Palestine en Question

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Archives de Tag: Amira HASS

MurMure

Pièce théâtrale librement inspirée des récits et dialogues de la journaliste israëlienne Amira Hass avec le prisonnier palestinien Mahmoud Al Safadi, Murmure invite le public à rire, avec lucidité, de l’arbitraire qui sépare les deux protagonistes. Une pièce à découvrir à Confluences (Paris 20e) jusqu’au 13 décembre [Dossier presse].
Paris.fr
La boite à sorties

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Hommage à Amira HASS

L’israélienne, Amira Hass reçoit le « Prix du Courage en Journalisme 2009 », JSS.

Amira Hass, née en 1956 à Jérusalem, a étudié l’histoire à Jérusalem et à Tel-Aviv. Après avoir enseigné, elle a commencé à exercer la profession de journaliste en 1989 à la rédaction de Ha’aretz. Elle est une journaliste et auteur très connue pour ses colonnes dans le quotidien Ha’aretz. Elle vit en Judée Samarie après avoir habité à Gaza et elle rapporte les événements du conflit israélo-palestinien depuis ces territoires disputés. Elle a débuté sa carrière à Ha’aretz en 1989, et a commencé à informer depuis les territoires en 1991. En 2003, elle était la seule journaliste israélienne juive à vivre parmi les Palestiniens, à Gaza depuis 1993 et à Ramallah depuis 1997. Deux ouvrages ont été tirés ses expériences successives : l’essai Boire la mer à Gaza et Correspondante à Ramallah, une compilation de ses articles depuis la Judée Samarie [traduction sioniste de la Cisjordanie], tous deux parus en France aux éditions La Fabrique.

Ses reportages tentent de rendre compte d’une manière qu’elle qualifie elle-même de non objective la vie quotidienne de la population palestinienne et est généralement critique à l’encontre de son pays. Elle ne manque toutefois de faire quelquefois des critiques envers les responsables palestiniens. Durant les années d’Intifada, elle a par exemple publié plusieurs articles sur le chaos et le désordre provoqués par les milices associées au parti Fatah de Yasser Arafat et la guerre sanglante entre factions palestiniennes à Naplouse au sujet desquelles elle ne mâche pas ses mots.. Elle a reçu différents prix de presse, dont le Prix mondial de la liberté de la presse décerné par l’UNESCO en 2003. Et ce mardi c’est la Fondation internationale des femmes dans les médias (IWMF) qui lui attribue le « Prix du Courage en Journalisme 2009 ».

Beaucoup voient, aujourd’hui, Amira Hass comme une journaliste qui a montré un engagement professionnel et une indépendance exceptionnels, ainsi qu’un véritable courage, tout au long de la décennie écoulée. Oliver Clarke, Président de Gleaner Company Limited, a déclaré que : « Ces dix dernières années, Amira Hass a fait preuve d’un courage et d’un professionnalisme exemplaires alors que son travail de recherche de la vérité lui valait d’être soumise à de fortes pressions». Le Directeur général de l’UNESCO, Koïchiro Matsuura, affirmait même en 2003, que « Si la paix s’établit entre Israéliens et Palestiniens, ce sera grâce à des personnes comme Madame Hass, qui sont capables de regarder les faits et de les comprendre, sans préjugé. ». En raison de ses reportages de faits et d’opinions contraires aux positions officielles israélienne et palestinienne, elle a réussie à avoir une sorte de notoriété unique à elle [1].

Amira HASS, Discours de remerciement pour la remise du Prix du Courage en journalisme 2009, Tlaxcala.

Speech of Amira Hass, International Women’s Media Foundation.

Interview of Amira Hass, Democracy Now !, 1/32/33/3.

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[1] Michel Warschawski, La liberté de la presse en Israël, Siné hebdo – AFPS.

 

Amira Hass "en territoire ennemi"

RAMALLAH, le 12 mai 2009 (WAFA) – Reporters sans frontières a appris l’interpellation de la journaliste Amira Hass, correspondante du quotidien israélien Haaretz, au check point d’Erez, à sa sortie de la bande de Gaza.

« Cette arrestation est inquiétante. Amira Hass a certes enfreint la loi israélienne en résidant dans la bande de Gaza pendant quatre mois, mais l’interdiction faite par l’Etat d’Israël à tout citoyen israélien d’entrer dans le Territoire palestinien occupés constitue une entrave au travail des journalistes de ce pays, et une atteinte à la liberté de la presse », a déclaré l’organisation.

Amira Hass a expliqué à Reporters sans frontières avoir été arrêtée par la police israélienne vers 16 heures, le mardi 12 mai, alors qu’elle sortait de la bande de Gaza, « pour être entrée illégalement en territoire ennemi », contrevenant ainsi à l’ordre militaire selon lequel les ressortissants israéliens ont interdiction d’entrer dans les Territoires palestiniens.

Interrogée pendant trois heures, la journaliste s’est contentée de décliner son identité. Les avocats ainsi que le rédacteur en chef adjoint du journal étaient présents. Elle explique avoir été relâchée à condition de ne pas tenter d’entrer à nouveau dans la bande de Gaza, et ce par quelque moyen que ce soit. La journaliste a confié avec ironie à Reporters sans frontières que « l’interdiction ne vaut maintenant que pour trente jours ».

Amira Hass était entrée, il y a quatre mois, dans la bande de Gaza par le passage de Rafah au sud du territoire palestinien. Envoyée par la direction de son journal, elle a écrit de nombreux articles sur les conséquences de l’opération militaire israélienne « Plomb Durci » (27 décembre 2008 – 18 janvier 2009) sur la population de Gaza.

Publié par WAFAReporters sans frontières.

Dernier article publié par Amira Hass, dans lequel la journaliste analyse comment l’occupation est indispensable aux profits de secteurs importants de l’industrie et de la société israéliennes.

Depuis 1993, les gouvernements israéliens qui se sont succédés devaient certainement savoir ce qu’ils faisaient, quand ils ne montraient aucune hâte à faire la paix avec les Palestiniens. En tant que représentants de la société israélienne, ces gouvernements avaient compris que la paix signifierait de nuire sérieusement aux intérêts nationaux.

Dommages économiques :

L’industrie de la sécurité est un secteur important de l’exportation – armes, munitions et perfectionnements techniques, testés au quotidien à Gaza et en Cisjordanie. Le processus d’Oslo – négociations qui n’ont jamais voulu signifier en finir avec l’occupation – ont permis à Israël de se débarrasser de son statut de puissance occupante (qui l’oblige à respecter ses responsabilités à l’égard du peuple qu’il occupe) et lui ont permis de traiter les territoires palestiniens comme des entités indépendantes.

Israël a pu à partir de ce moment utiliser armes et munitions contre les Palestiniens, avec une ampleur qui n’était guère possible depuis 1967.

La protection des colonies requiert également le développement constant d’ équipements de sécurité, de surveillance et de dissuasion, comme les murs, les barrages routiers, la surveillance électronique, les cameras et les robots. C’est le fer de lance de la sécurité du monde développé, et cela sert les banques, les entreprises et les quartiers du luxe, qui jouxtent les bidonvilles et les enclaves ethniques.

Cette créativité israélienne dans la sécurité est fécondée par l’état constant de friction entre la plupart des Israéliens et une population par définition hostile, puisqu’occupée. Une situation de lutte contre un petite ou une forte poussée de violence, a l’avantage de réunir toute une variété de tempéraments israéliens : Rambos, génies de l’informatique, gens doués de leurs mains, inventeurs. Dans un état de paix, leurs chances de se rencontrer auraient été largement réduites.

