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Un État non-membre et occupé


Photo publiée par Ha’aretz avant la connaissance du vote :
138 voix pour, 9 contre et 41 abstentions

Le 14 novembre, Benyamin Netanyahou a lancé une opération militaire contre les Palestiniens de Gaza puis l’a brusquement arrêtée au bout d’une semaine. En acceptant un cessez-le-feu négocié par Mohamed Morsi, il a permis à Ismaël Haniyeh d’apparaître comme le « vainqueur » d’une guerre qui n’a pas eu lieu.

Le 29 novembre, Benyamin Netanyahou a été incapable d’empêcher le vote par l’ONU en faveur de la reconnaissance de la Palestine comme État observateur non-membre des Nations Unis. Mahmoud Abbas apparaît comme le « vainqueur » d’une guerre diplomatique contre l’État d’Israël qui se retrouve plus isolé que jamais.

En moins de quinze jours, Ismaël Haniyeh fut promu comme l’interlocuteur incontournable d’une solution militaire et Mahmoud Abbas comme l’interlocuteur incontournable d’une solution diplomatique au règlement du partage de la Palestine, selon les frontières de 1947 pour le Hamas et celles de 1967 pour l’OLP.

Bien que Benyamin Netanyahou soit pratiquement assuré de gagner les prochaines élections, il devra affronter la réalité d’une occupation coloniale qui s’enlise dans les sables mouvants du projet sioniste d’établir un État juif sur les deux rives du Jourdain.

29/11/2012
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Assemblée générale, ONU, 29/11/2012.
• With Palestinians near certain to win UN recognition, Israel increasingly isolated, Ha’aretz, 29/11/2012.
The General Assembly vote, which will be broadcast live around the globe, is expected to be an unprecedented achievement for the PA and Abbas. In contrast, Prime Minister Benjamin Netanyahu, Foreign Minister Avigdor Lieberman and Defense Minister Ehud Barak are said to understand that the Palestinian victory at the United Nations means an Israeli defeat and a personal defeat for each of them.
The significance of the outcome has not been lost on Jerusalem. While the ruling party in Israel is moving to the right, the international community, including Israel’s friends, is moving to the left. They are no longer willing to accept Israel’s occupation of the West Bank.
• La question de Palestine, ONU – The Question of Palestine, UN.
• Permanent Observer Mission of Palestine to the United Nations, UN.
Revue de presse Palestine colonisée 2012, Monde en Question.
Dossier documentaire Résistance à la colonisation de la Palestine, Monde en Question.

Le prix du recul de Netanyahou

S’il s’avère que l’État d’Israël arrête son offensive militaire contre les Palestiniens de Gaza après huit jours de bombardements de la population civile, il reste à interpréter ce recul historique.

Benyamin Netanyahou doit avoir de très bonnes raisons pour signer un cessez-le-feu qui avantage politiquement Mohamed Morsi, le président de l’Égypte proche des Frères musulmans, et Ismaël Haniyeh du Hamas, mouvement issu des Frères musulmans. En effet, Mohamed Morsi va apparaître comme l’homme fort, qui a négocié l’improbable cessez-le-feu entre l’État d’Israël et le Hamas, et Ismaël Haniyeh va apparaître comme l’héroïque résistant, qui a fait reculé Benyamin Netanyahou.

Les conséquences peuvent être désastreuses pour Benyamin Netanyahou, qui risque alors de perdre les élections, et pour l’armée israélienne, qui avait déjà été secouée par sa défaite au Liban. Avigdor Liberman et les généraux extrémistes sont capables de faire de la surenchère. En bref, une crise de confiance pourrait ébranler la société israélienne qui soutenait majoritairement cette nouvelle guerre.

Pour que Benyamin Netanyahou accepte un accord, il faut qu’il ait reçu en échange des gages… de la seule puissance qui puisse le contraindre à négocier : les États-Unis via Hillary Clinton, qui est actuellement à Tel Aviv.
À défaut de l’autoriser à guerroyer en Iran, Barack Obama lui a probablement garanti de neutraliser Mahmoud Abbas, qui rêve toujours d’être le Président-embedded un État-confetti pour le compte de l’État d’Israël, et surtout de fermer les yeux sur la poursuite de la colonisation de la Cisjordanie.
Il est possible aussi que Obama ait tendu un piège Netanyahou, en lui donnant de fausses promesses, pour lui faire payer son soutien à son adversaire électoral.

Le 14 novembre, Benyamin Netanyahou a lancé une opération militaro-électorale dont les gains ne sont pas acquis.

21/11/2012 à 20 heures
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• 21/11/2012, Notes sur un « Pilier » bien incertain, deDefensa.
Revue de presse Palestine colonisée 2012, Monde en Question.
Dossier documentaire Résistance à la colonisation de la Palestine, Monde en Question.

