Palestine en Question

Blog dédié à la Palestine

La question de Palestine

Bibliographie histoire

 

En 1799, l’armée de Napoléon Bonaparte entre en Palestine. C’est le débat d’une redécouverte de la Terre sainte, qui dés lors s’ouvre progressivement aux Occidentaux. Les Puissances vont aller jusqu’à se faire la guerre pour établir leur protectorat sur les Lieux saints, les archéologues font des rouilles pour démontrer la véracité du texte biblique aria à mal par la critique historique,
La petite Palestine devient ainsi un enjeu de luttes politiques et de confits scientifiques. Elle-même se transforme considérablement durant un long XIXe siècle marqué par les reformes modernisatrices de l’Empire ottoman. Société levantine, elle découvre au début du XXe siècle les premières formes de nationalisme.
De l’opposition entre science et religion naît historicisation du texte sacre qui fait du peuple juif un acteur de ]’Histoire. A partir de l880, au moment cor le libéralisme européen s’épuise, la montée des différentes formes d’antisémitisme génère l’expression d’un nationalisme dont la forme la plus radicale sera le sionisme.
Ce livre rapporte comment, grâce aux « israélites » français, la première colonisation juive a été possible. Dès les années 1900, le sionisme commence à se heurter au nationalisme arabe palestinien. Durant la Grande Guerre, Français et Anglais mènent une politique hésitante et contradictoire destinée à leur assurer le soutien des mondes ,juif et musulman dont la force véritable est surestimée. De 1919 à 1922, les Britanniques obtiennent bien un. mandat sur la Palestine, mais, au moment où la charte dudit mandat est: ratifie par la Société des nations (juillet I922), la contradiction des engagement pris est patente en dépit d’une savante construction politique.
De 1799 à 1922, la vieille Terre sainte des religions devient la Terre sainte ces nations. Plus le monde est censé se désenchanter, plus la sacralité de cette région se renforce pour devenir la cause de nouvelles violences.

Henry LAURENS, La question de Palestine Tome 1 – L’invention de la Terre sainte (1799-1922), Fayard , 1999 [Texte en ligne].

Il n’existe aucun équivalent dans aucune langue de l’entreprise exceptionnelle que représente la trilogie de Henry Laurens sur les origines du conflit israélo-arabe, dont voici le deuxième volume. C’est précisément durant le mandat britannique (1922-1947) que s’est noué l’antagonisme qui ensanglante le Proche-Orient : premières véritables implantations juives, achats de terres, dissolution de l’Empire ottoman, rôle prépondérant du pétrole dans l’économie de la région… Jérusalem est plus que jamais un symbole. En 1917, la déclaration Balfour promet la création d’un « foyer national juif ». La guerre mondiale réduit très fortement l’immigation juive. Même après les abominations de la Shoah, la création d’un État d’Israël mettra du temps à se réaliser. Ni les Arabes ni les Juifs ne peuvent se montrer satisfaits des vingt-cinq années du mandat.

Henry LAURENS, La question de Palestine Tome 2 – Une mission sacrée de civilisation (1922-1947), Fayard , 2002 [Texte en ligne].

Ouverte dès le XIXe siècle, la question de Palestine a pris un caractère particulièrement aigu après la Seconde Guerre mondiale. En dépit des apparences et des idées reçues, ce n’est pas la Shoah qui a accéléré le dessein des Juifs de fonder un « foyer national », mais plutôt le déclin de la puissance européenne, en particulier de la Grande-Bretagne au Moyen-Orient. Durant le conflit et juste après, ce sont en effet le Liban, la Syrie, l’Irak, la Jordanie qui se trouvent débarrassés des mandats confiés en 1919 par la SDN à la France et à l’Angleterre, et quelques années plus tard, l’Égypte elle-même acquiert son indépendance. Pour les sionistes, le moment est venu. La création d’Israël est décidée à l’arraché à l’ONU. Mais les pays arabes, estimant que ce nouvel État, créé à leurs dépens, n’a été voulu par les Européens que pour se racheter de la destruction des Juifs d’Europe, ne s’inclineront jamais devant le partage de la Palestine. Incursions des uns dans le territoire des autres, sabotages, luttes pour la terre et pour l’eau douce, rancoeurs et haines, jeu des grandes puissances et des puissances déclinantes empêcheront jusqu’à nos jours qu’une issue soit trouvée. Quant aux souffrances des Palestiniens, elles seront bien longues à être prises en compte.