Dommages professionnels :

Le maintien de l’occupation et d’un état de non-paix, donne par ailleurs du travail à des centaines de milliers d’Israéliens. Quelque 70 000 personnes travaillent dans l’industrie de la sécurité. Chaque année, des dizaines de milliers de gens finissent leur service militaire avec des spécialisations particulières ou une activité gratifiante. Pour des milliers d’entre eux cela devient leur profession principale : militaires de carrière, opérateurs du Shin Beth (Ndt : service de renseignements), consultants à l’étranger, mercenaires, négociants en armes. Dés lors, la paix met en danger la carrière et l’avenir professionnel d’une couche prestigieuse d’Israéliens, une couche qui a une influence majeure sur le gouvernement.

Dommage à la qualité de vie :

Un accord de paix exigerait une répartition égale des ressources en eau à travers tout le pays (de la rivière à la mer) entre Juifs et Palestiniens, sans parler de désalinisation de l’eau de mer et de techniques d’économie d’eau. Déjà maintenant, il est difficile pour les Israéliens de s’habituer à économiser l’eau par temps de sécheresse. Il n’est pas difficile d’imaginer quel traumatisme représenterait une réduction de la consommation d’eau, dans le cadre d’une répartition égalitaire de la distribution d’eau entre Israéliens et Palestiniens.

Dommages à la protection sociale :

Comme l’ont démontré les 30 dernières années, les colonies se sont épanouies au fur et a mesure que la protection sociale diminuait. Elles ont offert aux gens ordinaires ce que leurs salaires ne leur auraient pas permis dans l’Etat d’Israël, à l’intérieur des frontières du 4 juin 1967 : des terres bon marché, de grandes maisons, des bénéfices, des subventions, des espaces grand ouverts, un panorama, un super réseau de routes, et une éducation de qualité. Même pour les juifs israéliens qui ne s’y sont pas installés, les colonies illuminent leur horizon comme une option possible pour s’élever socialement et économiquement. Cette option est plus réelle que la promesse vague de progrès pour temps de paix, une situation inconnue.

La paix réduirait aussi, à moins qu’elle ne le détruise complètement, le prétexte sécuritaire à la discrimination contre les israéliens palestiniens, pour l’attribution des terres, le développement des ressources, l’éducation, la santé, l’emploi, les droits civils (comme le mariage et la citoyenneté). Des gens habitués à des privilèges grâce à un système basé sur la discrimination ethnique, regardent l’abrogation de ce système comme une menace à leur bien-être.

Amira Hass
11 mai 2009
Haaretz
Traduit par Carole SANDREL pour CAPJPO-EuroPalestine

Lire aussi :
• Dossier Amira Hass
• Dossier Résistance à la colonisation de la Palestine
• Bibliographie Palestine/Israël

Guerre d'Israël contre le peuple Palestinien (19)

Dépêches des 19 et 20 mars 2009, Info-PalestineToutes les dépêches.

« Je lui ai tiré onze balles dans la tête », Courrier international selon The Independent.

Un ancien tireur d’élite de l’armée israélienne raconte sa participation à un attentat ciblé contre deux militants palestiniens, en l’an 2000. Une opération considérée comme un succès par l’état-major.
Pour la première fois, la politique d’assassinats ciblés de l’armée israélienne a été décrite de l’intérieur. Dans une interview accordée à The Independent on Sunday et dans un témoignage recueilli par l’organisation israélienne d’anciens soldats Breaking the Silence [Rompre le silence], un ancien membre d’un escadron de la mort a raconté le rôle qu’il avait joué dans une embuscade qui a coûté la vie à deux personnes en plus des deux militants visés.

L’opération – qui a eu lieu il y a un peu plus de huit ans, au tout début de la deuxième Intifada [septembre 2000] – a laissé des séquelles psychologiques chez cet ancien tireur d’élite. A ce jour, il n’a jamais parlé à ses parents de sa participation à cette affaire.

Au fil des combats, l’assassinat ciblé est devenu une arme régulièrement employée par l’armée israélienne, en particulier à Gaza, où les arrestations étaient moins faciles qu’en Cisjordanie. L’opération décrite par l’ancien soldat aurait pu passer pratiquement inaperçue si celui-ci n’en avait parlé à Breaking the Silence, qui a recueilli des centaines de témoignages d’anciens soldats touchés par ce qu’ils avaient vu et fait (y compris des sévices sur les Palestiniens) pendant leur service dans les Territoires occupés. Son récit, largement corroboré par le témoignage d’un autre soldat, remet en cause des éléments clés de la version officielle fournie par l’armée au moment des faits, tout en jetant un éclairage nouveau sur la tactique très controversée de l’assassinat ciblé employée par Tsahal.

Il nous est impossible de révéler l’identité de notre source, car cet ancien soldat pourrait être inculpé à l’étranger pour son implication directe dans un type d’assassinat que la plupart des pays occidentaux considèrent comme une grave violation du droit international. Issu d’une bonne famille, cet homme d’une trentaine d’années travaille aujourd’hui dans le civil dans la région de Tel-Aviv.

Cet ancien appelé raconte que son unité spéciale a été entraînée pour commettre un assassinat, mais qu’on leur a d’abord dit qu’ils allaient procéder à une arrestation. Ils ne devaient ouvrir le feu que si la cible avait des armes dans sa voiture. “Nous étions déçus de devoir effectuer une arrestation. Nous voulions tuer”, dit-il. Son unité a été emmenée au sud de Gaza, où elle a pris position. C’était le 22 novembre 2000. La principale cible était un militant palestinien du nom de Jamal Abdel Razeq. Il occupait le siège passager d’une Hyundai noire que son camarade Awni Dhuheir conduisait vers Khan Younès [une localité de la bande de Gaza], au nord. Les deux hommes ne se doutaient pas de l’embuscade qui les attendait près de l’embranchement de Morag. A un endroit, la principale route nord-sud de la bande de Gaza passe par une colonie juive. Razeq avait l’habitude d’y voir des troupes israéliennes, mais il ne pouvait pas savoir que l’équipage habituel avait été remplacé par des hommes d’une unité spéciale de l’aviation comprenant deux tireurs d’élite hautement entraînés.

Avant même qu’il ne sorte de chez lui ce matin-là, le Shin Beth [les services de renseignements israéliens] avait suivi ses moindres faits et gestes grâce aux informations qui lui étaient transmises en continu par les téléphones portables de deux Palestiniens collaborateurs [de l’armée israélienne], dont un des propres oncles de Razeq. L’homme qui devait le tuer dit qu’il était “stupéfié” par tous les détails transmis au commandant d’unité du Shin Beth. “La quantité de café qu’il avait dans son verre, l’heure à laquelle il sortait. Depuis vingt minutes, nous savions que nous allions procéder à une simple arrestation, car ils n’avaient pas d’armes avec eux.” Mais, subitement, les ordres ont changé. “Ils nous ont donné l’ordre de le tuer.” Il pense que les instructions venaient d’un commandement mis en place pour l’opération et que “tous les grands chefs y étaient”. Lorsque les deux militants sont arrivés au niveau de l’embranchement, ils ne se doutaient toujours de rien, même quand un gros camion de ravitaillement a débouché pour leur couper la route. Ils ne pouvaient pas savoir que le camion était blindé ni qu’il était rempli de soldats armés qui attendaient le moment de passer à l’action. Un 4 × 4 était garé sur le bas-côté, juste pour le cas où “quelque chose tournerait mal”.

