : il raconte l’histoire passée au présent, donnant ainsi au lecteur l’effroi des romans réalistes. Noir et policier en l’occurrence, puisqu’il s’agit de la lutte clandestine menée par ceux que les occupants britanniques appelaient au début des «gangsters», d’un genre très particulier, il est vrai : intellectuels pour la plupart, portés par une foi messianique, et prêts à se suicider pour la Cause. L’enquête sur les organisations paramilitaires sionistes qu’étaient avant l’indépendance l’Irgoun, le groupe Stern et les débuts de la Haganah, l’ancêtre de Tsahal, révèle quelques lourds secrets de famille, mais n’a rien d’une démystification scandaleuse tant l’auteur montre d’empathie pour cette piétaille du sacrifice. C’est l’histoire vraie de son peuple, et il l’assume.

Menahem Begin, juif polonais rescapé du goulag ; Moshe Dayan en jeune volontaire à qui une balle pétainiste arrache un œil sur le front syrien, en 1942 ; le Paris d’après-guerre où gaullistes et socialistes, la DST aidant, offrent une base arrière à la Haganah et au Mossad ; l’odyssée pathétique de l’«Exodus» : voilà, entre cent autres, des rappels illustres. N’oublions pas non plus l’assassinat en pleine rue de Bernadotte, le médiateur de l’ONU, et le terrible attentat de l’hôtel King David. Oui, une chanson de geste se fait aussi à coups de hold-up, de colis piégés, d’exécutions sommaires, de tueries d’innocents, de grenades dans des boutiques et sur des bus de civils (et pas seulement sur les postes de police). Il y a eu un terrorisme juif, assumé par maints «révisionnistes», résolument pratiqué par l’Irgoun et le Betar, créé en 1935 par Jabotinsky, leader de la droite nationaliste et chantre de «la nation absolue, fondée sur l’unicité de la race». Ce dernier demanda à ses hommes, après un massacre à l’aveugle, d’épargner autant que possible les femmes et les enfants arabes. «Le baratin contre le terrorisme» fut méthodiquement réfuté par un article, signé de Shamir et d’autres, en juillet 1943. Un texte très argumenté qui expédierait aujourd’hui ses auteurs du côté de l’axe du Mal.

Cette plongée en eaux profondes, nuisible au confort intellectuel des prisonniers du noir et blanc, nous rappelle utilement quelques vérités immémoriales et dérangeantes. Changez les noms. Mettez ici à la place d’Itzhak Shamir et de Menahem Begin, anciens terroristes promus chefs de gouvernement, quelques noms de Palestiniens emprisonnés ou pourchassés, et vous ne perdrez pas tout espoir de voir un jour la paix.

Qu’on se rassure. Le romantisme révolutionnaire n’a pas eu, en Israël, le dernier mot. Car le singulier, le plus admirable de cette histoire un peu partout répétée, c’est la façon dont Ben Gourion et les responsables syndicaux et politiques ont in fine fait rentrer dans le rang tous ces groupes d’activistes, en ramenant, manu militari – en faisant couler au large des côtes un navire rebelle de l’Irgoun, l’«Altalena» -, leurs fanatiques à la raison – d’Etat. Celle-ci exige le monopole de la violence légitime.

Ce retour au classicisme, heureux pour l’avenir démocratique du peuple hébreu, eut son prix : un voile pudique parfois injustement jeté sur la mémoire tragique des immolés de l’ombre. Maintenant, et en français du moins, grâce à Charles Enderlin, justice leur est rendue.

Regis Debray
6 mars 2008
Publié par NouvelObs.

Lire aussi :
• Attentats terroristes de groupes sionistes, Monde en Question
• Dossier Charles ENDERLIN
• Dossier Résistance à la colonisation de la Palestine
• Bibliographie Palestine/Israël