Palestine en Question

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Obama plie devant Netanyahou

Netanyahou assure qu’Israël ne retournera jamais aux frontières de 1967

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a assuré lundi 23 mai qu’Israël ne reviendrait jamais aux frontières « indéfendables » de 1967, dans un discours prononcé à Washington devant le Congrès annuel du principal lobby pro-Israël aux États-Unis, l’AIPAC.

« Je veux vous assurer d’une chose, (la paix) doit garantir la sécurité à Israël et donc Israël ne peut retourner aux frontières indéfendables de 1967 », a-t-il déclaré.

Après l’AIPAC, Benjamin Netanyahou doit s’adresser mardi au Congrès, quelques jours après un désaccord très public avec le président américain Barack Obama sur le processus de paix. « Je vais présenter une vision pour une paix israélo-palestinienne sécurisée », a-t-il devant l’AIPAC.

AFP – Nouvel Obs

Obama plaide pour une Palestine avec « une frontière différente de celle de 1967 »

Barack Obama, très applaudi devant l’assemblée annuelle de l’AIPAC, le principal lobby pro-israélien aux États-Unis, a jugé que « des représentations fausses » avaient été faites de son opinion.

La position du président « signifie que les parties elles-mêmes, les Israéliens et les Palestiniens, vont négocier une frontière différente de celle qui existait le 4 juin 1967 », tenant compte des « nouvelles réalités démographiques sur le terrain et des besoins des deux parties », a-t-il expliqué.

Barack Obama s’était prononcé jeudi pour la première fois pour un État palestinien sur la base des lignes de 1967, « avec des échanges sur lesquels les deux parties seraient d’accord ». Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui doit parler lundi à son tour devant l’AIPAC, a sèchement rejeté cette idée

AFP – Nouvel Obs

Le triomphe de la cécité

Un espoir s’évaporait, le Congrès américain n’en finissait plus de se lever et d’applaudir. Chacune ou presque des phrases prononcées par Benjamin Netanyahu semblait transporter d’enthousiasme sénateurs et représentants démocrates et républicains alors qu’un coup de pelle après l’autre, le Premier ministre israélien enterrait hier toute possibilité de reprise des négociations avec les Palestiniens et de conclusion, bien sûr, d’un accord de paix.

Il aurait pu dire qu’il ne négocierait pas avec un gouvernement palestinien comprenant des ministres du Hamas. Cela aurait laissé une porte entrebâillée puisque l’accord de réconciliation entre les islamistes et le Fatah prévoit la constitution d’un gouvernement de techniciens où ne siégera aucun des deux partis. Benjamin Netanyahu aurait pu ne pas refuser de voir que le Hamas avait accepté que son rapprochement avec le Fatah n’empêche pas la poursuite de pourparlers conduits par le président palestinien, Mahmoud Abbas, et qu’un éventuel accord de paix pouvait désormais engager aussi les islamistes et, donc, la totalité des Palestiniens. Il aurait pu faire de cette ambigüité délibérée une pierre sur laquelle construire mais non ! « Israël ne négociera pas, a-t-il dit, avec un gouvernement soutenu par la version palestinienne d’al Qaëda », et le Congrès applaudissait.

« Jérusalem doit rester la capitale unifiée d’Israël. Jérusalem ne doit jamais être à nouveau divisée et, avec créativité et bonne volonté, une solution peut être trouvée », lançait-il et le Congrès applaudissait. « Déchirez votre pacte avec le Hamas », lançait-il au président palestinien et le Congrès applaudissait. « Pourquoi la paix n’est-elle pas encore réalisée ? », demandait-il avant de répondre, dans un raccourci vertigineux : « Parce que les Palestiniens n’ont pas voulu accepter, jusqu’ici, un État palestinien si cela impliquait d’accepter un État juif s’étendant à ses côtés », et le Congrès applaudissait.

« Mes amis », disait Benjamin Netanyahu en s’adressant aux législateurs américains et le Congrès applaudissait mais comment, pourquoi, un tel discours a-t-il pu susciter une telle connivence entre ce Premier ministre et la Chambre et le Sénat des États-Unis ? La réponse est tragiquement simple. Anglophone, totalement bilingue et totalement imprégné de culture américaine, Benjamin Netanyahu disait là tout haut ce que pense la moyenne des élus américains – que le printemps arabe est magnifique mais incertain, qu’il pourrait s’achever sur un triomphe des islamistes, que le temps n’est pas venu de baisser la garde et que Barack Obama ne serait qu’un idéaliste irresponsable auquel il faudrait se garder d’emboîter le pas. Point par point, et tout en lui rendant hommage, Benjamin Netanyahu martelait hier, au Congrès, que Barack Obama se trompait et le Congrès applaudissait dans un désespérant chœur de vieux simplismes frileux.

La cécité des uns disqualifiait la vision de l’autre. Ce spectacle était affligeant, consternant, et le plus stupéfiant était de voir ce Premier ministre mener, tout sourire, tout heureux, son pays vers l’abime car jamais Israël n’a été aussi isolé, critiqué, montré du doigt, affaibli sur la scène internationale.

Géopolitique

En finir avec le despotisme éclairé !

« Je ne peux que pleurer ce matin…
J’ouvre le journal… je lis les titre… rien de réjouissant
Toutes les pages ressemblent à celles des nécrologies
Crimes, vol, agressions, scandales
Les guerres sont partout
Des hommes des femmes des enfants sont privés de vie
La mort prématurée nous suit partout
et le pire… pas un seul jour ne passe sans une séance de voyeurisme de ce voisin criminel. »

C’est l’éditorialiste de l’Orient le jour au Liban qui parle ainsi…
le voisin criminel, la définition même de toute violence, ce voisin abrité par les puissances mondiales et qui s’est imposé grâce à la bêtise arabe… ce voisin que nul voisin ne peut supporter et qui n’est même pas notre voisin… ce voisin donc, le fait pleurer…

« Jusqu’à quand nos frères palestiniens vont ils vivre sans abris
Jusqu’à quand nos frères arabes vont ils vivre dans la peur de cet ennemi…
Je ne comprends pas termine t il… et je ne peux que pleurer ! »

La presse libanaise n’est pas la seule à laisser parler sa colère ce matin…. alors que comme le titre le quotidien israélien
c’est auréolé de victoire et d’applaudissements du congrès américain que le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu va revenir en Israël… il a choisit la manière forte… s’opposer à Barak Obama
sans concession… commente le Temps en Suisse… le premier ministre israélien a défendu sa position intransigeante du règlement du conflit israélo palestinien… voilà une nouvelle fois rejetés les pourparlers avec les palestiniens, qui s’appuieraient sur les frontières de 1967… Comme ce qu’avait pourtant proposé Barak Obama la semaine dernière

Ce n’était que donc que du vent !… s’énerve le Quotidien d’Oran en Algérie ce matin
l’avancée purement rhétorique de Barak Obama sur un État Palestinien fondé sur les frontières de 1967 a été gommée d’un coup… la faute au premier ministre israélien ?… même pas… commente le quotidien algérien… et pour le cas où vous seriez encore sous le charme de la rhétorique alambiquée de Barak Obama… il est temps d’ouvrir les yeux aujourd’hui … ce qu’a vraiment dit Barak Obama devant l’Aipac, le principal lobby pro israélien américain… et malgré l’expression si symbolique de « frontières de 1967 » c’est que les palestiniens devaient prendre en compte les « nouvelles réalités », comprenez les colonies de peuplement israélien… pas fou le Barak… il a une élection en vue !
mais je vous comprends… continue l’éditorialiste algérien…on est à chaque fois surpris de constater à quel point l’administration américaine a peu d’estime pour l’intelligence des opinions arabes et singulièrement pour celles de cette jeunesse arabe en révolte contre les vassalités locales.