Tragédie-comédie en Palestine-Israël

En Palestine, se joue une tragédie-comédie entre Benyamin Netanyahou (Likoud), allié à Avigdor Liberman (Israel Beytenou), et Ismaël Haniyeh (Hamas). Comme en 2009, le gouvernement israélien joue cyniquement la carte sécuritaire pour gagner les élections. Il a rompu la trêve avec le Hamas, en assassinant Ahmed Jabari, car il sait que le Hamas répliquera en lançant des roquettes artisanales contre des villes israéliennes et que les médias dominants du monde entier ne parleront que de cela.

En 2009, Ehud Olmert (Kadima) avait lancé une guerre contre les Palestiniens de Gaza dans l’espoir que son parti remporte les élections, mais Shimon Peres chargea Benyamin Netanyahou (Likoud) de former un nouveau gouvernement. En effet, bien que Kadima arriva en tête avec 28 sièges, le Likoud gagnait 15 sièges et Israel Beytenou 4. La droite et l’extrême droite sortaient gagnantes de ces élections (Knesset 2006Knesset 2009).

En 2012, Benyamin Netanyahou réalise la même opération militaire et politique contre les Palestiniens de Gaza et les Israéliens pour remporter avec l’extrême droite la majorité des sièges et réaliser le projet sioniste de Vladimir Jabotinsky : établir un État juif de la Méditerranée au Jourdain à défaut des deux rives du Jourdain.

En Cisjordanie, Mahmoud Abbas – le Pétain d’un improbable État-confetti – assure la sécurité d’Israël et ne dénonce la politique du gouvernement israélien que du bout des lèvres. À Gaza, Ismaël Haniyeh – le kapo du camp de concentration – assure aussi la sécurité d’Israël, mais en sous-main car il se présente comme comme LE résistant. Ce que croient les organisations pro-palestiniennes qui se sont converties aux mots d’ordre de « la résistance islamique en Palestine » (ISM).

En tuant Ahmed Jabari, « un sous-traitant en charge du maintien de la sécurité d’Israël dans la bande de Gaza » (Ha’aretz), Benyamin Netanyahou permet à Ismaël Haniyeh de garder intacte son image de résistant. En lançant quelques roquettes contre des civils israéliens, réplique bien dérisoire, Ismaël Haniyeh permet à Benyamin Netanyahoun de justifier les bombardements des civils Palestiniens de Gaza et d’entraîner les Israéliens dans une logique sécuritaire… favorable à son projet de terminer la guerre de 1948 pour établir un État juif en Palestine.

Benyamin Netanyahou et Ismaël Haniyeh ont mutuellement besoin l’un de l’autre, mais à plus ou moins long terme Ismaël Haniyeh sera éliminé. Benyamin Netanyahou a, s’il gagne les élections, l’opportunité de réalisé le projet sioniste car les États-Unis ne bougeront pas, les États arabes non plus, pas plus que la Turquie ou l’Iran. L’Union Européenne, la Russie et la Chine se taisent. Les Palestiniens sont dramatiquement seuls… face à la folie meurtrière d’une armée d’occupation qui, en plus des chars de combat, des F-16 et des drones, possède des missiles air-sol, des armes chimiques et l’arme nucléaire.

17/11/2012
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• Aluf BENN, Israel killed its subcontractor in Gaza, Ha’aretzLe Monde diplomatique, 15/11/2012.

Ahmed Jabari était un sous-traitant, en charge du maintien de la sécurité d’Israël dans la bande de Gaza. Cette qualification paraîtra sans aucun doute absurde pour tous ceux qui, au cours des dernières heures, ont vu Jabari décrit comme un « archi-terroriste », « le chef du personnel de la terreur » ou « notre Ben Laden ».

C’était pourtant la réalité durant ces cinq années et demi. Israël a exigé du Hamas qu’il observe la trêve dans le sud et la fasse appliquer par les nombreuses organisations armées dans la bande de Gaza. L’homme à qui avait été confiée cette tâche était Ahmed Jabari.

Alain Gresh rappelle la dissymétrie de cette guerre coloniale qui ne dit pas son nom :

Selon l’organisation israélienne de défense des droits humains B’Tselem du 19 janvier 2009 au 30 septembre 2012, 271 Palestiniens tués à Gaza contre 4 Israéliens.

Selon Selon l’organisation palestinienne de défense des droits humains PCHR, du 27 décembre 2008 au 18 janvier 2009, 1 455 Palestiniens tués contre 13 Israéliens.