Henry LAURENS, La question de Palestine Tome 3 – L’accomplissement des prophéties (1947-1967), Fayard , 2007 [Texte en ligne].

5 juin 1967-4 juin 1982 est une étape décisive de la question de Palestine, le moment où le conflit israélo-arabe connaît son apogée pour ensuite tendre à se transformer en conflit israélo-palestinien. L’occupation par Israël de la totalité de la Palestine mandataire remet en avant la dimension première du conflit, l’opposition des deux peuples. La révolution palestinienne contrecarre les projets des États arabes au risque d’une confrontation armée. La guerre de 1973 restaure l’honneur des États arabes et ouvre un processus de paix bien ambigu tandis que le Liban bascule dans une guerre civile qui attire à elle Israéliens et Palestiniens.

Henry LAURENS, La question de Palestine Tome 4 – Le rameau d’olivier et le fusil du combattant (1967-1982), Fayard , 2011 [Texte en ligne].

Juin 1982-janvier 2001 : si cette vingtaine d’années est marquée, en Israël et dans les territoires palestiniens, par de nombreuses violences, elle voit aussi la mise en place de ce qu’on appelle depuis le processus de paix.
Se confrontent ici deux logiques : la situation sur le terrain et les initiatives diplomatiques. Henry Laurens propose une chronique détaillée de la première comme des secondes, tout en exposant les évolutions politiques internes aux différentes parties impliquées – l’Autorité palestinienne et Israël, mais aussi les États-Unis, la Syrie, l’Égypte. Il explique avec clarté les avancées, les revirements, les blocages et les principaux points d’achoppement, rendant intelligibles des notions et des événements qui paraissent parfois obscurs aux non-spécialistes. En se plaçant au plus près des acteurs, il montre toute l’importance du facteur humain dans des négociations qui concernent des peuples et des territoires.

Henry LAURENS, La question de Palestine Tome 5 – La paix impossible (1982-2001), Fayard , 2015 [Texte en ligne].

Lire aussi :
Henry LAURENS, CairnCollège de FranceFayard.
Dossier documentaire Géo-Histoire globale, Monde en Question.
Dossier documentaire Histoire, Monde en Question.

Publication suspendue


Publication suspendue… faute de lecteurs

 

American Radical – The Trials of Norman Finkelstein

Le sionisme et l’instrumentalisation de l’Holocauste

Fils de parents survivants des camps nazis, auteur de L’industrie de l’Holocauste – Réflexions sur l’exploitation de la souffrance des Juifs (La Fabrique, 2001), professeur de sciences politiques et homme de principes jusqu’à l’intransigeance, Norman Finkelstein est en croisade depuis 1982. Son objectif : dénoncer l’utilisation de l’Holocauste par Israël pour justifier les crimes commis en Palestine.

Suivant Finkelstein à travers le monde, American Radical trace le portrait de cet homme vénéré par les uns et haï par les autres, ami de Noam Chomsky et interdit de séjour en Israël. Le portrait d’un penseur libre, d’un provocateur, d’un homme seul qui a sacrifié sa vie à une cause.


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Nous avons une expression en anglais : « La vérité est souvent une pilule amère à faire passer. » Nous sommes supposés examiner sérieusement l’histoire. Mais il suffit que vous mentionnez quelques mots sur des collaborateurs juifs, et les gens deviennent tellement énervés. C’est – je suis désolé de le dire – une forme de chantage émotionnel [53’08 »].

Norman Finkelstein a payé le prix fort pour avoir dit une vérité dérangeante. Il a été chassé de l’Université, interdit de séjour en Israël et l’Organisation de la Défense Juive a lancé contre lui une campagne « Chassez le traître des Juifs ».