Revue de presse internationale

Obama à Israël : « Prenez tout ce que vous voulez ! »

En 2008, Barack Obama, alors candidat démocrate à la présidentielle, cédait devant les électeurs pro-israéliens et devant Israël en promettant dans un discours adressé à l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC), que Jérusalem serait pour toujours « la capitale indivisible d’Israël. »

Trois ans plus tard, Obama est à nouveau en pré-campagne électorale en vue d’améliorer ses chances de réélection en 2012. Dans le cadre de cette campagne, il a fait quelques timides tentatives pour relancer un « processus de paix » au point mort, mais selon les conditions d’Israël.

Dans son dernier discours adressé à l’AIPAC, Obama a fait acte de complète allégeance à Israël en réaffirmant le soutien de l’Amérique aux objectifs politiques et sécuritaires d’Israël. Son discours a nié le droit des Palestiniens à déclarer l’existence de leur nation et il a même promis de bloquer tous les efforts de Palestiniens pour faire valoir leurs droits auprès des organisations internationales.

Obama a évoqué du bout des lèvres « l’autodétermination » pour les Palestiniens mais ce n’est rien de plus que de la rhétorique vide de sens – alors qu’il a clairement laissé entendre que les intérêts israéliens, en particulier ses intérêts sécuritaires, demeureront la priorité de la politique étrangère américaine dans la région.

Il a mécaniquement répété son engagement à la vision d’une solution à deux États – l’établissement d’un État palestinien aux côtés d’Israël. Toutefois, comme on pouvait s’y attendre, il subordonne la question des frontières et des conditions de création d’un tel État aux « intérêts de sécurité » d’Israël.

Qu’il ait évoqué la reprise de négociations de paix sur la base des frontières de 1967 (également connues sous le nom de « Ligne verte ») ne signifie ni un retrait israélien complet des territoires occupés, ni la création d’un État palestinien souverain sur l’ensemble des terres à l’intérieur de cette « Ligne verte », dont Jérusalem-Est.

Il y a une différence significative dans le « jargon » des négociations, et même dans le langage juridique, entre évoquer la création d’un État palestinien « basé sur » les frontières de 1967 et dire qu’un tel État « sera établi sur » les frontières de 1967.

La première expression laisse beaucoup de marge à Israël pour continuer d’occuper et même d’annexer de vastes blocs de colonies (et peut-être même la totalité de toutes les colonies israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, toutes illégales au regard du droit international) pour « des raisons de sécurité. »

Info-Palestine

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USA-Israël – De l'alliance à la symbiose

Les liens stratégiques privilégiés qui existent entre l’État d’Israël et les États Unis d’Amérique sont un élément essentiel de la réalité politique au Proche Orient, et aucune analyse sérieuse des événements politiques qui s’y déroulent ne peut faire l’impasse sur les implications, à court et a long terme, de cette relation très particulière. Ceci dit, la nature de ces liens est souvent sujette à de graves mécompréhensions. Pour certains, Israël ne serait que le bras arme de l’impérialisme américain au Proche Orient, comme l’a été, par exemple, le Sud Vietnam dans les années soixante et soixante-dix, une espèce d’État-marionnette qui reçoit directement ses ordres du Département d’État et de la CIA. D’autres analystes considèrent, à l’inverse, qu’a travers ses puissants lobbys, État hébreu manipulerait la politique extérieure états-unienne en fonction de ses intérêts propres. C’est la thèse défendue, entre autres, par les professeurs américains John Marsheimer et Steven Walt. En fait ces sont toutes les deux des thèses réductrices : Israël n’est pas plus une marionnette des États-unis que ces derniers une marionnette manipulée par lobbys sionistes. Ce dont il est question, c’est d’une alliance entre deux pays allies, l’un, les USA, étant certes plus puissant que l’autre.

Une alliance forgée dans les années soixante

Cette alliance stratégique entre Israël et les États-unis n’a pas toujours existé, loin s’en faut. Elle date des années soixante, et en particulier d’après la guerre dite des six jours. Auparavant, c’était la France qui jouait le rôle d’allié stratégique et qui, entre autres, avait donné a Israël son premier réacteur nucléaire. On se souvient de la collaboration franco-israélienne dans la guerre du Sinaï et l’opération de Suez et de cette époque où l’ambassadeur de France en Israël avait son siège aux réunions du gouvernement israélien et où un petit politicard nommé Shimon Peres faisait des allers-retours fréquents entre Tel Aviv et Paris, essentiellement pour procurer des armes à l’État Hébreu. La venue au pouvoir de Charles de Gaulle et la nouvelle politique arabe de la France d’une part, et la décision états-unienne de jouer un rôle politique plus important au Proche Orient afin d’y asseoir son hégémonie politique et économique de l’autre, allaient sceller une nouvelle ère dans les relations entre Washington et Tel Aviv. Rapidement les F16 allaient remplacer les Mirages et le M16 les fusils d’assaut français, et une série d’accords stratégiques vont être signés entre Golda Meir et Lindon Johnson. Les nouvelles relations ne se limitent pas au militaire : Israël, qui a cette époque n’avait pas encore perdu son image d’ «État-pionnier», sert, dans le contexte de la guerre froide, de relais dans les pays – d’Afrique sub-saharienne en particulier – ayant accédé a l’indépendance et qui ne sont pas prêts à se lier a la puissance impérialiste américaine. L’État hébreu sert aussi à vendre des armes et à envoyer des conseillers militaires dans certains pays d’Amérique Latine où les États-unis ne peuvent pas intervenir directement. Avec la venue des néo-conservateurs au pouvoir, la nature des relations entre Washington et Tel Aviv va encore changer.

Symbiose : suite et fin ?