“Nous avions foiré, et personne ne voulait l’admettre”

Et le fait est que quelque chose a mal tourné : le camion a démarré trop tôt et bloqué non seulement la Hyundai, mais aussi un taxi Mercedes qui roulait devant elle. Ce dernier transportait un boulanger de 29 ans, Sami Abou Laban, et un étudiant de 22 ans, Na’el Al-Leddawi, qui se rendaient à Khan Younès pour essayer de trouver un peu de combustible pour leur four à pain.

Le tireur d’élite raconte qu’à l’approche du moment critique ses jambes ont commencé à trembler. “Pendant que j’attends la voiture, je perds le contrôle de mes jambes. […] J’ai un M16 équipé d’une lunette de visée. C’était l’une des choses les plus étranges qui me soient jamais arrivées. […] Je me sentais parfaitement concentré. Nous avons aperçu les voitures qui venaient vers nous et nous nous sommes rendu compte qu’il y en avait deux, et non pas une. La première voiture était très proche de la seconde et, comme le camion a surgi un peu trop tôt, les deux ont été bloquées. […] Tout s’est arrêté. Ils nous ont laissé deux secondes, puis ils ont dit : ‘Tirez ! Feu !’” Qui a donné l’ordre et à qui ? “Le commandant d’unité.” La cible, Razeq, se trouvait sur le siège passager, du côté du 4 × 4. “Pas de doute, je le vois dans le viseur. Je commence à tirer. Tout le monde commence à tirer, et je perds le contrôle. Je tire pendant une ou deux secondes. J’ai calculé plus tard que je lui avais tiré onze balles dans la tête. J’aurais pu me contenter d’une seule.” Il ne peut donc pas affirmer que toutes les balles ont été tirées par les forces israéliennes ? “Non, je n’en suis pas sûr. Tout s’est passé en même temps, très vite. […] Je regarde dans la lunette, je vois la moitié de sa tête. Je n’ai aucune raison de tirer onze balles. C’est peut-être par peur, pour faire face à la situation, mais je continue de tirer.”

“Je crois que ceux qui étaient dans le camion ont commencé à paniquer. Ils sont encore en train de tirer, le commandant se met alors à crier : ‘Stop, stop, stop, stop !’ Il faut plusieurs secondes pour que les tirs cessent et je m’aperçois alors que les deux voitures sont criblées de trous. Même la première, qui se trouvait là par hasard.”

Razeq et Dhuheir, les militants, étaient morts. Laban et Al-Leddawi aussi. Par miracle, le chauffeur du taxi, Nahed
Fuju, était indemne. Le tireur d’élite se souvient qu’un seul des quatre corps gisait sur le sol. “J’étais choqué à la vue de ce corps. On aurait dit un sac. Il était couvert de mouches. Ils ont demandé qui avait tiré sur la première voiture [la Mercedes], et personne n’a répondu. Il était clair que nous avions foiré, et personne ne voulait l’admettre.” Mais le commandant n’a pas fait de debriefing avant le retour de l’unité à la base.

“Le commandant est entré et il a dit : ‘Félicitations. Nous avons eu un coup de fil du Premier ministre, du ministre de la Défense et du chef d’état-major. Ils nous ont tous félicités. Nous avons parfaitement accompli notre mission.’ C’est alors que j’ai compris qu’ils étaient très contents.” Notre témoin ajoute que la seule discussion rétrospective a porté sur les risques courus par les soldats, qui, dans la fusillade, auraient pu être touchés par des tirs de leur propre camp, puisque les véhicules de l’armée avaient été atteints par des ricochets et qu’au moins un des soldats était sorti du 4 × 4 et avait tiré sur un corps inerte étendu sur le sol. Selon lui, “ils voulaient que la presse ou les Palestiniens sachent qu’ils étaient en train de durcir le combat”. “On venait apparemment de remporter un grand succès, et j’attendais le debriefing, où toutes les questions seraient posées et où des regrets seraient exprimés pour ce dérapage, mais il n’a jamais eu lieu. Ils s’en fichaient. J’avais le sentiment que les commandants étaient convaincus d’avoir remporté une belle victoire.”

L’affaire a immédiatement suscité des remous. Mohammed Dahlan, qui dirigeait alors le Service de sécurité préventive du Fatah, a parlé d’un “assassinat barbare”. La version fournie à la presse par le général de brigade Yair Naveh, chef des forces israéliennes à Gaza, était qu’ils s’apprêtaient à procéder à l’arrestation de Razeq, mais que celui-ci, s’étant douté de quelque chose, avait sorti une kalachnikov pour tirer sur les forces israéliennes : les soldats avaient alors riposté. Même si Razeq était la cible principale, a-t-il souligné, les deux victimes qui se trouvaient dans le taxi étaient eux aussi des activistes du Fatah “qui avaient des liens avec Razeq”.

Tout récemment, M. Al-Leddawi a déclaré que la présence de son fils sur les lieux de l’opération était un tragique concours de circonstances et que sa famille n’avait jamais en tendu parler des deux autres hommes. “Notre famille n’a rien à voir avec la résistance.”

Des graffiti sur les murs, Info-Palestine Traduction de Marie Meertselon Haaretz.

«Nous sommes venus vous anéantir, Mort aux Arabes, Kahane avait raison, Tolérance zéro, nous sommes venus pour liquider …»

Voilà quelques-uns des graffiti que des soldats israéliens ont laissé à Gaza sur les murs de maisons palestiniennes qu’ils ont transformées en bivouacs et en positions de tir pendant l’opération Plomb Durci. Ici et là, un soldat a gribouillé une ligne de poésie moqueuse ou une citation biblique dans le même sentiment. Il y a aussi des malédictions sur le Prophète Mahomet et le dirigeant du Hamas Ismail Haniyeh, en même temps que des horaires de garde et les équipes de football favorites.

A leur retour, les propriétaires des maisons trouvaient généralement tout dévasté – soit par les premiers obus que les Forces de Défense (FDI) ont tirés pour en chasser les habitants, soit par des effractions et la destruction de meubles, de vêtements, de murs, d’ordinateurs et d’appareils ménagers. Souvent les maisons saccagées restaient debout dans un voisinage où les autres maisons avaient été réduites en gravats par les bulldozers. Les habitants trouvaient aussi toutes les ordures laissées par les soldats.

En Israël, des instituts de recherche décomptent le moindre slogan abusif griffonné dans un cimetière juif à l’étranger et documentent tout article problématique, afin de surveiller la montée de l’antisémitisme. Les médias attachent de l’importance au moindre graffiti contre le premier ministre assassiné Yitzhak Rabin. Mais le racisme quotidien – à la fois institutionnalisé et populaire, déclaratif et pratique – contre les Arabes d’Israël et les Palestiniens de Cisjordanie, celui-là est précautionneusement et pudiquement couvert.

Pas étonnant que les graffiti hébreux, dont les auteurs ont aussi été destructeurs, sur des murs dans le cœur des quartiers palestiniens n’ont pas été relevés par des antennes israéliennes, toujours tellement sensibles au racisme contre les juifs.

Les porte-parole militaires ont pu écarter les rapports et témoignages sur le meurtre de nombreux civils, à courte ou à moyenne portée, comme prétendument fabriqués ou manipulés, ou ils ont pu répondre en général que les terroristes étaient responsables parce qu’ils se cachaient dans les environs. La société israélienne, pour laquelle Plomb Durci a été enterré dans un dossier clos, est toujours prête à n’importe quelle astuce pour expliquer combien son armée est vertueuse et moralement supérieure.