Fiche : AlloCiné
Critiques :
ISM
Lectures
Panorama
The New York Times
Site du filmLes Mutins de Pangée

20/04/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
Dossier documentaire & Bibliographie FINKELSTEIN Norman, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Sionisme, Monde en Question.
Dossier documentaire Cinéma, Monde en Question.
Veille informationnelle Cinéma, Monde en Question.

La majorité des Israéliens soutient la solution à deux États

Un nouveau sondage publié mardi a révélé que 62% des Israéliens soutenaient la solution à deux États et pensaient qu’il s’agissait de la meilleure option pour l’État israélien, a rapporté le Jerusalem Post.

Le sondage a été mené auprès de 500 personnes issues d’un échantillon représentatif de la population adulte juive par le groupe Smith Research pour l’organisation Blue and White Future.

La recherche montre que 69% des interrogés âgés de 50 ans et plus soutiennent la solution à deux États, par rapport à 63% chez les 30-49 ans et 42% chez les 18-29 ans.

De plus, 25% des 18-29 ans soutiennent l’annexion des territoires palestiniens sans donner aux Palestiniens tous les droits civils, par rapport à 16% des 30-49 ans et 7% des 50 ans et plus.

Quant au facteur de l’âge, l’étude montre que les plus jeunes tendent à adopter des positions plus orientées vers la droite que les adultes.

En réponse aux résultats de l’étude, le coprésident de l’organisation Blue and White Future, Gilad Sher, a déclaré que l’opinion publique israélienne « commençait à internaliser » l’idée de la nécessité d’une solution de deux États.

Il a ajouté que la responsabilité du gouvernement était de pousser dans cette direction, déclarant au Jerusalem Post qu’il était de « l’intérêt national » du pays d’en faire autant.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a soutenu la solution à deux États dans son discours Bar Illan en juin 2009.

20/12/2012
Renmin Ribao

Lire aussi :
• Les Israéliens davantage préoccupés par la pauvreté que par l’Iran, CCIPPP.
Veille informationnelle Palestine, Monde en Question.
Revue de presse Palestine colonisée 2012, Monde en Question.
Dossier documentaire Palestine/Israël – Un seul État, Monde en Question.

Pilier de Défense – Fronde de David

Un article de l’agence Xinhua est passé totalement inaperçu. Il éclaire pourtant un des buts de l’offensive militaire contre les Palestiniens de Gaza. Rien ne vaut une bonne guerre pour tester de nouvelles armes.

Israël annonce avoir testé avec succès un nouveau système de défense antimissile

Israël a testé avec succès un nouveau système de défense antimissile, baptisé « Fronde de David », capable d’intercepter des missiles ayant une portée plus longue que ceux abattus par le système « Dôme de fer » utilisé lors du récent conflit entre Israël et Gaza, a indiqué le ministère de la Défense dimanche.

Un missile Stunner, lancé par le système « Fronde de David », a intercepté sa cible lors du premier tir, précise le communiqué du ministère.

Ce test d’interception réussi marque l’achèvement de la première phase de développement du système de défense « Fronde de David » mis au point par l’Organisation de défense antimissile israélienne et l’Agence de défense antimissile américaine, ajoute le communiqué.

Le ministre israélien de la Défense Ehoud Barak a félicité les personnels qui ont travaillé sur le projet. Le système « Fronde de David » sera un dispositif important du programme de défense antimissile multi-couches israélien, a-t-il dit.

« Fronde de David », qui est développé conjointement par Israël et les États-Unis, constitue une couche de protection intermédiaire entre « Dôme de fer », qui assure la défense d’Israël contre les missiles de courte portée, et « Flèche 2 » (« Arrow 2 »), qui protège le pays contre les missiles balistiques de longue portée.

Renmin Ribao, 27/11/2012

Un test en grandeur nature permet aussi de préparer la prochaine guerre comme l’annonce triomphalement le site de propagande sioniste JSS News :

L’opération « Colonne de nuée » peut être considérée comme étant un « round » dans la guerre qui oppose l’État d’Israël à la République islamique d’Iran et ses alliés dans la région. La trêve acceptée par le gouvernement de Binyamin Netanyahou n’est pas un renoncement dans la lutte contre le terrorisme mais l’aboutissement – anticipé – d’une des étapes de la stratégie israélienne.