• Serge LEFORT, Le Fatah et le Hamas unis contre les Palestiniens, Palestine en Question, 18/03/2011.
• Michel WARSCHAWSKI, USA-Israël – De l’alliance à la symbiose, Palestine en Question, 25/03/2010.
• Serge LEFORT, L’alliance russo-israélienne, Palestine en Question, 15/04/2009
• Pierre STAMBUL, Des origines au triomphe électoral de la droite en 2009 : le sionisme a gommé les différences idéologiques, Palestine en Question, 14/04/2009.
• Tanya REINHART, Détruire la Palestine, ou comment terminer la guerre de 1948, La Fabrique, 2002.
• Tanya REINHART, L’héritage de Sharon – Détruire la Palestine suite, La Fabrique, 2006.
Revue de presse Guerre contre Gaza décembre 2008janvier 2009, Monde en Question.
Revue de presse Palestine colonisée 2012, Monde en Question.
Dossier documentaire Résistance à la colonisation de la Palestine, Monde en Question.

Gaza, Now: Future is Uncertain

I’m writing this from near the Gaza seaport from where I can see smoke rising around me from the bombs that fall down on the Gaza Strip from the Israeli planes above. Words fail me. Despite the limits to life from Israel’s five-year siege on Gaza some kind of normality is attempted in Gaza. How could it be any other way when the majority of the population are children, do parents and older siblings have any other option?

Yet this civilian population, most now holed out in the dense, tight refugee camp buildings and urban centres of Gaza are facing the wrath of some of the most powerful aerial warfare available to humankind. As I write the constant bombardments consume your senses and shake the entirety of your surroundings. For the over 300 people injured or killed so far by the Israeli F16s, drones and Gunboat shellings the loss for them and their families will never relent.

I can barely write a sentence and more news, « six injuries from a bombing in Sheikh Radwan, children among them, including a 4-year old child who was playing in the street. », « Elderly man just killed in Zaytoun neighbourhood, with 4 injuries ». Friends have received text messages from the Israeli Occupation Forces saying in Arabic, « Stay away from Hamas the second phase is coming. »

Twelve year old Abdullah Samouni, who I teach English to in Zeitoun camp called me a little while ago. « We’re really scared », he said. We moved to get away to Zeitoun and went to our grandmother’s house. Take care of yourself, there are so many bombs. » Abdullah lost his father and four year old brother shot by Israeli soldiers entering their house in the land offensive of Israel’s Cast Lead attacks on Gaza over the new year of 2009. In three days, he was injured and lost 29 members of his extended family. His mother Zeinat has moved her seven remaining children to a town further north, but bombs are raining down all over the Gaza Strip.

« We moved everyone out but bombing is so bad here. All of the kids are screaming. Whenever an attack happens they come and hold me. The children remembered what happened before, they think only the worst. » said Zeinat who like so many has had to put aside her own fears and tragedy to show strength for her children.

Seeing Western media continue to distort the picture of what is happening here, just as they did during the massacres that took place during Israel’s Cast Lead attacks, and any other offensive described as « retaliation » made my call with Abdullah all the more angry. This year from January 1st until November 6th this year 71 Palestinians were killed and 291 injured in Gaza, while no Israelis were killed and 19 were injured according to the United Nations. How many Western media outlets offer proportionate time to Palestinian victims as to Israeli victims?

Just as the Israeli forces initiated the pretence for the Cast Lead attacks, this time the Israeli army’s initial attack took place on Thursday 8th November with an Israeli incursion into Gaza, in Abassan village. They opened fire indiscriminately and leveled areas of Palestinian land. The shooting from Israeli military vehicles seriously wounded 13-year-old Ahmed Younis Khader Abu Daqqa while he was playing football with friends, and he died the next day of his injuries.

On the 10th November, Palestinian resistance fighters attacked an Israeli army jeep patrolling the border with Gaza, injuring 4 Israeli occupation soldiers.

Israeli forces then targeted civilian areas, killing two more teenagers playing football, then bombed the gathering that was mourning their deaths, killing two more. Five civilians were killed and two resistance fighters, including three children. Fifty-two others, including six women and twelve children were wounded. For Gaza to be under such attack, could anyone doubt that resistance forces would fire back? Once Israeli forces had carried out further bombardments, one of which was the extra-judicial killing of the Hamas military commander Ahmed Jabari, the circle was complete.

Since then during the last three days 29 Palestinians have been killed and three Israelis. The majority of Palestinian victims were civilians of which six were children. More than 270 have been injured of whom 134 are children and women. The vast majority are civilians. The number is rapidly rising.

Even this comparison is detached from the context that Gaza is under Israeli military occupation, illegal according to United Nations Resolutions and a five-year blockade, deemed collective punishment by all major human rights organisations, violating article 33 of the Geneva Conventions. The right to resist enforced military occupation by a foreign force is also enshrined in international law, a right that should be self-evident.