Mais pour ce qui est de l’évidence photographique des graffiti hébreux, difficile de la dénier ou de la prétendre fabriquée, et ce d’autant plus lorsqu’ils apparaissent accompagnés des noms d’unités militaires et de soldats individuels. En effet, le porte-parole militaire a dit que les graffiti contreviennent aux valeurs des FDI, et les FDI les considèrent comme graves.

Tous les soldats n’ont pas commis de graffiti, mais les camarades et les commandants de ceux qui les ont écrits ne les ont pas fait cesser et n’ont pas effacé ce qu’ils avaient gribouillé. C’est en cela que nous pouvons apprécier la sincérité et l’intégrité des soldats. Ils se sont sentis libres d’écrire ce qu’ils ont fait parce qu’ils savaient – comme les pilotes et les opérateurs des drones porteurs de missiles – qu’ils avaient reçu de leur gouvernement et de leur commandant carte blanche pour attaquer une population civile. Alors pourquoi les mots qu’ils ont choisis poseraient-ils un problème ? Ce qu’ils ont écrit sur les murs reflète leur compréhension de l’esprit de leur mission.

Contrairement aux commandants plus âgés qui peuvent se permettre de parler à certains journalistes acceptables pour l’armée, et qui récitent soigneusement ce que les conseillers légaux des FDI et le Bureau du Procureur d’état leur dit de raconter, les scripteurs de graffiti – soldats de l’armée régulière qui ont grandi avec l’occupation et la supériorité militaire d’Israël – n’ont toujours pas compris que le monde fait plus que des armes. Il fait aussi des lois, des règles et des normes humaines.

Leurs commandants leur ont permis de contrevenir aux normes dont ils n’ont manifestement pas conscience. Contrairement à ceux qui formulent les réponses du porte-parole des FDI, les jeunes soldats, peu sophistiqués, n’ont pas d’expérience pour dissimuler les actions de l’armée et ses missions, leur mission, avec des mots qui brouillent la vérité.

Amira Haas

Gaza : les témoignages accablants des soldats israéliens, Libération.

Le quotidien Haaretz a publié des extraits des compte-rendus faits par les militaires de l’Etat hébreu après le conflit dans le territoire palestinien. Ils font notamment état de tirs injustifiés ayant provoqué la mort de civils.

Les nombreux témoignages palestiniens sur les exactions is
raéliennes lors de la récente opération militaire à Gaza, sont, pour la première fois, relayés par ceux de militaires israéliens. Les récits de ces soldats, ayant participé à l’Opération Plomb durci contre le Hamas en janvier dernier, font notamment état de tirs injustifiés ayant provoqué la mort de civils palestiniens, en raison du laxisme des règles d’engagement.

Ces témoignages, issus de discussions organisées en février par l’académie militaire dans laquelle avaient été formés les soldats, ont été publiés dans la lettre d’information de l’académie. Le quotidien israélien Haaretz en a publié des extraits ce jeudi et les publiera vendredi dans leur intégralité dans son supplément du week-end.

«Mon officier a envoyé des hommes sur le toit pour la tuer»

Parmi les témoignages, figure le cas d’une mère de famille, tuée avec ses deux enfants, parce qu’elle s’était trompée de chemin en suivant les ordres des soldats. «Le tireur d’élite a vu une femme et des enfants s’approcher de lui et entrer dans la zone dans laquelle on lui avait dit que personne ne devait pénétrer. Il a tiré et les a tués», relate un chef de brigade. «D’après les discussions que j’ai eues avec mes hommes, […] le sentiment général prévalait que la vie des Palestiniens était beaucoup moins importante que la vie de nos soldats», ajoute-t-il.

Un autre témoignage fait état d’une vieille femme Palestinienne tuée alors qu’elle traversait une rue non loin d’un immeuble tenu par des soldats israéliens. «Je ne sais pas si elle était ou non suspecte, je ne connais pas son histoire. Ce que je sais, c’est que mon officier a envoyé des hommes sur le toit pour la tuer», relate un soldat.

Le directeur de l’académie militaire, Dany Zamir, a expliqué qu’en organisant les discussions sur la conduite de l’offensive israélienne, il ne s’attendait pas à de tels témoignages. «Nous pensions que les soldats allaient nous parler de leurs expériences personnelles pendant la guerre et des leçons qu’ils en avaient tirées, nous ne nous attendions absolument pas à ce que nous avons entendu. Cela a été un choc», a-t-il dit. Après avoir entendu les témoignages, Zamir en a immédiatement rendu compte au chef d’Etat-Major Gabi Ashkenazi qui a ordonné le lancement d’une enquête.

L’article a provoqué un début de polémique en Israël

«Les soldats ne mentent pas pour la bonne raison qu’ils n’ont aucune raison de le faire», commente Amos Harel, le journaliste d’Haaretz à l’origine de la publication des témoignages. «Il y a une continuité des témoignages provenant de différents secteurs qui fait émerger une image troublante et déprimante. L’armée rendrait service à tout le monde, et à elle-même en premier lieu, si elle prenait au sérieux les accusations de ces soldats et menait une enquête en profondeur […] Il est possible qu’il y ait quelques exagérations ou erreurs dans ces témoignages mais ils constituent la preuve, de première main, de ce que la plupart des Israéliens préfèrent ne pas voir. Ils décrivent la manière dont l’armée a mené sa guerre contre des terroristes armés, avec une population de 1,5 million de civils coincés au milieu», estime le spécialiste militaire du quotidien de gauche.

Son article a provoqué de nombreuses réactions et un début de polémique en Israël. Le ministre israélien de la Défense Ehud Barak a défendu l’éthique et les actions de l’armée lors de l’offensive contre le Hamas, qui a fait 1.300 morts et 5.000 blessés palestiniens, selon un bilan des services médicaux palestiniens. «L’armée israélienne est la plus morale du monde, et je sais de quoi je parle car je sais ce qui s’est passé en ex-Yougoslavie, en Afghanistan, en Irak», a-t-il dit à la radio publique israélienne. «Bien sûr, il peut y avoir des exceptions et tout ce qui a pu être dit va être vérifié», a assuré Ehud Barak.

De leurs côtés les représentants arabe-israéliens à la Knesset, le parlement israélien, Ahmed Tibi et Mohammad Barrakeh ont déclaré que les témoignages des soldats étaient la «preuve qu’Israël avait commis des crimes de guerre à Gaza».

Commentaires : Cet article, publié le 19/03/2009, est repris le 21/03/2009 sous le titre Des soldats israéliens racontent leurs crimes à Gaza, Libération.

Israël peut-il ignorer les récits de ses propres troupes au sujet de Gaza ?, Info-Palestine Traduction d’Anne-Marie Goossens selon Haaretz.

Comme toujours la réalité est totalement différente de la version édulcorée servie par les commandants militaires au public et aux médias pendant et après l’opération contre Gaza.

Les déclarations des soldats de la force israélienne de défense appartenant au cours militaire préparatoire Yitzhak Rabin ont fourni la première image non censurée de ce qui s’est passé dans certaines des unités combattantes lors de l’opération Plomb fondu.

Il semble que les soldats racontent en fait comment les choses se sont passées couramment sur le terrain. Et comme toujours, la réalité est totalement différente de la version édulcorée servie par les commandants militaires au public et aux médias pendant et après l’opération.