Le 14 novembre 2012, l’opération « Colonne de nuée » débute avec l’élimination d’Ahmed Jabari, le chef de la branche armée du Hamas. Un cessez-le-feu entre en vigueur huit jours plus tard. Le bilan de cette opération est clair et les chiffres communiqués par Tsahal le prouvent.

[…] Bien qu’atteint, le Hamas n’est pas encore détruit. Pour cela, il est nécessaire de s’attaquer aussi au régime iranien.

[…] il ne fait aucun doute que les dirigeants israéliens seront au rendez-vous pour enfin « laisser Tsahal gagner ».

Lire aussi :
• Succès du premier test de la « Fronde de David », JSS News site de propagande sioniste, 28/11/2012.
• Système Fronde de David, Tsahal.
• Notes d’Iron Dome au Patriot, impair et manque…, Dedefensa 22/11/2012.
Revue de presse Palestine colonisée 2012, Monde en Question.
Veille informationnelle Palestine, Monde en Question.

Un État non-membre et occupé


Photo publiée par Ha’aretz avant la connaissance du vote :
138 voix pour, 9 contre et 41 abstentions

Le 14 novembre, Benyamin Netanyahou a lancé une opération militaire contre les Palestiniens de Gaza puis l’a brusquement arrêtée au bout d’une semaine. En acceptant un cessez-le-feu négocié par Mohamed Morsi, il a permis à Ismaël Haniyeh d’apparaître comme le « vainqueur » d’une guerre qui n’a pas eu lieu.

Le 29 novembre, Benyamin Netanyahou a été incapable d’empêcher le vote par l’ONU en faveur de la reconnaissance de la Palestine comme État observateur non-membre des Nations Unis. Mahmoud Abbas apparaît comme le « vainqueur » d’une guerre diplomatique contre l’État d’Israël qui se retrouve plus isolé que jamais.

En moins de quinze jours, Ismaël Haniyeh fut promu comme l’interlocuteur incontournable d’une solution militaire et Mahmoud Abbas comme l’interlocuteur incontournable d’une solution diplomatique au règlement du partage de la Palestine, selon les frontières de 1947 pour le Hamas et celles de 1967 pour l’OLP.

Bien que Benyamin Netanyahou soit pratiquement assuré de gagner les prochaines élections, il devra affronter la réalité d’une occupation coloniale qui s’enlise dans les sables mouvants du projet sioniste d’établir un État juif sur les deux rives du Jourdain.

29/11/2012
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Assemblée générale, ONU, 29/11/2012.
• With Palestinians near certain to win UN recognition, Israel increasingly isolated, Ha’aretz, 29/11/2012.
The General Assembly vote, which will be broadcast live around the globe, is expected to be an unprecedented achievement for the PA and Abbas. In contrast, Prime Minister Benjamin Netanyahu, Foreign Minister Avigdor Lieberman and Defense Minister Ehud Barak are said to understand that the Palestinian victory at the United Nations means an Israeli defeat and a personal defeat for each of them.
The significance of the outcome has not been lost on Jerusalem. While the ruling party in Israel is moving to the right, the international community, including Israel’s friends, is moving to the left. They are no longer willing to accept Israel’s occupation of the West Bank.
• La question de Palestine, ONU – The Question of Palestine, UN.
• Permanent Observer Mission of Palestine to the United Nations, UN.
Revue de presse Palestine colonisée 2012, Monde en Question.
Dossier documentaire Résistance à la colonisation de la Palestine, Monde en Question.

Texte de l’accord de cessez-le-feu

L’accord de cessez-le-feu conclu sous médiation égyptienne entre Israël et les groupes combattants à Gaza prévoit que les deux parties cessent leurs frappes aériennes comme leurs tirs de roquettes à dater de 21h00 heure de Gaza (19h00 GMT).