Which explained the jubilance from Palestinians in Gaza when rumours spread that one of the rockets which usually hit open land, this time brought down an Israeli F16 fighter jet, the likes of which had carried out over 600 airstrikes all over the Gaza Strip these last three days.

Indeed, our visits to hospitals didn’t take long to convince us that these Israeli aerial attacks and shelling from gunships have hit many civilian areas.

At the main Al-Shifa hospital, Gaza City, every ten minutes more people arrived in ambulances; an elderly man, a young man, a child, two more children. Once leaving the injured, the stretcher gets a new towel and is sprinted back out for the courageous paramedics of the Palestinian Red Crescent to go back out into the danger zones, to find the latest victims of attacks.

There weren’t many beds free in the intensive care unit where some had brain injuries from embedded shrapnel. While we were there, rushing in came a tiny child, ten month old girl, Haneen Tafesh. She had very little colour or life in her and was rolled on to the hospital bed. She had suffered a brain haemorrhage and a fractured skull. Later that evening we learned that she hadn’t survived.

Talking to the Director General of Al-Shifa, Dr Mithad Abbas he asked, « We know Israel has the most precision and advanced weaponry. So why are all these children coming in? » He stated that if casualties increased there would be a severe lack basic medicines and supplies, such as antibiotics, IV fluid, anaesthesia, gloves, catheters, external fixators, Heparin, sutures, detergents and spare parts for medical equipment. What’s more electricity blackouts would hit hard, without enough finance for suitable fuel for generators.

Once again as I write five huge blasts from nearby shake our building and our senses. The bombings have progressively escalated, especially once night falls. Jabaliya refugee camp, Shejaiya, Rafah and Meghazi I learned had been under a continuous barrage. One blast came down during an interview with a Canadian radio station which helped the audience to understand more than I could.

A 13 year old girl, Duaa Hejazi was hit in Sabra neighbourhood as she walked back home with family. Shrapnel was embedded all over her upper body. « I say, we are children. There is nothing that is our fault to have to face this. » She told us. « They are occupying us and I will say, as Abu Omar said, « If you’re a mountain, the wind won’t shake you ». We’re not afraid, we’ll stay strong. »

And so the night goes on. The near future of Gaza is uncertain. The fates of everyone here is uncertain. Which people now preparing to go to their beds, will have their lives turned upside down by the loss of a loved one these next few days. I know some of the warmest people here that I feel strongly attached to, that you would instantly care for if you met them. The complete madness of this violence makes me wonder what we have done to ourselves, how do we allow humanity to manifest itself in this way.

Outside you can make a difference. I’m asking you, because the Israeli army will not empathise with the people they are looking down on through their cockpit windows. Nor will their politicians. But you can empathise and you can act. The normal ways but multiplied by ten. Small and big efforts to create massive international mobilisation are the only way to reduce the extent of the horror and loss facing the Palestinians of Gaza.

The Israeli cabinet has approved the call-up of 75,000 reservists compared to the 10,000 reservists called up for the massacres during Israel’s air and land offensive in Cast Lead. There is not much time.

17/11/2012
Adie Mormech – Gaza City
Palestine Chronicle

Lire aussi :
Revue de presse Palestine colonisée 2012, Monde en Question.
Dossier documentaire Résistance à la colonisation de la Palestine, Monde en Question.

Etz Limon – Les citronniers

Salma vit dans un petit village palestinien de Cisjordanie situé sur la Ligne verte qui sépare Israël des territoires occupés. Sa plantation de citronniers est considérée comme une menace pour la sécurité de son nouveau voisin, le ministre israélien de la Défense.

Il ordonne à Salma de raser les arbres sous prétexte que des terroristes pourraient s’y cacher. Salma est bien décidée à sauver coûte que coûte ses magnifiques citronniers. Quitte à aller devant la Cour Suprême afin d’y affronter les redoutables avocats de l’armée soutenus par le gouvernement.

Mais une veuve palestinienne n’est pas libre de ses actes surtout lorsqu’une simple affaire de voisinage devient un enjeu stratégique majeur. Salma va trouver une alliée inattendue en la personne de Mira l’épouse du ministre. Entre les deux femmes s’établit une complicité qui va bien au-delà du conflit israélo-palestinien.

Etz Limon – Les citronniers, AlloCiné

Télécharger film VOSTFR

Critiques d’un point de vue non cinématographique (centrées sur le synopsis) :

Ciné-club de Caen
Critikat
Fiches du cinéma
Le Monde
Libération
Télérama

Lire aussi :
Dossier documentaire Cinéma, Monde en Question.
Veille informationnelle Cinéma, Monde en Question.
Revue de presse Palestine colonisée 2012, Monde en Question.
Dossier documentaire Mur de l’Aparteid, Monde en Question.
Dossier documentaire Résistance à la colonisation de la Palestine, Monde en Question.