Il ne s’agit plus cette fois uniquement d’une alliance politico-militaire, mais d’une véritable symbiose. Car la stratégie de guerre globale-permanente-et-préventive (GGPP) qui est la trame de la politique de Georges W. Bush a été élaborée par des think-tanks où stratèges israéliens et états-uniens ont réfléchi et travaillé la main dans la main. En politique extérieure, tout ce qui se fait à Washington est immédiatement communiqué au gouvernement israélien et vice versa. Sans parler de la coopération sur le terrain, comme par exemple, en Colombie. La fin de l’administration néo-conservatrice à Washington va-t-elle changer la donne ? S’il ne fait pas de doute que Barack Obama a une conception différente de celle de ses prédécesseurs en ce qui concerne la politique extérieure US, c’est avant tout parce que la stratégie néo-conservatrice s’est soldée par des fiascos mémorables : l’Irak, l’Afghanistan, le Liban ont tous été des échecs et les États-unis sont aujourd’hui sur la scène internationale plus faibles qu’il y a deux décennies. Ce qui signifie qu’il faut en finir avec la stratégie de la GGPP, pour la remplacer par une politique plus intelligente et parfois moins brutale mais dans un but qui reste le même – asseoir l’hégémonie US à travers le monde, surtout à un moment où de nouvelles puissances sont en train de gagner du terrain (Chine, Inde, Russie). L’ironie de l’histoire est qu’au moment où l’électeur américain se débarrassait de l’administration néo-conservatrice, les Israéliens élisaient Benyamin Netanyahou, cheville ouvrière de la stratégie néo-conservatrice et prédicateur numéro un de la «guerre contre le terrorisme». C’est ce qui explique que les relations entre Washington et Tel Aviv ne sont pas aussi harmonieuses qu’auparavant, même s’il n’est évidemment pas question de mettre fin à l’alliance stratégique entre les deux pays. Pour Netanyahou, l’administration Obama est un accident de parcours qui s’achèvera dans quatre ans, alors que pour ce dernier, Netanyahou est l’homme d’une stratégie qui a échoué. Derrière les sourires et les déclarations d’amitié, ce n’est plus la symbiose qui avait caractérisé les relations bilatérales à l’époque de Georges W. Bush, et le discours du Caire a fait transpirer nombre de politiciens israéliens qui y ont vu un tournant stratégique dans la politique extérieure états-unienne.

The times they are changin’

Mais à Tel Aviv, on ne se contente pas d’attendre et nombreux sont ceux qui voudraient forcer la main des États-unis, en utilisant une provocation militaire, non pas contre l’Iran – ce serait trop risqué – mais contre des adversaires plus faible, le Liban ou, une fois de plus, Gaza. Jusqu’à présent, l’administration Obama a réussi à calmer le jeu et à plusieurs occasions Obama a dit à Israël «ne me faites pas de (mauvaise) surprise». Le message, pour être entendu quatre sur quatre à Tel Aviv se doit être beaucoup plus ferme que cela, et des menaces sont nécessaires, avec des sanctions à la clef. Difficile d’y croire. Le monde est en train de changer, et tôt ou tard le Moyen Orient aussi. De nouvelles puissances sont entrées dans le jeu stratégique, ce qui doit pousser Washington a réadapter sa politique régionale. Israël ne le veut en aucun cas, et la question qui se pose avec acuité est : combien de temps encore la queue fera bouger le chien ?

3 mars 2010
Michel WARSCHAWSKI
CIRPES

Lire aussi :
Dossier documentaire & Bibliographie Résistance Palestine/Israël, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Sionisme, Monde en Question.

Lobbying pro-israélien

En France, il existe des groupes de pression, principalement d’intérêts économiques, qui agissent ouvertement ou en coulisse. On l’a vu récemment à propos de la grippe A(H1N1). Certains « experts » auprès du gouvernement, en fait des taupes de l’industrie pharmaceutique, ont rendu-compte d’une interprétation fallacieuse des données épidémiques pour forcer la décision d’achat d’un vaccin d’efficacité non démontrée.

Aux États-Unis, les lobbies sont beaucoup plus puissants et arrogants car fondés sur l’alliance de l’argent et de la politique. Cette pratique fait partie de la culture politique américaine car elle a été imposé par les barons de l’industrie pour écarter le peuple du pouvoir et tuer dans l’œuf le spectre du socialisme [1]. Ainsi, la sélection et l’élection d’un candidat à la Présidence dépend pour beaucoup de l’appui financier des lobbies. Ce qui s’apparente à une corruption légale.

Le nombre d’agences de lobbyistes répertoriées à Washington a plus que doublé depuis 2000, passant de 16.000 à 34.000 environ en 2005.
L’argent dépensé par les entreprises et les groupes de pression pour défendre leurs causes au Congrès des États-Unis d’Amérique et auprès de l’administration est passé de 1,6 milliard de dollars en 2000 à 2,1 milliards de dollars en 2004.

Ainsi, l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) est un lobby dont le but est de garantir le soutien inconditionnel des États-Unis à Israël. Proche de la droite et de l’extrême droite israélienne, ce lobby, fort 100.000 membres, invite chaque année les membres du Congrès à un grand dîner de gala. En cette année, deux tiers des sénateurs étaient présents et la moitié du Congrès. Ce qui illustre le niveau d’influence de cette organisation et de corruption des députés et des sénateurs.

En France, le CRIF s’est donné le même but et les mêmes méthodes, mais n’a pas encore la même influence car la loi ne le permet pas… jusqu’à aujourd’hui.
Imaginez un groupe qui ferait pression sur les députés et les sénateurs afin qu’ils soutiennent inconditionnellement l’Arabie saoudite par exemple. Impensable ! C’est pourtant ce que fait l’AIPAC aux États-Unis et le CRIF en France en faveur de l’État d’Israël.

Il est clair que, depuis quinze jours, le gouvernement israélien tente de faire pression directement et indirectement sur le gouvernement américain afin qu’il accepte son nouveau coup de force contre le droit international. Le moment est bien choisi car Barack Obama, très impliqué et en difficulté dans le projet de réforme de la santé, semble avoir renoncé, face aux pressions du lobby pro-israélien, à ses ambitions initiales d’une solution à deux États pour régler le conflit israélo-palestinien.

Alors que s’ouvrait, le dimanche 21 mars, le congrès annuel de l’AIPAC, Barack Obama a obtenu le vote sur le dossier clé de l’assurance-santé. Cette victoire « a démontré qu’un président qui a un but, adopte un plan de bataille et s’y tient, n’est pas facile à mettre en défaut », souligne le Los Angeles Times. En sera-t-il de même sur le dossier de la Palestine ?

C’est peu probable. Mais les temps changent. Ainsi J Street, organisation qui soutient Israël mais critique le gouvernement israélien, a publié une pleine page dans The New York Times en citant même le rapport du General David Petraeus.

IT’S TIME

Friendship between Israel and the United States is based on common interests and shared values. Friendship demands respect for each other’s needs. And, sometimes, friendship means telling hard truths – particularly if we’re going to end the Israeli-Palestinian conflict through a two-state solution.

For the U.S., it’s a matter of national security. So says the commander of American forces in the region, General David Petraeus.

For Israel, it’s existential – the only way Israel can remain both Jewish and democratic. So says its Defense Minister Ehud Barak.

This is no time for a business-as-usual peace process – no time for politics as usual.It’s time for the Obama administration to seize the opportunity for bold leadership – putting concrete plans for a two-state solution on the table with the sustained commitment of the United States behind them.

It’s time for the Palestinians to end incitement to violence.

It’s time for Israel to stop allowing extremist settlers and their sympathizers to endanger not only the friendship of the United States, but also the very future of Israel.

Time is running out.