Voici le texte de cet accord :

Dispositions convenues relativement à l’accord de cessez-le-feu conclu entre Israël et les groupes combattants de la bande de Gaza, dirigés par le Hamas, avec la médiation de l’Égypte :
1. Israël cesse toute action agressive à Gaza, que ce soit par mer, par terre ou par les airs, y compris toute incursion et tout assassinat ciblé.
2. Les factions palestiniennes et la branche armée cessent toute action agressive depuis la bande de Gaza contre Israël, y compris tout tir de roquette et toute attaque à la frontière entre la bande de Gaza et Israël.
3. Les points de passage seront ouverts et la circulation des biens et personnes seront facilités, sans restreindre les déplacements des habitants ni les prendre pour cible près des zones frontalières. Cette mesure sera mise en oeuvre 24 heures après l’entrée en vigueur du présent accord.
4. Tout autre problème éventuel sera discuté en tant que besoin.

Mécanisme de mise en œuvre :
1. Décision de l’heure zéro pour le début de l’entrée en vigueur de l’accord de cessez-le-feu.
2. Obtention par l’Égypte de garanties de toutes les parties qu’ elles respecteront les dispositions convenues.
3. Engagement de la part de chaque partie à s’abstenir de toute action unilatérale ou violation de ces accords. Toute éventuelle observation sera transmise à l’Égypte, en tant que médiateur de cet accord, qui en assurera le suivi.

Renmin Ribao

Lire aussi :
Revue de presse Palestine colonisée 2012, Monde en Question.
Dossier documentaire Résistance à la colonisation de la Palestine, Monde en Question.

Le prix du recul de Netanyahou

S’il s’avère que l’État d’Israël arrête son offensive militaire contre les Palestiniens de Gaza après huit jours de bombardements de la population civile, il reste à interpréter ce recul historique.

Benyamin Netanyahou doit avoir de très bonnes raisons pour signer un cessez-le-feu qui avantage politiquement Mohamed Morsi, le président de l’Égypte proche des Frères musulmans, et Ismaël Haniyeh du Hamas, mouvement issu des Frères musulmans. En effet, Mohamed Morsi va apparaître comme l’homme fort, qui a négocié l’improbable cessez-le-feu entre l’État d’Israël et le Hamas, et Ismaël Haniyeh va apparaître comme l’héroïque résistant, qui a fait reculé Benyamin Netanyahou.

Les conséquences peuvent être désastreuses pour Benyamin Netanyahou, qui risque alors de perdre les élections, et pour l’armée israélienne, qui avait déjà été secouée par sa défaite au Liban. Avigdor Liberman et les généraux extrémistes sont capables de faire de la surenchère. En bref, une crise de confiance pourrait ébranler la société israélienne qui soutenait majoritairement cette nouvelle guerre.

Pour que Benyamin Netanyahou accepte un accord, il faut qu’il ait reçu en échange des gages… de la seule puissance qui puisse le contraindre à négocier : les États-Unis via Hillary Clinton, qui est actuellement à Tel Aviv.
À défaut de l’autoriser à guerroyer en Iran, Barack Obama lui a probablement garanti de neutraliser Mahmoud Abbas, qui rêve toujours d’être le Président-embedded un État-confetti pour le compte de l’État d’Israël, et surtout de fermer les yeux sur la poursuite de la colonisation de la Cisjordanie.
Il est possible aussi que Obama ait tendu un piège Netanyahou, en lui donnant de fausses promesses, pour lui faire payer son soutien à son adversaire électoral.

Le 14 novembre, Benyamin Netanyahou a lancé une opération militaro-électorale dont les gains ne sont pas acquis.

21/11/2012 à 20 heures
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• 21/11/2012, Notes sur un « Pilier » bien incertain, deDefensa.
Revue de presse Palestine colonisée 2012, Monde en Question.
Dossier documentaire Résistance à la colonisation de la Palestine, Monde en Question.

Échec du nationalisme palestinien

Ecoutez, nous [OLP], nous avons décidé, il y a 19 ans, d’arrêter toute la lutte militaire pour décider de négocier la solution de deux États. Mais soyons honnêtes, nous avons échoué. La solution préconisée par le Président Mahmoud Abbas, par le Premier ministre, par Yasser Arafat avant son décès, ça fait 20 ans que nous négocions soi-disant une solution de l’occupation militaire de nos territoires depuis 45 ans. Et qu’est-ce que nous avons fait ? Nous n’avons même pas réussi à faire retirer l’armée israélienne ni de Gaza ni de Cisjordanie, ni de Jérusalem-Est.