Anarchistes contre le mur de l’Apartheid

Leehee Rothschild, militante anticolonialiste israélienne, est en Grande-Bretagne pour quelques semaines, dans le cadre de son soutien à la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions à l’égard d’Israël). Les discussions avec la militante des Anarchistes contre le Mur sont l’occasion de s’informer sur la situation en Israël et en Palestine, tout autant que de débattre des modalités de notre soutien à la résistance palestinienne. C’est dans ce but que nous nous sommes rencontrés.

Après avoir fait connaissance, la conversation porte rapidement sur l’évolution de la situation en Israël dont, selon Leehee, la politique prouve de plus en plus le racisme inhérent à l’idée d’un « État juif ». A titre d’exemples, l’élargissement à toute personne sans-papiers du statut d’ « infiltré » (qui concernait initialement les Palestiniens non autorisés à résider en Israël ou en Cisjordnaie) symbolise l’extension du racisme anti-arabes à tous ceux qui ne sont pas blancs, et la construction d’un nouveau camp pour immigrés dans le Néguev en est une des conséquences. Pour ce qui est de la nature du régime israélien, Leehee Rothschild définit le sionisme comme un mouvement colonial et raciste ayant, au profit d’une partie des Juifs occidentaux, séparé les Juifs des Palestiniens, ainsi que les Juifs européens des Juifs orientaux. Par ailleurs, la place occupée par l’armée dans l’appareil d’État israélien, ainsi que la glorification de valeurs guerrières et machistes, ont des conséquences délétères en ce qui concerne la situation des femmes.

Nous en venons à la question des luttes sociales en Israël. Comme beaucoup de militants des Anarchistes contre le Mur, Leehee trouve que de nombreux aspect du « Mouvement des tentes » (ou « Mouvement des indignés israéliens ») sont très problématiques, dans la mesure où aucune des questions soulevées par le mouvement n’entre en opposition avec les fondamentaux du sionisme. Pour la direction du « Mouvement des tentes », composée en majorité d’hommes blancs issus de la « classe moyenne », l’idéal serait de revenir à l’époque où la sociale-démocratie israélienne garantissait des conditions de vie satisfaisantes aux Juifs ashkénazes, tout en tenant les situations des autres populations (dont les Palestiniens) à l’écart des préoccupations exprimées. Dans cette démarche, le « Mouvement des tentes » a accouché de trois organisations politiques appartenant à la gauche sioniste : la première est liée au Parti travailliste, la seconde se rattache à la mouvance écologiste, et la troisième est l’embryon d’un parti politique qui mettrait la question de l’accès au logement des « classes moyennes » au cœur de son programme. Leehee est assez déçue que le Parti Communiste d’Israël travaille avec ces derniers.

Nous discutons ensuite des mouvements de lutte en cours en Cisjordanie, qui portent sur la dégradation des conditions de vie dans les territoires occupés, et prouvent le mensonge du « développement économique » qui aurait lieu en Palestine grâce à l’Autorité Palestinienne et sa coopération avec Israël. Le mouvement de lutte des Palestiniens critique avec virulence les accords d’Oslo ainsi que le protocole de Paris, qui organisent les échanges économiques entre l’Autorité Palestinienne et l’Etat d’Israël au profit de ce dernier. Je dis être assez choqué que le mouvement de solidarité européen n’exprime pas de solidarité avec ces mouvements, et critique l’occupation sans démasquer les institutions « palestiniennes » mises en place par l’occupant. Puisqu’il n’y a pas de « processus de paix » en dehors des discours, et que l’Autorité Palestinienne n’existe que par sa bureaucratie et sa police, il nous semble à tous deux évident que celle-ci sera aussi la cible des prochains soulèvements palestiniens. Il paraît donc impossible d’imaginer un soutien à la lutte palestinienne sans soutien aux luttes contre la coopération avec Israël.

Passés les constats sur la situation en Palestine, nous discutons maintenant des moyens d’organisation face à la politique israélienne. Ayant rencontré il y a quelques années à Jérusalem des militants des Anarchistes contre le Mur, je dis avoir perçu une certaine hétérogénéité dans leurs cultures politiques respectives, et avoir entendu plusieurs fois l’antisioniste israélien Michel Warschawski dire que dans ce contexte, le terme « anarchiste » est plus à entendre comme un synonyme de « rebelle » ou « opposant radical ». Leehee me confirme que la plupart des militants de l’organisation ne sont pas anarchistes au sens idéologique du terme, et m’apprend que la plupart d’entre eux votent. Soit pour le Parti Communiste, soit pour les nationalistes arabes du Balad. Leurs références politiques se situent du côté de la gauche anticolonialiste ou encore du Bund, mouvement non-sioniste qui agissait en vue de l’autonomie politique des Juifs d’Europe de l’Est, et défendait un judaïsme intrinsèquement lié à la lutte contre l’oppression.