Les soldats ne mentent pas pour la simple raison qu’ils n’ont aucune raison de mentir. Si vous lisez la transcription de leurs récits qui sera publiée par Haaretz vendredi, vous n’y trouverez ni jugement ni vantardise. Ils racontent ce qu’ils ont vu à Gaza. Il y a une cohérence dans les témoignages émanant de différents secteurs qui reflètent une image troublante et déprimante.

La FID rendra un grand service à tout le monde et surtout à elle-même si elle prend les témoignages de ses soldats au sérieux et mène une enquête approfondie. Quand les témoignages émanaient uniquement de Palestiniens ou de la « presse hostile », il était facile de les balayer comme de la propagande servant à l’ennemi. Mais que faire quand ce sont les soldats eux-mêmes qui racontent l’histoire ?

Il est possible que dans ce qu’ils racontent il y ait quelques erreurs ou exagérations parce qu’un chef d’escouade ou de section ne voit pas toujours l’ensemble du tableau. Mais il y a des preuves de première main quant à ce que la plupart des Israéliens préféreraient refouler. Il s’agit de la manière dont l’armée a mené sa guerre contre des terroristes armés, avec une population civile de 1 million et demi de personnes coincées au milieu.

Répondant mercredi à une question de Haaretz, Danny Zamir, directeur de l’école militaire, a annoncé qu’il avait décidé de publier le débat uniquement après avoir parlé et écrit à plusieurs reprises aux officiers supérieurs de la FID . Les officiers d’état-major ont dit à Zamir que les enquêtes opérationnelles au sujet des combats à Gaza, y compris l’enquête sur l’éthique, étaient loin d’être terminées. Les officiers ont aussi dit qu’ils n’avaient pas trouvé de preuves quant au type d’incidents décrits par les soldats.

Si la FID n’a vraiment jamais entendu parler de ces incidents, il est raisonnable de présumer qu’elle ne voulait pas les connaître. Les soldats décrivent la réalité dans les unités de combat depuis le niveau du commandant de compagnie jusqu’à la base. Les participants aux debrie
fings comprennent habituellement les commandants de compagnie et leurs supérieurs. Il semble qu’à l’exception d’incidents isolés, la règle était « vous ne posez pas de questions et nous ne disons rien ».

Ce sont finalement les soldats des unités de combat qui ont lâché le morceau. Leur conscience les a, en quelque sorte, interpellés.

Dans les jours à venir, nous entendrons certainement parler de ceux qui ont coincé Zamir et qui chercheront à réfuter ces affirmations. En 1990, alors commandant de compagnie dans les réserves, Zamir a été jugé et condamné à la prison pour avoir refusé de monter la garde dans une cérémonie où des gens de droite avaient apporté des rouleaux de la Torah au tombeau de Joseph à Naplouse. Mais même si Zamir ne cache pas ses opinions politiques, on se rend compte en lisant la transcription du jugement qu’il agit par souci de l’esprit de la FDI.

Les problèmes moraux de la FID n’ont pas commencé en 2009. De telles discussions remontent à la guerre des six jours. Mais un officier de réserve qui a examiné les témoignages mercredi a fait remarquer que « ce n’est pas la FDI que nous connaissions ».

Les récits montrent qu’Israël considère l’ennemi de façon de plus en plus extrême. La détérioration est continue – depuis la première guerre du Liban à la seconde, depuis la première intifada à la deuxième, depuis l’opération bouclier de défense à l’opération Plomb fondu.

Des soldats israéliens témoignent d’humiliations et d’actes de vandalisme dans la Bande de Gaza, AP-Yahoo! Actualités.

Une série de témoignages de soldats israéliens vient jeter une lumière très crue sur l’opération « Plomb durci » dans la Bande de Gaza. Les révélations se sont multipliées ces derniers jours, sur les humiliations et actes de vandalisme contre des civils et leurs maisons, et l’assouplissement des règles d’engagement, qui a eu des morts pour conséquence, provoquant l’ouverture d’une enquête.

Le gouvernement israélien a toujours affirmé avoir tout tenté pour éviter les victimes civiles pendant les trois semaines de cette offensive qui s’est achevée à la mi-janvier. Leur nombre élevé a pourtant suscité les condamnations de la communauté internationale.

Mais jeudi, soit deux mois après la fin de l’offensive, Tsahal a ordonné une enquête sur ses propres soldats, après ces témoignages selon lesquels certains soldats ont tiré, parfois un peu trop vite et de manière indiscriminée, comptant sur le fait que l’assouplissement des règles d’engagement les protégerait.

Ces révélations sèment le trouble et suscitent des interrogations, dans un pays où Tsahal, un des principaux piliers d’Israël, bénéficie d’un respect considérable, mais où, déjà, la guerre du Liban de l’été 2006 avait ébranlé des certitudes. Pourtant, Ehoud Barak, le ministre de la Défense, a réaffirmé jeudi ce qu’Israël se répète: son armée est « la plus éthique au monde ».

Ces témoignages sont d’autant plus troublants qu’ils viennent conforter les accusations des Palestiniens et des organisations de défense des droits de l’Homme, selon lesquelles Israël aurait violé les lois de la guerre à Gaza.

Ces témoignages ont été publiés dans la lettre d’information en ligne d’une école militaire, transmise aux journaux israéliens « Haaretz » et « Maariv », qui en ont publié des extraits jeudi et vendredi, et que l’agence de presse américaine Associated Press a obtenus dans leur intégralité.

Le directeur de l’institut militaire, Danny Zamir, a qualifié la discussion entre soldats « d’instructive », mais également « consternante et déprimante »: « vous êtes en train de décrire une armée avec des normes très basses ».

L’un des soldats décrit comment une Palestinienne et ses deux enfants ont été tués, atteints par un sniper, pour avoir mal compris ce qu’un soldat israélien leur ordonnait et pris le mauvais chemin: le tireur embusqué n’avait pas été informé que les civils avaient reçu l’autorisation de sortir de la maison qu’il surveillait, et a donc ouvert le feu quand il les a vus approcher.

Un autre raconte la mort d’une vieille femme, abattue alors qu’elle marchait sur la route et qu’il n’était pas clair qu’elle constitue un danger. « J’ai simplement eu l’impression que c’était un meurtre de sang froid », raconte le soldat identifié uniquement sous le nom d' »Aviv ».

Et « Aviv » de raconter également comment sa propre unité a reçu ordre d’investir une maison par la force et de tirer à vue sur toute personne s’y trouvant. « J’appelle ça meurtre », a estimé le soldat. « En haut, ils disaient que c’était autorisé, parce que quiconque restait dans le secteur et dans la ville de Gaza était dans les faits condamné, et un terroriste, parce qu’ils n’avaient pas fui ».

Le jeune homme explique ensuite qu’il a insisté pour qu’on donne cinq minutes aux habitants pour évacuer, une attitude qui a déclenché des protestations parmi ses camarades. Selon lui, les soldats se comportaient comme si « à l’intérieur de Gaza, vous avez le droit de faire ce que vous voulez, d’enfoncer les portes des maisons sans autre raison que le fait que c’est cool ». « Ecrire ‘Mort aux Arabes’ sur les murs, prendre les photos de famille et leur cracher dessus, juste parce que vous pouvez le faire », a-t-il ajouté.

Un autre soldat, « Ram », décrit ce qui semble être une querelle entre soldats laïcs et soldats religieux, et le « fossé profond » entre les informations préalables à l’opération fournies par l’armée et celles fournies par le rabbinat militaire, donnant le sentiment d’une « mission quasi-religieuse ». « Leur message était très clair: ‘Nous sommes le peuple juif, nous sommes venus sur cette terre grâce à un miracle. Dieu nous a ramenés sur cette terre, et maintenant nous devons nous battre pour chasser ceux qui interfèrent avec notre conquête de cette terre sainte' », dit-il.