[…] je vous dis que moi, je suis l’ambassadeur de Palestine, et je vous dis que, malheureusement, la stratégie de ma direction, la mienne, celle que je défends maintenant depuis 45 ans, elle a échoué. Dites-moi à quoi ont servi les négociations pendant 20 ans ? Nous avons commencé à négocier à Madrid en 1990. On a continué en 1993, on a arrêté la lutte armée, on a voulu montrer qu’on était respectueux du droit international, et Israël nous a donné une claque.

18/11/2012, Leïla Shahid : « Notre stratégie non-violente face à Israël est un échec », RTBFTélécharger mp3.

Moi je travaille à Bruxelles et tout ce que nous demandons (gel de la colonisation, respect des frontières et de la capitale) sont des référents de l’Union européenne. Les Palestiniens ne sont pas des sous-hommes qui n’auraient pas le droit d’être protégés par le droit. La négociation politique que nous menons depuis Oslo il y a 20 ans est un échec. L’occupation est encore pire, le mur encore plus grand, que la répression est plus grande…

19/11/2012, Leila Shahid, déléguée générale de Palestine sur RTL : « Il est temps que l’on sanctionne Israël », RTLTélécharger mp3.

Il est rare qu’un responsable politique du niveau de Leïla Shahid, qui est déléguée générale de l’Autorité palestinienne [OLP] auprès de l’Union européenne, avoue l’échec de la stratégie de son organisation depuis plus de 20 ans.

Elle oublie quand même de dire que l’échec de la négociation politique entre l’OLP et l’État d’Israël fait suite à l’échec de la lutte armée de l’OLP contre l’État d’Israël à une époque où pourtant la lutte armée de libération nationale avait le vent en poupe – FLN en Algérie (1954-1962) et FNL au Viêt Nam (1954-1976).

L’échec de l’OLP vient principalement de sa nature sociale qui l’incita à avoir une confiance excessive dans le soutien des États arabes à la création d’un État palestinien. Or, les États arabes ont toujours instrumentalisé la question palestinienne sur le dos des Palestiniens. L’OLP a échoué sur le plan de la lutte armée et de la négociation politique, qui de concession en concession s’est transformée en collaboration avec l’occupant, parce qu’elle a privilégié la question nationale par rapport à la question sociale.

Le Hamas collabore aussi avec l’occupant, mais sans négocier ouvertement avec lui. Ismaël Haniyeh doit pourtant, par exemple, demander la permission pour sortir de Gaza. Sa police exerce dans les limites imposées les services israéliens, etc. Mais le Hamas approuve le lancement de roquettes contre des civils israéliens pas des groupes qu’il contrôle plus ou moins. Il sait que ces actions sont dérisoires et contre-productives, mais c’est le prix à payer pour apparaître comme le pôle de la résistance.
Dérisoire car l’armée israélienne, la mieux équipée du Moyen-Orient, a des moyens biens supérieurs. La dissymétrie du nombre de morts palestiniens et israéliens est éloquente. Selon l’organisation israélienne de défense des droits humains B’Tselem du 19 janvier 2009 au 30 septembre 2012, 271 Palestiniens tués à Gaza contre 4 Israéliens.
Contre-productive car les médias dominants du monde entier ne parlent que des roquettes « des terroristes du Hamas » qui servent de prétexte au gouvernement israélien pour bombarder massivement les Palestiniens de Gaza.

Leïla Shahid croit-t-elle encore à un État palestinien sur les confettis de localités encerclées par des routes réservées aux seuls israéliens ? Elle fait peut-être encore semblant d’y croire car elle ne se convertira pas à « la résistance islamique en Palestine » comme les organisations pro-palestiniennes occidentales. Ces organisations prient aujourd’hui pour que l’Égypte ou le Qatar sauvent les Palestiniens de Gaza d’un massacre planifié. Une farce tragique.