La plupart des membres des Anarchistes contre le Mur sont par ailleurs investis dans le collectif Boycott from Within (Boycott de l’Intérieur) qui vise à apporter une légitimité à la campagne BDS. Lorsqu’ils agissent dans ce collectif, leur activité est le plus souvent alignée sur la temporalité du mouvement de solidarité à l’international, et vise à fournir un argument face au chantage à l’antisémitisme. Leehee Rothschild a par exemple témoigné à Paris lors du procès de militants poursuivis en raison de leur appel au boycott des produits israéliens. Comme l’essentiel des militants de la campagne BDS, elle estime que la priorité n’est pas de se prononcer sur l’établissement d’un Etat binational (sur toute la Palestine historique, avec égalité des droits entre Palestiniens et Israéliens) ou sur une « solution à deux États » (dans le cadre des frontières reconnues par le droit international et les résolutions de l’ONU). Elle apprécie au contraire la campagne BDS car elle vise prioritairement à la satisfaction des revendications palestiniennes immédiates : la fin de l’occupation des territoires palestiniens, le droit au retour des réfugiés palestiniens dans leurs maisons, l’égalité entre Palestiniens et Israéliens.

Je décide enfin de demander à Leehee son point de vue sur l’un des débats qui traversent une partie du mouvement de solidarité depuis au moins deux ans : celui relatif au respect de l’autonomie de la lutte palestinienne. Pour beaucoup de militants, les références fréquente à une « nécessité de convaincre l’opinion publique internationale » dans l’élaboration des stratégies des Palestiniens semblent aller a contrario d’une autonomisation de la lutte. Je dis par ailleurs voir un décalage entre la couverture médiatique du rituel hebdomadaire de la manifestation non-violente jusqu’au mur de Cisjordanie, et les effets concrets d’une telle stratégie. Si la sincérité des soutiens israéliens et internationaux à la « résistance non-violente » n’est pas en cause, il conviendrait, je crois, de se demander si les militants israéliens et internationaux n’ont pas imposé leur vision de la lutte aux colonisés.

Leehee Rothschild défend aussi la nécessité de ne pas séparer artificiellement « lutte violente » et « lutte non-violente », et dit soutenir la résistance non-armée à l’occupation parce qu’elle correspond actuellement au choix des Palestiniens, et non parce qu’elle leur reprocherait de prendre les armes si telle était leur décision. Au cas où j’aurais peur que les anticolonialistes israéliens et européens aient rendu les manifestants palestiniens dépendants de leur présence, elle assure qu’un certain nombre de manifestations ne se font qu’entre Palestiniens, que ce sont les Palestiniens qui établissent leur propre agenda, et elle rappelle que contrairement à l’image déformée donnée par les médias et par certaines associations, ce type de résistance n’est pas nouveau en Palestine. Depuis plusieurs décennies, des défilés de manifestants seulement équipés de pierres et de drapeaux ont lieu en Palestine. Cependant, si les Israéliens antisionistes essaient d’organiser la lutte avec les Palestiniens, Leehee est aussi consciente de l’illusion représentée par l’idée de « rétablir l’égalité dans la lutte ». A titre d’exemple, un militant israélien arrêté dans une manifestation en Cisjordanie est libéré au bout de 3 jours, quand un Palestinien reste incarcéré 3 mois.

En ce qui concerne le rapport de domination qu’il faut s’efforcer de ne pas reproduire, et l’autonomie à respecter, Leehee fait le parallèle avec les rapports entre hommes et femmes, et affirme que si un homme peut se joindre aux luttes féministes, il ne risque pas d’être violé ou harcelé sexuellement dans la rue. Selon Leehee, de ce fait, l’identité de genre range les hommes du côté des oppresseurs, et leur connaissance de l’oppression des femmes ne peut être que théorique, comme la connaissance qu’un Israélien peut avoir de la situation des Palestiniens. Tout en étant d’accord sur l’ampleur de la domination masculine, sur la manière dont elle est reproduite par les militants (ne serait-ce que dans la répartition de la parole ou dans la division du travail), et sur la nécessité de luttes ou d’expression non-mixtes, le parallèle me semble avoir certaines limites. Ne serait-ce que parce qu’il n’y a pas de séparation physique entre hommes et femmes comme entre Israéliens et Palestiniens de Cisjordanie …

Leehee revient sur la question de l’élaboration des stratégies, et insiste sur le fait que dans les « comités de résistance populaire », l’avis des Israéliens qui s’y joignent quelques heures par semaine n’est que consultatif. De plus, les Israéliens anticolonialistes qui pourraient exprimer un point de vue sur une éventuelle reprise de la lutte armée contre l’occupation militaire le feraient en fonction de considérations stratégiques. Il n’y a chez eux aucune condamnation morale de la lutte armée contre une occupation.