Un peu plus tôt cette année, Tsahal avait déjà sérieusement réprimandé un officier pour avoir distribué un pamphlet religieux appelant les soldats à n’avoir aucune pitié avec leurs ennemis: ce document était basé sur les écrits d’un rabbin ultranationaliste, et pas approuvé par le rabbinat militaire, a expliqué l’armée israélienne.

L’enquête sur les allégations au sujet de Gaza arrive trop tard, Info-Palestine Traduction de l’anglais d’Anne-Marie Goossens selon Haaretz.

La publication, jeudi, par Haaretz, des récits de soldats ayant participé à l’opération contre Gaza a déjà eu une répercussion importante.

Le procureur militaire, Avihai Mandelblitt, a ordonné à la police militaire de mener deux enquêtes au sujet des commentaires faits par les chefs d’escouade Givati dans leur alma mater, l’académie militaire préparatoire, au sujet des incidents au cours desquels, selon eux, des civils Palestiniens auraient été tués. Jusqu’ici, l’armée s’est contentée de mener ses enquêtes sur les opérations et a complètement évité toutes poursuites criminelles.

En attendant, et avec la même efficacité, la FID a pris une autre mesure : elle s’est empressée de discréditer le témoignage et les motifs du directeur de l’académie, Danny Zamir.

Jeudi après-midi, les médias s’étaient entendu dire confidentiellement que :

1. Zamir est un refuznik bien connu (c’est vrai en partie, car il a refusé de servir dans les territoires en 1990 ; cela ne l’a toutefois pas empêché d’avoir de l’avancement dans les réserves, ni d’être nommé au poste de directeur du co
mité de préparation militaire de l’académie).
2. Les récits montrent que Zamir « incite » ses élèves à faire des dépositions accablantes (Là, il y a problème. Les procès-verbaux montrent que les soldats ont relaté leurs expériences volontairement, même s’ils n’en étaient pas fiers).
3. Zamir a caché les procès-verbaux à la FID, mais il s’est empressé de les communiquer à la presse.

Cette allégation, excusez-moi, ne tenait pas la route et dans la soirée, l’armée s’était rétractée. Les échanges de courriels entre Zamir et le bureau du chef d’état-major montrent que Zamir l’avait mis au courant le 23 février. Le 5 mars, il a envoyé le procès-verbal à un collaborateur d’Ashkenazy qui le lui avait demandé.

À moins que le bureau de l’état-major n’ait eu du mal à ouvrir un document « Word » (et connaissant le colonel Erez Weiner, cela est peu probable) l’armée connaissait les témoignages depuis deux semaines. Cette chronologie soulève une autre question troublante : pourquoi l’information n’a-t-elle pas été transmise immédiatement au procureur militaire ? Il est bizarre qu’il ait fallu que les articles paraissent dans la presse pour déclencher une réaction.

Et maintenant, l’allégation la plus intéressante : l’après-midi même, l’armée pouvait déclarer que l’enquête sur le témoignage concernant la mère et les deux enfants abattus avait abouti à des conclusions préliminaires. Le commandant de la brigade Givati, Ilan Malkha, a convoqué le chef d’escouade qui avait raconté l’histoire et qui avait admis qu’il s’était fié uniquement aux rumeurs circulant dans la compagnie. Il va sans dire que le soldat n’a pas été dépêché pour donner sa version remaniée à la presse.

Une des tâches les plus importante des relations publiques est de limiter les dégâts quand il y a un problème d’image. Il est impressionnant de voir l’énergie qui y a été consacrée ce jeudi, mais il est décevant – si pas surprenant – de voir avec quel enthousiasme les grands organes de presse ont accepté les allégations de la FID, soit parce que l’information était relayée par la concurrence, soit qu’elle émanait de ceux dont le témoignage n’est pas conforme à la manière dont « notre FID » est censée agir.

Le tout s’est accompagné d’une intensive chasse aux sorcières pour retrouver les sources et d’une campagne d’intimidation contre les diplômés du cours préparatoire Oranim (pendant les 10 dernières années ,le gauchiste Zamir a formé bon nombre de commandants de compagnie décorés).

Toutefois l’histoire a fait le tour des unités combattantes. Les officiers qui ont parlé avec Haaretz considèrent que les témoignages qu’ils ont lus sont très crédibles. D’autres ont relevé que ce n’est pas par hasard que certaines unités (Givati et Golani) semblent plus exposées à de telles suspicions que d’autres (les paras).

La rapidité avec laquelle la FID a lancé les enquêtes est digne d’éloges. Les enquêtes devraient se concentrer sur la crédibilité des récits et sur la manière dont les officiers supérieurs supervisent les opérations.

En 2004, quatre années après le début de la deuxième intifada, deux prévisions pessimistes avaient été publiées concernant les implications à long terme du soulèvement. « Je suis assurément inquiet » avait dit le premier intervenant. « Il est évident que nous payons le prix de cette guerre. La responsabilité de l’officier est de protéger les soldats contre leurs instincts et de leur expliquer les règles de comportement à suivre. Notre problème c’est que les soldats ne tiennent pas compte des problèmes quand ils sont en uniforme ».

Le second intervenant partageait le même souci. « Je me préoccupe le plus » dit-il « de la perte d’humanité qu’engendre une longue guerre ».

Et de qui émanaient ces paroles ? Ce n’étaient pas deux journalistes ennemis de l’État. Le premier était alors Chef d’état-major (et actuellement candidat au poste de ministre de la défense) Moshe Ya’alon. Le second était son adjoint, l’actuel chef d’état-major Gabi Ashkenazi.

Tel-Aviv / les dégénérés sont de sortie, EuroPalestine.

Des cadavres de bébés palestiniens, des mères éplorées sur la tombe de leur enfant mort, des mosquées réduites en cendres : voilà un aperçu des « décorations » ornant les T-shirts des soldats de l’armée israélienne, qui font la fortune d’une entreprise textile de Tel-Aviv.

Sous le titre, « La mode, version Tsahal 2009 », le journaliste Uri Blau a publié vendredi dans le Haaretz un reportage dévastateur sur les mœurs de « l’armée la plus morale du monde ».

La firme Adiv, spécialisée dans l’impression de T-shirts, casquettes et pantalons « à la carte », réalise une bonne moitié de son chiffre d’affaires avec les commandes personnalisées de militaires.

Il y a encore peu, les productions de la maison Adiv restaient « classiques », d’un point de vue militariste s’entend.

Un lieutenant ou un sergent passaient au magasin, et demandaient l’édition, pour toute une section de soldats démobilisés, de T-shirts arborant les armoiries de l’unité concernée.

Comme cela, les camarades du soldat Shalit –que l’armée israélienne n’a apparemment pas réussi à tuer, pendant le pilonnage de Gaza- pouvaient prolonger dans la vie civile leur statut d’hommes, de vrais, pas comme ces mauviettes de gauchistes qui refusent de porter les armes.

Mais un tank, un canon, un fusil orphelin au milieu du T-Shirt, c’est un peu ringard pour impressionner copines et copains, et un nombre croissant de militaires se sont découverts des talents créatifs.

L’imagination la plus morbide a alors pris le pouvoir. Les conscrits ayant subi la formation à la spécialité de « sniper » (tireurs équipés de fusils de haute précision, pour tirer de loin) ont apparemment été les plus enthousiastes, selon les résultats de l’enquête conduite par Uri Blau.