20/11/2012
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Théo COSME, Moyen-Orient 1945-2002 – Histoire d’une lutte de classes, Senonevero, 2002 [Introduction].
De la fin de l’Empire ottoman à la guerre du Golfe (1991), la « Question d’Orient » était celle du développement des rapports capitalistes au Moyen-Orient. L’Orient fut une  » Question  » car ce développement n’était pas endogène. La formation de bourgeoisies y fut cahotique et la production de prolétaires catastrophique. Depuis la fin de l’Empire Ottoman, la formation de rapports sociaux spécifiquement capitalistes s’est déroulée au Moyen-Orient au travers de la succession de trois fractions dominantes de la bourgeoisie : bourgeoisie foncière, administrative et commerçante ; bourgeoisie nationaliste ; bourgeoisie rentière (malgré nos critiques, nous reconnaissons notre dette aux travaux de Georges Corm). Chacune, dans sa spécificité, inclue et exprime à un moment donné les nécessités générales du développement du capital. Par là également, leur action peut parvenir à d’autres buts que ceux qu’elles s’étaient primitivement fixés. C’est dans ce cadre que nous étudions la formation de l’État d’Israël, la montée de l’islamisme, la révolution iranienne, la guerre du Liban, la première Intifada, l’échec du mouvement palestinien, l’invasion du Koweit et l’élimination finale de la figure autonome du rentier. Plus généralement les guerres israélo-arabes sont, pour les pays arabes, le critère et l’histoire du développement en leur sein des rapports sociaux capitalistes, l’existence d’Israël a été jusqu’à maintenant la contrainte à ce développement.

C’est la guerre du Golfe en 1991 qui a définitivement résolu le problème essentiel que dans la restructuration mondiale du mode de production capitaliste posait le Moyen-Orient : l’intégration de la rente pétrolière dans la péréquation générale du taux de profit. On peut alors cesser de considérer le Moyen-Orient comme une question particulière. La « Question d’Orient » est fondamentalement résolue dans la mondialisation des rapports capitalistes ce que confirment la caducité du sionisme l’effacement et les risques d’implosion de l’Arabie Saoudite, la seconde Intifada, l’évolution de l’islamisme et la guerre américaine en Afghanistan.

Il reste maintenant la question générale de la définition, de l’exploitation et de la reproduction d’un prolétariat massivement déraciné et paradoxalement renvoyé à des solidarités apparemment traditionnelles.

Outre son découpage et la compréhension de celui-ci, le parcours du capitalisme au Moyen-Orient pose plusieurs problèmes théoriques majeurs : le caractère non endogène du développement du capitalisme ; le rapport entre les identités intermédiaires (communautés religieuses ou ethniques) et l’État-nation ; le rapport de la rente pétrolière à la péréquation du taux de profit ; les formalisations religieuses et nationalistes de la lutte de classe.

Revue de presse Palestine colonisée 2012, Monde en Question.
Dossier documentaire Palestine/Israël – Un seul État, Monde en Question.

Tragédie-comédie en Palestine-Israël

En Palestine, se joue une tragédie-comédie entre Benyamin Netanyahou (Likoud), allié à Avigdor Liberman (Israel Beytenou), et Ismaël Haniyeh (Hamas). Comme en 2009, le gouvernement israélien joue cyniquement la carte sécuritaire pour gagner les élections. Il a rompu la trêve avec le Hamas, en assassinant Ahmed Jabari, car il sait que le Hamas répliquera en lançant des roquettes artisanales contre des villes israéliennes et que les médias dominants du monde entier ne parleront que de cela.

En 2009, Ehud Olmert (Kadima) avait lancé une guerre contre les Palestiniens de Gaza dans l’espoir que son parti remporte les élections, mais Shimon Peres chargea Benyamin Netanyahou (Likoud) de former un nouveau gouvernement. En effet, bien que Kadima arriva en tête avec 28 sièges, le Likoud gagnait 15 sièges et Israel Beytenou 4. La droite et l’extrême droite sortaient gagnantes de ces élections (Knesset 2006Knesset 2009).

En 2012, Benyamin Netanyahou réalise la même opération militaire et politique contre les Palestiniens de Gaza et les Israéliens pour remporter avec l’extrême droite la majorité des sièges et réaliser le projet sioniste de Vladimir Jabotinsky : établir un État juif de la Méditerranée au Jourdain à défaut des deux rives du Jourdain.