22/03/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• 23/03/2006, John Mearsheimer and Stephen Walt, The Israel Lobby, London Review of Books traduit par ISM.
• Mars 2006, John Mearsheimer and Stephen Walt, The Israel Lobby and U.S. Foreign Policy, HarvardSocial Science.
• MEARSHEIMER John J., WALT Stephen M., Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine, La Découverte, 2007 et 2009 [ExtraitsAlternatives InternationalArab Commission for Human RightsReSPUBLICAConfluences MéditerranéeContreInfoIl Manifesto – EuroPalestineL’HarmattanLa République des LettresInfo-PalestineLa vie des idéesLibérationObjectif-info*Rue89*Scripto].

Depuis plusieurs décennies, la pièce maîtresse de la politique moyen-orientale des États-Unis a été sa relation avec Israël. Les États-Unis viennent à la rescousse d’Israël en temps de guerre et prennent son parti dans les négociations de paix. De fait, entre 1972 et 2006, Washington a mis son veto à 42 résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU critiquant la politique israélienne. Et, chaque année, Israël continue de recevoir trois milliards de dollars d’aide américaine – un sixième de l’aide étrangère des États-Unis. Pourquoi les États-Unis fournissent-ils un soutien matériel et diplomatique aussi considérable et aussi constant à Israël ? Telle est la question à laquelle entendent répondre John J. Mearsheimer et Stephen M. Walt, deux universitaires américains réputés. Ils démontrent, dans ce livre extrêmement documenté, que ce soutien ne peut s’expliquer par des intérêts stratégiques communs ni par des impératifs moraux, mais qu’il est surtout dû à l’influence politique d’un lobby qui travaille activement à l’orientation de la politique étrangère américaine dans un sens pro-israélien. Même si elles sont loin de faire l’unanimité parmi les Juifs américains, les organisations du lobby pro-israélien exercent des pressions redoutablement efficaces sur le Congrès, les présidents et leur administration et ont une influence considérable sur l’université et les médias. Le lobby pro-israélien a ainsi joué un rôle clé dans la politique américaine au Moyen-Orient sous l’administration Bush au nom de la « lutte contre le terrorisme », comme en témoignent la désastreuse invasion de l’Irak, la confrontation avec l’Iran et la Syrie, ainsi que la guerre au Liban de juillet 2006. John J. Mearsheimer et Stephen M. Walt montrent que cette politique n’était ni dans l’intérêt national des États-Unis ni dans celui d’Israël sur le long terme.

• SIEFFERT Denis et DRAY Joss, La guerre israélienne de l’information – Désinformation et fausse symétrie dans le conflit israélo-palestinien, La Découverte, 2002 [AcrimedLe Monde diplomatiqueLà-bas si j’y suisPériphériesPolitis].

La guerre, avant d’être une affaire militaire, est une affaire de mots. Ils ont joué un rôle majeur dans l’offensive déclenchée, le 28 février 2002, par l’armée israélienne contre les villes palestiniennes. On sait à quel point, à cette occasion, elle a placé l’information sous contrôle. Mais on sait moins que l’offensive a été préparée par un long travail de délégitimation de l’Autorité palestinienne. Cette entreprise de désinformation commence dès le lendemain de la négociation de Camp David II, en juillet 2000 : le «refus» de Yasser Arafat d’accepter la «généreuse» proposition israélienne de restitution de «97 %» des territoires occupés va devenir une vérité acceptée par l’ensemble de l’opinion internationale. Or, comme le démontrent les auteurs de ce livre, il s’agit d’un pur mensonge, suivis de bien d’autres. Pourquoi ont-ils pu être aussi largement repris par la presse mondiale, et française en particulier ? Pour répondre à cette question, les auteurs ont décrypté la presse écrite et audiovisuelle, révélant comment, au même moment, les mêmes réécritures de l’histoire ou de l’actualité immédiate apparaissent dans la plupart des médias. Et en les confrontant aux témoignages de Palestiniens qu’ils ont recueillis, ils montrent à quel point le souci d’une prétendue objectivité peut devenir un obstacle à la vérité. Loin de tout parti pris militant, ce livre salutaire est aussi un appel à la responsabilité de ceux qui manient la parole publique, pour leur rappeler que les mots et les images peuvent tuer.

• SIEFFERT Denis, La nouvelle guerre médiatique israélienne, La Découverte, 2009 [Introduction].

L’opération de l’armée israélienne à Gaza, fin 2008-début 2009, a causé la mort de plus de 1300 Palestiniens, dont une grande majorité de civils et près de 300 enfants. Quel conditionnement a conduit la société israélienne à accepter de tels massacres ? Quelle perception du conflit la presse internationale, notamment française, a-t-elle contribué à diffuser, dans un contexte où l’accès à la bande de Gaza fut interdit aux journalistes pendant les vingt-deux jours de bombardements ? Denis Sieffert montre qu’un long travail a été accompli sur l’opinion israélienne et internationale pour « déshumaniser » les Palestiniens de Gaza : les mensonges sur la responsabilité dans la rupture de la trêve, la « dépolitisation » du Hamas, réduit à un mouvement terroriste, et l’occultation délibérée des effets économiques, sanitaires et humains du blocus imposé par Israël à la population de Gaza ont créé les conditions d’une nouvelle guerre médiatique, inséparable de la stratégie politico-militaire d’Israël. Ce livre reconstitue minutieusement la chronologie des événements, et il rétablit des liens de cause à effet renversés par la propagande. Il décrypte aussi les formes, souvent très subtiles, par lesquelles cette désinformation a circulé – et continue de circuler – dans les médias français.

• American Israel Public Affairs Committee, Wikipédia.
• J Street Political Action Committee, Wikipédia.
Dossier documentaire & Bibliographie Sionisme, Monde en Question.


[1] Lire notamment :
• ZINN Howard, Une Histoire populaire des États-Unis de 1492 à nos jours, Agone, 2002 [BiblioMonde].
• ZINN Howard, « Nous, le peuple des États-Unis … » – Essais sur la liberté d’expression et l’anticommunisme, le gouvernement représentatif et la justice économique, les guerres justes, la violence et la nature humaine, Agone, 2004 [BiblioMonde].

Israël renforce Al-Qaida

Alors même que la violence resurgit à Jérusalem suggérant qu’une troisième Intifada pourrait bientôt éclater, le général David Petraeus commandant en chef du CENTCOM a fait aujourd’hui une sérieuse mise en garde devant le Comité des Forces Armées du Sénat des États-Unis sur l’impact plus large d’un conflit qui est à l’épicentre des hostilités au Moyen-Orient depuis la création d’Israël.

En faisant cette mise en garde, Petraeus – certainement le plus influent même si ce n’est pas le plus haut responsable dans l’armée américaine – répétait une déclaration qu’il avait faite presque un an auparavant. La seule différence entre ce qu’il a dit en avril 2009 et ce qu’il a dit aujourd’hui, c’est qu’il sait maintenant à l’évidence qu’Al-Qaida est renforcée par ce conflit.