Un des T-shirts imprimés pour les snipers d’un régiment d’infanterie porte l’inscription « Pensez au préservatif », à côté du dessin d’une maman palestinienne pleurant devant le corps de son bébé. Un autre montre une femme palestinienne enceinte, dans la mire du fusil, et cette inscription : « Une balle, deux morts ».

Ou encore, cette bande dessinée où l’on voit un nourrisson palestinien, devenant ensuite un garçon lanceur de pierres, puis un adulte en armes, avec cette inscription : « Peu importe comment cela commence, c’est nous qui sifflons la fin de la partie ».

Il y a aussi un grand nombre de T-shirts illustrant les dérangements sexuels de ces hommes. Par exemple, le bataillon Lavi s’est fait faire un maillot où l’on voit un soldat israélien, à côté d’une femme au visage tuméfié, et la légende : « J’parie que tu t’est fait violer ». D’autres illustrent la pratique, démentie par l’Etat-major au mépris d’innombrables témoignages, qui consiste à achever les blessés dits ennemis (c’est-à-dire n’importe quel humain ayant le malheur d’être palestinien).

La pratique en vigueur consiste à tirer une balle dans la tête, à bout portant ou touchant, de la victime, et de rapporter ensuite à l’échelon supérieur « mort confirmée ! ».

Dans de nombreux cas, écrit Uri Blau, la commande des T-shirts est un processus collectif, conduit au sein même de l’armée, sous la supervision de sous-officiers ou d
officiers subalternes (du sergent au capitaine), et les dénégations de l’Etat-major manquent complètement de crédibilité, peut-on constater à la lecture du reportage.

Par exemple, le slogan “Toute mère arabe doit savoir que le sort de son propre fils est entre mes mains” avait été officiellement refusé dans une caserne. Mais un soldat de la brigade d’élite Givati confirme à Haaretz que sa section a acheté des dizaines de T-shirts, pantalons et vestes de treillis arborant la courageuse devise.

« On a aussi fait faire un modèle montrant un de nos soldats en Ange de la Mort, au-dessus d’un village arabe”, ajoute le soldat, rigolant encore au souvenir que l’ouvrier chargé d’imprimer ces horreurs chez Adiv était lui-même palestinien.

Et ce T-Shirt, édité en 2007, où l’on voit un enfant et la légende, « Plus c’est petit, plus c’est difficile », que doit-on en penser ? demande Blau.

“Ben, c’est un gosse, alors forcément, c’est un peu plus difficile moralement, mais cela veut aussi dire que la cible étant plus petite, elle est plus difficile à atteindre”, répond l’intéressé, sans malice.

Les militaires religieux, c’est-à-dire ceux des élèves des écoles rabbiniques qui acceptent de faire l’armée, ne sont pas en reste.

Y., que Blau a interrogé, est tout fier de son œuvre : un soldat ressemblant au gorille géant King-Kong du cinéma hollywoodien, tenant dans sa patte une mosquée écrabouillée.

« J’ai peiné sur ce dessin. Je voulais un personnage qui ressemble à King-Kong, mais pas trop quand même. Je voulais pas que son visage soit trop monstrueux, pour pas qu’il ressemble à une caricature antisémite. Je l’ai montré à des gens, qui étaient contre, parce que cela donnait une mauvaise image de l’armée. Mais moi, j’ai fait Gaza, et on n’a pas arrêté de nous dire que l’objectif de l’opération, c’était bien de démolir les infrastructures, alors je ne vois pas ce qu’il y a à redire à mon inscription ‘On est venus ici pour détruire’ », dit le soldat Y, avant de s’énerver contre le journaliste.

Et ainsi de suite. Incapables de triompher de la résistance palestinienne, y compris après les horreurs de Gaza, des soldats se sont “vengés” en éditant un T-shirt où l’on voit un vautour en train de violer le Premier ministre palestinien Ismael Haniyeh. « Le capitaine de notre compagnie n’était pas d’accord. Alors, on se contente de porter ce truc à l’intérieur de notre peloton », précise un des soudards.

Information complète obligeant, Uri Blau a également interrogé divers responsables, à commencer par le patron d’Adiv, Haim Yisrael.

“Le secteur militaire de mon activité s’est beaucoup développé au fil des ans. Maintenant, le moindre séminaire avec une quinzaine de participants génère une commande particulière », indique-t-il.

« C’est vrai, il arrive que des officiers froncent les sourcils, pour me dire que j’y vais quand même un peu fort avec toutes ces monstruosités sur les Arabes. Moi je leur réponds tranquillement que je dirige une entreprise privée, et que le client est libre de mettre ce qu’il veut sur les vêtements, ce n’est pas à moi de le censurer ».

Evyatar Ben-Tzedef, un ancien militaire de carrière, s’en tire avec une pirouette, et botte en touche. “De mon temps, ce n’était pas comme ça. Mais les temps changent, il y a aujourd’hui un manque de respect pour les êtres humains et leur environnement, c’est ainsi”.

L’officier Kaufman, responsable de la modération sur un site web de l’armée, fournit à Blau quelques descriptions supplémentaires, dont ce T-shirt montrant un garçonnet palestinien fuyant les soldats : « Arrête de courir, tu vas mourir fatigué », ou ce dessin d’un soldat israélien violant une fillette, avec le slogan « Pas de vierges, pas d’attentats terroristes ». « C’est moche, mais je dois avouer que cela m’a bien fait rire », se lâche Kaufman, avant de vaquer à ses occupations.

Passons rapidement sur les tremolos du porte-parole de l’armée, qui condamne, bien entendu, toutes ces atteintes à “l’éthique” de Tsahal, avant d’affirmer que les soldats font cela dans le cadre de leurs activités civiles. En substance, donc, « cela ne nous regarde pas ».

On laissera le dernier mot à un curieux personnage, le colonel de réserve Ron Levy.

L’homme avait fait son service militaire dans le Sayeret Matkal, une force spécialisée dans les assassinats (le Sayeret Matkal a ainsi participé directement au massacre de Sabra et Chatila), avant de devenir … chef du service de santé mentale de l’armée.

Pour ce « psychologue » couleur kaki, pas de doute, ce que font les soldats avec ces T-shirts, c’est un défoulement, parfaitement sain, de la violence et de la colère qui est en eux, généralement en dessous de la ceinture. « Cela reflète aussi le fait que ce qui est anormal aujourd’hui ne le sera pas forcément demain ».

La civilisation, on vous dit !

Lire aussi :
• Dossier Résistance à la colonisation de la Palestine
• Bibliographie Palestine/Israël

Boucliers humains : une pratique courante de l’armée israélienne

Les Palestiniens qui habitent dans un quartier à l’est de Jabaliya ont expliqué à « Haaretz » que des soldats de l’armée israélienne leur avaient imposé une multitude de tâches : créer à la masse des ouvertures dans les murs, pénétrer dans des maisons avant les soldats et s’assurer que des hommes armés avaient bien été tués. Réponse du porte-parole de l’armée israélienne : il n’y a jamais rien eu de tel, les combattants avaient reçu pour instructions de ne pas se servir de la population civile dans le cadre des combats.