En Cisjordanie, Mahmoud Abbas – le Pétain d’un improbable État-confetti – assure la sécurité d’Israël et ne dénonce la politique du gouvernement israélien que du bout des lèvres. À Gaza, Ismaël Haniyeh – le kapo du camp de concentration – assure aussi la sécurité d’Israël, mais en sous-main car il se présente comme comme LE résistant. Ce que croient les organisations pro-palestiniennes qui se sont converties aux mots d’ordre de « la résistance islamique en Palestine » (ISM).

En tuant Ahmed Jabari, « un sous-traitant en charge du maintien de la sécurité d’Israël dans la bande de Gaza » (Ha’aretz), Benyamin Netanyahou permet à Ismaël Haniyeh de garder intacte son image de résistant. En lançant quelques roquettes contre des civils israéliens, réplique bien dérisoire, Ismaël Haniyeh permet à Benyamin Netanyahoun de justifier les bombardements des civils Palestiniens de Gaza et d’entraîner les Israéliens dans une logique sécuritaire… favorable à son projet de terminer la guerre de 1948 pour établir un État juif en Palestine.

Benyamin Netanyahou et Ismaël Haniyeh ont mutuellement besoin l’un de l’autre, mais à plus ou moins long terme Ismaël Haniyeh sera éliminé. Benyamin Netanyahou a, s’il gagne les élections, l’opportunité de réalisé le projet sioniste car les États-Unis ne bougeront pas, les États arabes non plus, pas plus que la Turquie ou l’Iran. L’Union Européenne, la Russie et la Chine se taisent. Les Palestiniens sont dramatiquement seuls… face à la folie meurtrière d’une armée d’occupation qui, en plus des chars de combat, des F-16 et des drones, possède des missiles air-sol, des armes chimiques et l’arme nucléaire.

17/11/2012
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Aluf BENN, Israel killed its subcontractor in Gaza, Ha’aretzLe Monde diplomatique, 15/11/2012.

Ahmed Jabari était un sous-traitant, en charge du maintien de la sécurité d’Israël dans la bande de Gaza. Cette qualification paraîtra sans aucun doute absurde pour tous ceux qui, au cours des dernières heures, ont vu Jabari décrit comme un « archi-terroriste », « le chef du personnel de la terreur » ou « notre Ben Laden ».

C’était pourtant la réalité durant ces cinq années et demi. Israël a exigé du Hamas qu’il observe la trêve dans le sud et la fasse appliquer par les nombreuses organisations armées dans la bande de Gaza. L’homme à qui avait été confiée cette tâche était Ahmed Jabari.

Alain Gresh rappelle la dissymétrie de cette guerre coloniale qui ne dit pas son nom :

Selon l’organisation israélienne de défense des droits humains B’Tselem du 19 janvier 2009 au 30 septembre 2012, 271 Palestiniens tués à Gaza contre 4 Israéliens.

Selon Selon l’organisation palestinienne de défense des droits humains PCHR, du 27 décembre 2008 au 18 janvier 2009, 1 455 Palestiniens tués contre 13 Israéliens.

• Serge LEFORT, Le Fatah et le Hamas unis contre les Palestiniens, Palestine en Question, 18/03/2011.
• Michel WARSCHAWSKI, USA-Israël – De l’alliance à la symbiose, Palestine en Question, 25/03/2010.
• Serge LEFORT, L’alliance russo-israélienne, Palestine en Question, 15/04/2009
• Pierre STAMBUL, Des origines au triomphe électoral de la droite en 2009 : le sionisme a gommé les différences idéologiques, Palestine en Question, 14/04/2009.
• Tanya REINHART, Détruire la Palestine, ou comment terminer la guerre de 1948, La Fabrique, 2002.
• Tanya REINHART, L’héritage de Sharon – Détruire la Palestine suite, La Fabrique, 2006.
Revue de presse Guerre contre Gaza décembre 2008janvier 2009, Monde en Question.
Revue de presse Palestine colonisée 2012, Monde en Question.
Dossier documentaire Résistance à la colonisation de la Palestine, Monde en Question.