Il a dit aujourd’hui :

Les hostilités persistantes entre Israël et certains de ces voisins représentent des défis évidents pour notre capacité à faire avancer nos intérêts dans l’AOR (zone de responsabilité du CENTCOM). Les tensions israélo-palestiniennes se transforment souvent en violence et en confrontations armées à grande échelle. Le conflit provoque un sentiment anti-américain, à cause de la perception du favoritisme des US à l’égard d’Israël. La colère arabe sur la question palestinienne limite la puissance et la profondeur de nos relations avec des gouvernements et des peuples dans l’AOR et affaiblit la légitimité des régimes modérés dans le monde arabe. Pendant ce temps là Al-Qaida et d’autres groupes militants exploitent la colère pour mobiliser. Le conflit offre également à l’Iran une influence dans le monde arabe via ses clients, le Hezbollah libanais et le Hamas.

Si une telle déclaration avait été faite en dehors de la scène politique américaine, elle pourrait être considérée comme une expression plutôt fade de ce qui est depuis longtemps évident. Mais venant des lèvres d’un général célèbre, considéré par un grand nombre comme un futur potentiel président, ces mots font l’effet d’une bombe.

Les néo-conservateurs et le lobby pro-israélien [AIPAC] ont œuvré très dur et pendant longtemps pour obscurcir l’impact régional profondément corrosif d’un conflit que les dirigeants israéliens successifs n’ont pas voulu régler ou ont été incapables de régler. D’autres, qui auparavant ont dit ce que Petraeus dit actuellement, ont soit été rejetés accusés d’être mal informés, ou qualifiés d’anti-israéliens ou insidieusement d’antisémites.

Aucune de ces accusations ne peut coller à Petraeus. En fait, si le lobby pro-israélien était suffisamment téméraire pour essayer de s’en prendre à un général américain qu’on considère parfois comme un Eisenhower de notre époque, le lobby prendrait l’énorme risque de se voir menacer de ce qui l’effraie le plus : être qualifié d’anti-américain.

16/03/2010
Paul WOODWARD
War In Context

Lire aussi :
• 16/03/2010, David Petraeus’ Report, United States Senate Armed Services Committee.
• 17/03/2010, U.S. general: Israel-Palestinian conflict foments anti-U.S. sentiment, Ha’aretz.

La nouvelle politique américaine au Proche-Orient

Dialogue avec l’Iran, soutien à un Etat palestinien. Depuis son accession à la Maison Blanche, Barack Obama multiplie les signes d’un engagement de son administration en faveur d’une nouvelle politique au Proche-Orient. Des signes qui commencent à inquiéter les responsables israéliens et leurs plus farouches défenseurs aux Etats-Unis.

Pour l’instant, aucune décision concrète qui puisse étayer leurs craintes. Mais les partisans d’Israël aux Etats-Unis commencent à exprimer ouvertement leur inquiétude. Il faut dire que ces dernières semaines, la nouvelle administration américaine a clairement laissé entendre qu’elle comptait rompre avec la politique suivie par la précédente équipe sur le dossier proche-oriental.
À noter tout d’abord le rappel par Barack Obama à l’occasion d’un discours devant le Parlement turc, début avril, de l’attachement des Etats-Unis à la solution de deux Etats pour deux peuples. Quelques jours plus tard, l’envoyé spécial américain, Georges Mitchell, réaffirmait qu’il s’agit là «de la seule et meilleure solution» pour régler le conflit entre Israéliens et Palestiniens. Cette position américaine tranche avec le refus du nouveau gouvernement israélien d’endosser explicitement cette éventualité. Le Premier ministre Benyamin Netanyahou n’a eu de cesse durant la campagne électorale d’affirmer qu’il était plus urgent d’améliorer la situation économique des Palestiniens.

Son nouveau ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman, n’a pas dit autre chose lors des étapes italienne et française de sa tournée en Europe. Le gouvernement israélien cherche surtout à convaincre ses alliés que le dossier le plus urgent reste celui du nucléaire iranien. Mais là encore, l’approche du gouvernement de Barack Obama sur cette question suscite interrogations et inquiétude, tant chez les responsables israéliens que parmi ses plus farouches partisans aux Etats-Unis

Israël craint pour son statut d’allié privilégié

«Les Etats-Unis vont-ils sacrifier leur plus fidèle allié au Moyen-Orient pour rassurer son pire ennemi ?». Le quotidien conservateur, Washington Times, pose la question dans son éditorial de ce mercredi 6 mai. Deux éléments sont à l’origine de cette crainte exprimée sous forme d’interrogation. Il y a d’abord la volonté réitérée par Barack Obama d’engager un dialogue direct et sans conditions avec les responsables iraniens. En renonçant au préalable d’une suspension par la République islamique d’Iran de son programme d’enrichissement d’uranium pour ouvrir des pourparlers, le président américain fait preuve, pour ses détracteurs, d’une naïveté coupable.

Second point qui inquiète les soutiens d’Israël aux Etats-Unis : les récentes déclarations de la responsable américaine chargée de préparer la conférence mondiale sur le Traité de non-prolifération nucléaire, prévue en mai prochain à New York. Rose Gottemoeller a affirmé qu’ «une adhésion universelle au TNP, y compris par l’Inde, Israël, le Pakistan et la Corée du Nord, demeure un objectif fondamental des Etats-Unis». Cette déclaration semble indiquer une volonté américaine de rompre, concernant l’Etat hébreu, avec la politique dite de l’ambiguïté délibérée, en vigueur depuis les années 1960.

Concrètement, Israël a toujours refusé de reconnaître la possession d’armes nucléaires. Selon la plupart des experts, l’Etat hébreu disposerait de 80 à 200 têtes nucléaires. Une adhésion au Traité de non-prolifération obligerait Israël à y renoncer. Une éventualité que se refuse à envisager tant Israël que ses alliés aux Etats-Unis. Lors de son premier mandat comme chef du gouvernement israélien, Benyamin Netanyahou avait affirmé au président américain de l’époque, Bill Clinton, que «nous ne signerons pas le TNP, car nous ne voulons pas nous suicider».

«Un parallèle dangereux et naïf»

L’éditorial du Washington Post ne dit pas autre chose, lorsqu’il affirme que «plus que tout autre chose, l’arsenal nucléaire israélien a été un facteur de paix au Proche-Orient. Vouloir établir un parallèle entre Israël et l’Iran sur la question nucléaire est dangereux et naïf. Si Barack Obama est réellement intéressé par l’établissement d’une paix durable au Proche-Orient, il doit poursuivre la politique d’ambiguïté stratégique».

Parallèlement, les adversaires de Barack Obama multiplient les mises en garde envers les projets du président concernant le Proche-Orient. À l’occasion de la réunion annuelle de l’AIPAC, le puissant lobby pro-israélien aux Etats-Unis, Newt Gingrich, l’ancien président de la Chambre des représentants, n’a pas hésité à qualifier de «fantaisiste» le désir de Barack Obama d’ouvrir un dialogue avec l’Iran ajoutant que «l’approche de Barack Obama sur ce dossier est le signe de faiblesse le plus clair depuis Jimmy Carter».