Je lui dis qu’une lutte cohérente contre la colonisation signifierait se positionner de manière autonome, sans se demander ce que les citoyens de l’État colonial (ou des autres États occidentaux) penseront du chemin emprunté par la lutte. Aussi, nous pouvons nous demander si les éventuels « conseils » n’entretiennent pas les complexes coloniaux. Je compare notamment la lutte palestinienne à celle du peuple algérien, qui – bien qu’elle accueillait volontiers dans ses rangs les français souhaitant fournir un appui – cherchait à porter des coups au colonisateur plus qu’à convaincre l' »opinion publique » française. Mais pour Leehee, il est important de ne pas oublier qu’à l’inverse des Français d’Algérie, qui furent rapatriés, un certain nombre d’Israéliens n’a pas d’autre nationalité, et ceux qui luttent doivent donc être attentifs à la construction de l’égalité et du vivre ensemble. Si cette préoccupation est légitime, et si personne dans le mouvement de solidarité ne remet en cause la présence des Israéliens au Proche-Orient, il me paraît assez exigeant de demander aux Palestiniens d’agir en fonction de la garantie du statut des Israéliens dans le cadre de l’hypothétique société post-sioniste à venir …

Ce débat touche cependant à des problématiques qui vont bien au delà de la seule cause palestinienne. En réalité, la question semble plus globalement liée aux tabous autour et de la lutte armée, et au recul de la réappropriation de la violence, y compris dans les luttes anticoloniales. Les discours en faveur de la « non-violence » comme les références à une opinion publique homogène qu’il s’agirait de convaincre ne sont qu’un des aspects d’un mode de gouvernance dont nombre d’activités semblent converger dans le but de masquer la violence des rapports de force. Il serait donc à la fois absurde et injuste de faire porter la responsabilité première de cette situation aux internationaux et aux israéliens qui agissent dans le cadre du mouvement de solidarité avec la Palestine …

06/11/2012
Agence Médias Palestine

Lire aussi :
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Comprendre le régime d’occupation israélien

Initié en 2002 par Israël, le Mur de Cisjordanie est le dispositif de contrôle le plus imposant, le plus visible et le plus coûteux réalisé depuis l’occupation de cette région et de la Bande de Gaza en juin 1967. Construit pour matérialiser la politique israélienne de séparation (hafrada) unilatérale, il est devenu le lieu et la cible des contestations locales et internationales. Surmédiatisé, il est désormais l’emblème du conflit israélo-palestinien : murs de béton ou portions de barrières érigés par Israël en Cisjordanie s’affichent sur les couvertures des publications journalistiques ou scientifiques. Dès lors, les évolutions actuelles et les enjeux du conflit semblent bien souvent devoir être résumés et compris à travers la seule analyse de cet édifice. Cet édifice peut pourtant aussi être considéré comme un leurre. Captés par le Mur, beaucoup d’observateurs locaux et internationaux n’ont en effet plus fait attention aux processus et aux reconfigurations du régime d’occupation israélien en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza. Considérant la séparation comme achevée et matérialisée, certains estiment même que les termes du débat et du conflit on changé. Ainsi, le Mur masque autant qu’il révèle.

Rassemblant des recherches d’anthropologues, de sociologues, d’historiens, de politologues et d’économistes, ce livre propose, justement, de déplacer le regard à l’ombre du Mur. Il entend ainsi analyser les reconfigurations du régime d’occupation israélien afin de comprendre la nature de la séparation mise en œuvre en Cisjordanie au cours des vingt dernières années. La perspective choisie met en avant le rôle des acteurs et des institutions locales et internationales qui ont contribué à redéployer ces dispositifs de contrôle, qu’elles aient participé à leur fonctionnement, ou, au contraire, qu’elles les aient contournés ou qu’elles se les soient réappropriés. Nous verrons comment, tout en jouant sur l’imaginaire de la frontière, la mise en œuvre de la politique de séparation israélienne entraîne sur le terrain une réorganisation des rapports de domination économiques, sociaux et politiques entre les populations des espaces israéliens et palestiniens. Perpétuant et renforçant leur rapport d’interdépendance, ce régime d’occupation complexe compromet la création d’un État palestinien viable.

Stéphanie Latte Abdallah, Cedric Parizot, A l’ombre du Mur : comprendre le régime d’occupation israélien, Télécharger l’article.