Nul doute que Benyamin Netanyahou, qui est attendu fin mai à Washington pour sa première rencontre avec le président américain, relaiera personnellement les inquiétudes que suscitent les projets de l’administration américaine au Proche-Orient. Mais il sait d’ores et déjà qu’il bénéficiera d’une oreille moins attentive que celle dont disposait jusqu’alors le gouvernement israélien à la Maison Blanche. Les dernières déclarations du vice-président américain sont d’ailleurs venues confirmer cette impression.

«Une solution à deux Etats»

Devant l’AIPAC, Joe Biden a affirmé qu’ «Israël doit œuvrer à une solution à deux Etats. Peut-être n’allez-vous pas aimer ce que je vais dire, mais Israël ne doit plus construire de nouvelles colonies. Il doit démanteler les avant-postes existants, il doit permettre aux Palestiniens d’aller et venir librement et d’avoir accès à des perspectives économiques.»

Devant la même assemblée, le secrétaire général de la Maison Blanche, Rahm Emmanuel, avait déjà souligné qu’une avancée sur le dossier israélo-palestinien permettrait de rallier les pays arabes à une politique de fermeté vis-à-vis des ambitions nucléaires iraniennes. Autant d’indices qui font craindre aux plus farouches partisans d’Israël que le nouveau gouvernement américain ne sacrifie son allié traditionnel pour s’attirer les bonnes grâces des pays arabes.

Rien n’indique pourtant, qu’au-delà d’un discours plus offensif sur le dossier palestinien, les Etats-Unis entendent modifier leur politique. L’aide directe américaine à Israël devrait ainsi rester inchangée à quelque trois milliards de dollars et ce, malgré une crise économique qui a conduit le gouvernement américain à réduire son assistance financière aux pays étrangers. Il n’ya donc pas de rupture en vue entre les deux pays. Tout juste un nouveau ton auquel les dirigeants israéliens n’étaient pas habitués de la part d’un président américain.

Franck WEIL-RABAUD
06/05/2009
RFI

Lire aussi :
• 07/05/2009, BHO est-il sérieux ? Le nucléaire d’Israël ?, Dedefensa
• 09/05/2009, Israël, BHO et le biais nucléaire, Dedefensa
• 10/05/2009, Le Premier ministre israélien à la recherche d’un front anti-Iran, RFI

"Moi, juif anti-sioniste…"

Tandis qu’à Gaza un fragile cessez-le-feu se maintient depuis le 18 janvier, les négociations se poursuivent pour la mise en place d’une trêve durable entre le Hamas et Israël, de nombreuses voix s’élèvent et demandent des comptes à Israël. Celle de Pierre Stambul, membre du bureau national de l’Union Juive Française pour la Paix, en est l’une d’elles.

Dans cet entretien, il explique comment l’impunité dont a joui Israël jusqu’à présent a permis le crime.

Le Matin : L’UJFP fait partie de ces voix juives qui s’élèvent en France et en Europe pour critiquer la politique d’occupation israélienne et condamner fermement l’agression criminelle contre la population de Gaza qui a fait plus de 1300 morts, notamment des centaines d’enfants. Comment votre action est-elle perçue en France ?

Dans les manifestations de soutien au peuple de Gaza, les militant-e-s de l’UJFP ont défilé sous leurs banderoles, avec des mots d’ordre : « juifs et arabes ensemble contre l’occupation ». À Paris, il y a (à toutes les manifestations) une grande banderole commune à l’UJFP et l’ATMF (Association des Travailleurs Maghrébins de France). Il y avait aussi une pancarte : « Israéliens contre l’Apartheid » portée par des Israéliens de Paris.

Pour les manifestants qui ne nous connaissaient pas, ça a été à la fois une grande surprise et une grande satisfaction. Nos interventions au micro ont été très chaudement applaudies avec émotion et nous avons reçu beaucoup plus d’invitations que d’habitude pour venir parler ou expliquer. Aussi bien devant des publics issus de l’immigration que devant des associations engagées pour la Palestine et même devant des publics de Français d’origine juive qui partagent notre condamnation totale du crime qui vient de se dérouler. Pour l’UJFP, la découverte réciproque avec les Musulmans et les Français d’origine arabe est très importante.

Du côté des médias français, globalement, ils continuent de nous ignorer, mais nous avons quand même été interviewés ou filmés à quelques occasions pendant les manifestations.

Du côté du CRIF et des institutions communautaires juives, nous sommes plus que jamais des traîtres « ayant la haine de soi ». Notre existence les irrite.

Ce qui vient de se passer contre le peuple de Gaza confirme notre raison d’être et nos analyses : le sionisme est un obstacle à la paix. La politique de destruction consciente et obstinée menée par tous les gouvernements israéliens contre la Palestine est un crime. Elle est aussi suicidaire à terme pour les Israéliens. Le totalitarisme de ceux qui prétendent que tous les Juifs doivent soutenir les crimes de Tsahal est inacceptable.

Le Matin : Le crime à Gaza a été rendu possible grâce au soutien renforcé de l’Union Européenne notamment de la France. Comment analysez-vous ce « permis de tuer » qui a été accordé à Israël ?

Tzipi Livni est allée chercher chez Moubarak mais surtout chez Sarkozy le permis de tuer dont elle avait besoin et elle l’a eu sans problème. C’est au forceps que Sarkozy et Kouchner ont obtenu le « rehaussement » des relations entre l’Europe et Israël contre l’avis du Parlement européen. La responsabilité occidentale est totale. C’est l’Europe qui a financé le port ou l’aéroport de Gaza et l’Europe s’est tue quand l’armée israélienne les a pulvérisés. L’Europe a participé au blocus de Gaza, déclaré « entité hostile » par l’occupant. L’Europe a décidé de punir les Palestiniens « d’avoir mal voté » en boycottant le Hamas vainqueur des élections palestiniennes. L’Europe permet que les produits des colonies de Cisjordanie arrivent sans taxe chez le consommateur européen.

C’est l’impunité d’Israël qui permet la poursuite du crime. L’Union Européenne et Sarkozy vont bien au-delà de l’impunité. Ils sont complices. La présidence tchèque est allée jusqu’à affirmer que le carnage à Gaza était une action purement « défensive » d’Israël. Pourquoi ? Sans doute, les chefs d’Etats européens adhèrent aux idées de « choc des civilisations » et de « guerre du bien contre le mal » chères à l’ancien président Bush. Israël est devenu une tête de pont de l’Occident au Proche-Orient. Il est significatif de voir qu’en Europe, même ceux qui sont les héritiers politiques des pires antisémites (je pense à certains gouvernements de Pologne ou des Pays Baltes) rivalisent dans le soutien à Israël. Plus de 60 ans après le génocide nazi, il y a consensus chez les dirigeants européens pour faire payer un crime européen (l’antisémitisme, le génocide) aux Palestiniens qui n’ont aucune responsabilité dans ce crime.

Le Matin : Durant les trois semaines de bombardements, de nombreuses manifestations ont eu lieu un peu partout dans les villes françaises, des manifestations d’une ampleur sans précédent. Qu’est-ce qui explique une telle mobilisation selon vous ?

L’UJFP est la « composante juive » du mouvement de soutien au peuple palestinien en France. Depuis quelque temps, on désespérait à l’intérieur de ce mouvement de se retrouver toujours entre nous, d’être ignorés des médias. Et puis le massacre de Gaza a provoqué une gigantesque indignation. On a compté le 17 janvier plus de 350000 manifestants dans 100 villes de France. C’est énorme. Pour la population arabe vivant en France que nous avions beaucoup de mal à toucher et à mobiliser, il ne fait pas de doute que le lien s’est fait entre les discriminations subies quotidiennement (travail, salaires, logement, conditions sociales, ghettoïsation, racisme …) et le sort du peuple palestinien.

De façon générale, en France, l’opinion s’est retournée. Il y a 40 ans, elle était massivement pro israélienne. Plus personne ne considère les Israéliens comme des victimes. Là-dessus les dirigeants politiques qui, honteusement, accourent aux repas ou aux manifestations du CRIF ou qui affichent l’effigie du soldat Shalit sur leurs mairies ne tiennent pas compte de ce retournement de l’opinion en faveur de la Palestine. À nous de savoir transformer ce qui est surtout pour l’instant de la compassion en solidarité active.

Le Matin : Ces manifestations, souvent impulsées par des mouvements ou associations, ont drainé de nombreux Arabes, notamment des jeunes de quartiers, peu coutumiers de ce genre d’expression citoyenne. Quelle analyse faites-vous de ce phénomène ? Peut-on parler à ce sujet d’une intrusion nouvelle de cette catégorie de la population dans le champ du politique et de la solidarité internationale ?

La population arabe vivant en France est très diverse. Il y a les laïques, les religieux, les associations de quartiers, les associations de jeunes … Cette population ne s’est jamais bien sentie représentée par des associations françaises, y compris celles qui se battent pour la Palestine. Il y a donc eu en l’espace de quelques jours une véritable appropriation de ce conflit. La première manifestation pour Gaza à Marseille le jour de l’attaque israélienne était appelée par l’UJFP. Nous attendions 200 personnes, il y en a eu 20 fois plus. Les jeunes qui manifestaient pour la première fois sur la question palestinienne étaient nombreux. Bien sûr, il n’est pas sûr qu’ils restent mobilisés durablement alors que cette guerre séculaire est très loin d’une solution équitable. Et puis, la découverte de la solidarité internationale est parfois compliquée. Il y avait dans les manifestations des pancartes « étoile de David = croix gammée ». Tous les membres de l’UJFP sont allés discuter, expliquer que l’étoile de David nous avait été volée par l’Etat sioniste, mais que c’était aussi l’insigne avec lequel nos grands-parents étaient partis à la chambre à gaz. Dans la plupart des cas, les pancartes ont été
retirées, leurs auteurs s’excusant et ne voulant pas nous choquer.

Depuis les manifestations, les liens qui se sont établis ont des suites. L’UJFP participe régulièrement à des rencontres, débats ou soirées culturelles avec des associations arabes ou des associations de quartier.

Le Matin : l’UJFP fait partie de ces centaines de mouvements et ONG qui ont déposé une plainte contre Israël auprès du TPI pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Pensez-vous que cette démarche a des chances d’aboutir ?

Je ne suis pas juriste et je suis donc incapable de savoir quelles suites auront ces actions juridiques. Déjà l’UJFP (avec l’AIC, organisation à la fois israélienne et palestinienne qu’animent Michel Warschawski et Nasser Ibrahim) avait déposé plainte auprès du procureur de la Cour internationale de La Haye (M. Ocampo) contre l’Etat d’Israël pour les crimes commis il y a 3 ans au Liban. Notre plainte n’avait pas été acceptée pour des raisons de forme.

Je vais donc répondre sur la question des principes. Pour nous, il est invraisemblable que la même communauté internationale qui trouve normale de juger ceux qui ont commis des crimes en Yougoslavie, au Rwanda ou au Darfour, reste silencieuse après le carnage de Gaza. Nous exigeons donc l’inculpation de Livni, Olmert, Barak ou des généraux israéliens. Pour l’instant nous privilégions une plainte collective auprès de la Cour Pénale Internationale.

Au-delà d’un recours à une justice internationale, il y a la création d’un « tribunal Russel » à l’image de celui qui avait contribué à retourner l’opinion publique mondiale contre les crimes de l’impérialisme américain au Viêt-Nam.

Et puis, un certain nombre de pays acceptent d’instruire des crimes qui n’ont pas été commis sur leur territoire. Les plaintes se multiplient et un plusieurs dignitaires israéliens ont désormais peur de voyager. Ils savent qu’ils risquent l’arrestation (comme Pinochet autrefois). Toutes ces initiatives juridiques doivent s’ajouter. Elles vont dans une direction simple : c’est l’impunité d’Israël qui permet la poursuite du crime. C’est pourquoi l’UJFP soutient aussi le BDS (boycott, désinvestissement, sanctions) contre Israël tant que durera l’occupation.

Le Matin : En Israël il existe des mouvements pour la paix qui se sont exprimés courageusement durant l’agression contre Gaza. Quelle est la réalité de ces mouvements de contestation et leur impact sur la société ?

La frontière en Israël passe clairement entre les sionistes et les anticolonialistes. Tous les partis politiques sionistes (y compris le Meretz, le parti de la « gauche » sioniste — comme si on pouvait être de gauche et sioniste –), le mouvement « la paix maintenant », les écrivains censés être une « conscience morale » (Oz, Yehoshua, Grossman), tous ont approuvé l’attaque contre Gaza comme ils avaient approuvé celle contre le Liban.

L’attaque contre Gaza a provoqué une très grande émotion chez les Palestiniens d’Israël. Il y a eu plus de 100000 manifestants à Sakhnine, ville palestinienne de Galilée. Les Palestiniens forment 20% de la population israélienne. Les discriminations et les humiliations qu’ils subissent dans un « Etat Juif » qui les considère comme des citoyens de seconde zone ou qui voudrait les expulser (voir le programme de Lieberman) les radicalisent. Aux élections, deux de leurs trois partis ont failli être interdits puisqu’ils sont antisionistes.

Chez les Juifs Israéliens, au plus fort de la guerre, il y a eu 12000 manifestants solidaires avec Gaza. Ce camp anticolonialiste rassemble des personnalités étonnantes (Michel Warschawski, Nurit Peled, Uri Avnery, Amira Hass, Gideon Lévy …), des historiens, des cinéastes, des associations (anarchistes contre le mur, femmes en noir, refuzniks, Taayush, Betselem, Rabbins contre l’occupation…). Bien sûr, ils sont minoritaires. Ils ont radicalement rompu avec l’idéologie totalitaire qui prétend parler au nom de tous les Juifs. Ils doivent tout réinventer. Ils ont choisi la rencontre et l’action permanente avec les Palestiniens. Ils ne représentent que 10 ou 15 % de l’opinion publique juive et ils ne sont pas (sauf le Hadash = parti communiste) au Parlement. Je les compare volontiers aux porteurs de valises français pendant la guerre d’Algérie. Certes très minoritaires mais ils ont permis le retournement de l’opinion. Ces anticolonialistes sont les seuls à rendre possible à terme une paix fondée sur l’égalité des droits et la justice.