Lire aussi :
• 03/2009, Cedric Parizot, Après le Mur, CNRS.
• 07/2009, Cedric Parizot, Séparation et régime de mobilité entre Israël et la Cisjordanie (2000-2009) : Réglementations, pratiques et acteurs, CNRS.
Dossier documentaire Mur de l’Aparteid, Monde en Question.
Revue de presse Palestine colonisée 2012, Monde en Question.
Dossier documentaire Résistance à la colonisation de la Palestine, Monde en Question.

Libres dans la prison de Gaza

Fin 2011, 1028 prisonniers palestiniens ont été relâchés en échange du soldat israélien Gilad Shalit. Nous avons voulu donner un visage à ces résistants, inconnus dans le monde. Pour les rencontrer, nous avons dû passer par un des tunnels à Rafah. Les ex-prisonniers nous ont raconté leur vie en prison : l’interrogatoire, l’isolement, le manque de soins médicaux, la brutalité des geôliers, l’interdiction de visites familiales, les grèves de la faim et aussi la joie de la libération.


Film de Chris DEN HOND et Mireille COURT
Source : Assawra

Lire aussi :
Revue de presse Palestine colonisée 2012, Monde en Question.
Dossier documentaire Résistance à la colonisation de la Palestine,

Les Juifs d’Israël approuvent un régime d’apartheid

Une large majorité des Juifs d’Israël soutient l’établissement d’un régime discriminant la minorité arabe du pays dans le cas d’une annexion de la Cisjordanie occupée, indique un sondage publié mardi par le quotidien Ha’aretz.

La majorité des Israéliens soutient un régime d’apartheid en Israël, titre le journal de la gauche libérale.

Pas moins de 59% des Juifs d’Israël estiment que les emplois dans les ministères devraient dans ce cas être prioritairement réservés aux Juifs, et 49% pensent que l’État devrait alors traiter ses ressortissants juifs de façon préférentielle par rapport à leurs compatriotes arabes.

Toujours selon ce sondage, 42% des Juifs d’Israël ne veulent par ailleurs pas cohabiter avec des Arabes dans un même immeuble résidentiel, et 42% refusent que leurs enfants fréquentent les mêmes écoles que des Arabes.

Il apparaît aussi que 69% de l’opinion juive d’Israël soutiendrait une loi interdisant aux quelque 2,5 millions de Palestiniens de Cisjordanie le droit de vote en Israël en cas d’annexion de cette région, aujourd’hui contrôlée à 60% par l’Etat hébreu.

Pas moins de 74% des Juifs d’Israël souhaitent en outre qu’Israéliens et Palestiniens empruntent des routes séparées en Cisjordanie occupée.

Enfin, sans préjuger d’une éventuelle annexion de la Cisjordanie dans l’avenir, 47% des Juifs d’Israël se prononcent d’ores et déjà pour un transfert d’une partie de la population arabe d’Israël (1,3 million de personnes) vers les territoires contrôlés par l’Autorité palestinienne en Cisjordanie.

Le sondage a été réalisé en septembre dernier par téléphone par l’Institut Dialog du professeur Camil Fuchs de l’Université de Tel-Aviv, sur un échantillon de 503 personnes représentatif de la population juive adulte d’Israël, avec une marge d’erreur de 4,4%.

Face au blocage persistant du processus de paix, l’option d’une annexion par Israël de tout ou partie de la Cisjordanie gagne du terrain chez une minorité de la classe politique israélienne.

Cette idée d’un État binational unique n’est pas nouvelle : elle faisait partie des revendications de l’OLP jusqu’aux années 1980.

Cette stratégie a été abandonnée par les Palestiniens, qui réclament désormais un État indépendant sur leurs territoires occupés par Israël depuis juin 1967: Cisjordanie, Jérusalem-Est et bande de Gaza.

AFP – Romandie

Lire aussi :
• 23/10/2012, Gideon LEVY, Apartheid without shame or guilt, Ha’aretz.
• 23/10/2012, Gideon LEVY, Survey: Most Israeli Jews would support apartheid regime in Israel, Ha’aretz.
Revue de presse Palestine colonisée 2012, Monde en Question.
Dossier documentaire Palestine/Israël – Un seul État, Monde en Question.

Réfugiés palestiniens

Un reportage dans les camps de réfugiés palestiniens au Liban.
Dix millions de Palestiniens. Presque cinq millions sont des réfugiés. Et la moitié vit toujours dans les camps. C’est au Liban que les réfugiés palestiniens survivent dans les pires conditions.

Disponible en DVD :
Librairie Résistances 4, Villa Compoint, 75017 Paris. TEL : 0033 142288952.
Librairie La Brèche 27, rue Taine 75012 Paris. TEL : 0033 149285244

Agence Médias PalestineInfo-Palestine

Lire aussi :
• Films, Agence Médias PalestinePalestine en Question.
Dossier documentaire Résistance à la colonisation de la Palestine, Monde en Question.