Sur l’impact. Il faut savoir qu’un livre comme celui de Shlomo Sand (« Comment le peuple juif fut inventé ») qui met par terre l’idéologie sioniste (en expliquant qu’il n’y a eu ni exil ni retour) est un best-seller en Israël. Il faut savoir aussi que 3 mois avant l’attaque contre Gaza, une liste dirigée un jeune communiste refuznik antisioniste et comportant des Palestiniens avait obtenu 36% des voix aux élections municipales de Tel-Aviv.

Le Matin : Comment expliquez-vous le malaise d’une partie de la gauche française et son aveuglement à l’égard d’Israël, ses hésitations à prendre position dans le sens du droit international, de la justice et de la morale humaine ?

L’histoire bégaie. En 1956, une bonne partie de la gauche française votait les pleins pouvoirs aux militaires en pleine guerre d’Algérie et couvrait la gégène sous la surveillance tranquille des « socialistes » Lejeune ou Lacoste. Et c’est un gouvernement « de gauche » (Guy Mollet) qui attaquait Nasser aux côtés de l’armée israélienne. Une partie de cette gauche a toujours été colonialiste et manifeste vis-à-vis des Arabes un racisme certain teinté de condescendance paternaliste.

Vis-à-vis d’Israël, les socialistes français ont toujours considéré les travaillistes comme un parti frère. Leur admiration pour les kibboutz, pour ce pays « démocratique », pour ces « Israéliens qui ont transformé le désert en jardin » reprennent tous les stéréotypes de la propagande sioniste. Cette gauche et les dirigeants israéliens appartiennent au même monde, qui n’est pas celui de l’égalité, du partage ou du refus des discriminations.

L’attaque contre Gaza a été rendue possible en Israël par une propagande efficace visant à faire passer le Hamas (après le Hezbollah 3 ans avant) comme des sauvages terroristes qu’on a le droit de tuer. Cette propagande a parfaitement fonctionné aussi en France. On a l’impression que cette gauche n’accepte que des Arabes européanisés, mais qu’elle n’a toujours pas fait son deuil de ses années d’errements colonialistes.

Le Matin : Quels commentaires faites-vous sur le résultat des élections législatives et la percée de l’extrême droite ? Qu’est-ce que cela augure pour l’avenir dans cette région du monde ?

Ce qui vient de se passer en Israël, c’est un peu comme si l’OAS avait gagné la guerre d’Algérie et que les élections se jouent entre Le Pen, Mégret et De Villiers. Le sionisme a gommé les différences idéologiques. Il y a 80 ans, l’idéologue de la « droite » sioniste, Vladimir Jabotinsky, prônait déjà le « transfert », c’est-à-dire le nettoyage ethnique et l’expulsion des Palestiniens au-delà du Jourdain. La « gauche » sioniste, alors majoritaire ne le disait pas mais dans les faits, elle a participé à tous les crimes contre les Palestiniens : la Naqba, la colonisation, la répression de l’Intifada, le mur, les guerres …

Ce sont trois factions héritières de Jabotinsky qui ont gagné les élections israéliennes et il faut vraiment que les médias soient « à la botte » pour qualifier Kadima, le parti fondé par le criminel de guerre Sharon de « centriste ». Kadima est pour un Etat Palestinien, mais sans Jérusalem, sans la vallée du Jourdain
, sans Ariel, sans Maale Adoumim, sans les blocs de colonies. Bref des bantoustans éclatés. Nétanyahou est contre tout Etat Palestinien, mais comme ceux-ci forment 47% de la population entre Méditerranée et Jourdain, il s’apprête à officialiser l’Apartheid. Et Lieberman confond allègrement Israël et la boite de nuit où il était videur. Il veut que les Palestiniens « prêtent allégeance » au dieu sionisme. Sinon, il réalisera les buts de Jabotinsky.

Comme Israël est totalement incapable, sur ces bases, de négocier ou même de faire semblant, ce gouvernement ne durera probablement pas très longtemps.

Il faut ajouter que l’un des dommages collatéraux de l’attaque contre Gaza a été l’affaiblissement politique, peut-être définitif de Mahmoud Abbas, très critiqué pour avoir maintenu un cadre de « négociations » sans issue. Il est significatif que, incapable de proposer quoi que ce soit sur la Palestine, Nétanyahou avance comme point n°1 de son programme … une attaque contre l’Iran.

Le Matin : L’arrivée d’Obama à la Maison-Blanche peut-elle modifier la donne ?

Je répondrai en mon nom personnel, car il y a eu des manifestations d’enthousiasme, à mon sens tout à fait excessives, dans l’UJFP lors de l’élection d’Obama.

D’abord il y a les faits. Si Obama avait voulu empêcher le crime commis à Gaza, un mot suffisait et il n’a rien dit. L’argument « il n’y a qu’un seul président » ne tient pas. Avant d’être élu, Obama a visité l’AIPAC, le lobby sioniste américain (sinon, il n’aurait pas été élu, disent certains). Son principal conseiller, Rahm Emanuel, est un sioniste convaincu dont le père est un militant du Likoud. La nomination d’Hillary Clinton aux affaires étrangères n’est pas de bon augure. Le journaliste Charles Enderlin qui a raconté heure par heure l’échec des négociations de Camp David montre Clinton agressant Arafat au moment de la rupture en lui annonçant qu’il est « fini » et qu’on lui fera porter la responsabilité de l’échec. Et c’est ce qui s’est passé. L’alliance américano-israélienne n’est pas fortuite et dans cette alliance, le rapport de force est en faveur des Israéliens. Israël est devenu une tête de pont de l’Occident au Proche-Orient. Perdre Israël, c’est perdre l’Egypte, l’Arabie Saoudite, la route du pétrole. Les Israéliens en étaient tellement persuadés que, le premier jour de la guerre de 1967, ils ont coulé un navire de guerre américain, le Liberty. Le message était clair : « nous allons faire la guerre, la gagner, coloniser et non seulement vous n’allez pas nous empêcher de le faire mais vous allez nous réarmer ». C’est bien ce qui s’est passé. Enfin, aux Etats-Unis, il y a 50 millions de « chrétiens sionistes ». Pour ces millénaristes, les Arabes, c’est Armageddon, c’est le mal. Les Juifs doivent les expulser de terre sainte puis se convertir sous peine de disparition. Ces sectes antisémites ont joué un rôle majeur dans le financement de la colonisation. Obama, pas plus qu’un autre, n’est prêt à les affronter.

S’il y a un changement avec Obama, il viendra d’ailleurs. Il ne doit pas être d’accord avec la marginalisation de l’Autorité Palestinienne ou avec l’idée d’une attaque contre l’Iran.

Interview de Pierre Stambul
Propos recueillis par Keltoum Staali
Publié par UJFP.