Gaza

A la question « Qui est là ? », est venue la réponse : « Armée de défense d’Israël ». Majdi Abed Rabbo, 39 ans, officier du renseignement palestinien de l’Autorité Palestinienne à Ramallah, qui habite dans le quartier Izbet Abed Rabbo à l’est de Jabaliya, était descendu ouvrir la porte. Il s’est retrouvé face au fils des voisins, Mahmoud Daher, avec derrière lui un soldat qui lui enfonçait son fusil dans le dos. Le soldat a alors déplacé Mahmoud pour pointer son fusil sur Majdi. « Il m’a ordonné de baisser mon pantalon. Je l’ai baissé. Il m’a ordonné de relever ma chemise. Je l’ai relevée. Que je tourne sur moi-même. J’ai tourné sur moi-même », a raconté Majdi, et alors la pièce s’est remplie de soldats. « Douze ou quelque chose comme ça. »

C’était le lundi 5 janvier, entre neuf heures et demie et dix heures du matin, une quarantaine d’heures après le début de l’offensive terrestre israélienne. Dimanche soir, les soldats s’étaient installés dans la maison des Daher. Ils avaient d’abord rassemblé la famille au rez-de-chaussée. On entendait des tirs tout autour. Ensuite, ils les avaient tous fait monter dans une pièce du premier étage. Les membres de la famille s’étaient demandé pourquoi les soldats les faisaient monter – parents, enfants, deux bébés et la grand-mère âgée – dans une pièce inconfortable et froide mais ils n’avaient pas pu refuser. Ils ne savaient pas encore que leur transfert au premier étage les rapprochait des échanges de tirs. Ce n’est que plus tard qu’ils ont su que la maison vide, côté nord-est, du voisin Abou Hatem, dont les habitants sont partis depuis longtemps à l’étranger, abritait trois combattants d’Iz a-Din al Qassam. La haute maison de Majdi Abed Rabbo est contiguë à celle, étroite, d’Abou Hatem.

Avant cela, lundi matin, aux alentours de sept heures, les soldats avaient fait sortir de chez lui Shafik Daher, 53 ans, un directeur financier qui reçoit son salaire de Ramallah, et ses trois fils. Là se sont séparés les chemins du père et de ses fils. Les soldats ont conduit Shafik Daher à la maison voisine, côté est, celle de Jaber Zidane. La porte avait été défoncée. Il a trouvé les voisins serrés dans une seule pièce. La fouille, ici comme dans les quatre autres maisons où on lui a ordonné d’entrer ce jour-là, s’est déroulée de manière semblable : il marchait en tête, avec les soldats derrière lui. Un soldat tenait son fusil appuyé sur son épaule droite tout en lui empoignant de l’autre main l’épaule gauche. Chaque pièce. Chaque étage. Ensuite, ils ont rassemblés les membres de la famille Zidane dans une maison à l’est de chez eux, la maison de Tawfik Qatari. Les hommes, y compris les garçons de 14 et 16 ans, ont été menottés. Les uns, mains dans le dos, les autres, mains à l’avant.

Les soldats ont pris le contrôle de la maison de la famille Qatari le dimanche soir, 4 janvier. Elle aussi s’est retrouvée rassemblée au rez-de-chaussée. Avec tout autour des tirs en permanence. Les soldats s’étaient établis à un des étages au-dessus et avaient transformé la fenêtre donnant côté nord-est – proche de la maison d’Abou Hatem – en position de tir. « Il y avait un bon soldat qui nous a dit qu’il était dangereux de rester là où nous étions et qui nous a déplacés vers l’intérieur », ont-ils raconté.

La peur de Jamal

Vers neuf heures du matin, lundi, les soldats ont emmené de la maison des Al Qatari le fils Jamal. Durant les quatre jours qui suivront, Jamal circulera avec les soldats pour lesquels il remplira plusieurs tâches : il devra entrer le premier dans les maisons et demander aux gens de descendre. Une dizaine de maisons, estime-t-il. Il marchait devant l’énorme bulldozer de l’armée qui progressait dans le quartier et écrasait les rues. « J’ai peur que les soldats ne tirent sur moi », a-t-il dit à un soldat qui lui a répondu « n’aie pas peur ».

Pendant ce temps, lundi matin, Daher poursuivait ses missions de protection, de défense des soldats de l’armée de défense d’Israël. Il ignorait qu’au même moment, ses deux grands fils circulaient avec deux autres groupes de soldats, recevant l’ordre de créer des ouvertures dans les murs des maisons à l’aide de lourdes masses qu’on leur donnait. Il ne savait pas non plus qu’exactement au même moment, un soldat enfonçait son fusil dans le dos de son troisième fils, devant la porte de Majdi Abed Rabbo. Majdi lui-même, après avoir reçu l’ordre de faire une ouverture dans le mur qui sépare son toit de celui des voisins, a encore dû faire des brèches dans plusieurs maisons proches de la mosquée, pénétrer dans une voiture, examiner la maison des Zidane pour être ensuite amené dans la maison des Qatari où il a trouvé Shafik Daher qu’il a rassuré sur le sort de son fils.

Forcé d’obéir

Vers deux heures de l’après-midi, un soldat l’a emmené dehors, lui a indiqué la maison d’Abou Hatem et lui a dit, selon son témoignage : « Dans cette maison, il y avait des hommes armés. Nous les avons tués. Ôte-leur leurs vêtements et prends-leur leurs armes ». Il a d’abord refusé en disant que ce n’était pas son boulot. « Obéis aux ordres », lui a-t-on dit. Il a obéi et est descendu, de chez lui, dans la maison d’Abou Hatem, en criant en arabe qu’il était le propriétaire. Il a découvert trois hommes armés d’Iz a-Din al Qassam, parfaitement vivants. Ils lui ont dit de ne pas revenir, « car nous te tirerons dessus ».

Il a rejoint les soldats qui lui ont ordonné d’ôter ses vêtements, de tourner sur lui-même, puis il a dit que les trois étaient vivants. Surpris, l’officier a demandé à vérifier son identité et a découvert qu’il appartenait au renseignement palestinien d’Abou Mazen. Il a été menotté, mis sur le côté et il a entendu des coups de feu. Il a alors de nouveau été envoyé pour vérifier, avec les mêmes menaces et la même assurance que les trois hommes avaient maintenant été tués. Il les a retrouvés, l’un d’entre eux était blessé et les deux autres « OK ». Un des combattants du Hamas lui a dit : « Dit à cet officier que s’il est un homme, qu’il monte ».

Les soldats n’ont pas apprécié ce qu’ils entendaient. L’un d’eux aurait juré, selon lui. Il a de nouveau été menotté et mis sur le côté. Il commençait à faire un peu sombre. Il a entendu le bruit d’un hélicoptère puis celui d’un missile qui explose et un soldat lui a dit : maintenant nous les avons tués, au missile. Vas-y. Il est allé et a vu que c’était sa maison à lui que le missile avait touché. « Tu es fou ? », lui a demandé le soldat. « Non », lui a dit Majdi Abed Rabbo, « le missile a touché ma maison » et tout est cassé là-bas : l’eau fuit, des morceaux de bétons traînent et tout autour, les tirs sont incessants, « pas naturels » et les bruits d’explosions nombreux, plus le bruit d’un hélicoptère et d’une explosion.

De nouveau se déshabiller

Quand il a reçu l’ordre d’aller vérifier pour la troisième fois si les trois étaient morts, il faisait noir. Les soldats lui ont éclairé le chemin. Il a découvert deux des hommes sous les décombres et le troisième avec son arme à la main. Il était
aux alentours de minuit, dans la nuit de lundi à mardi. Il a rejoint les soldats, s’est de nouveau déshabillé, fait un tour sur lui-même, puis a dit que les trois étaient vivants. « Tu es fou ? », lui ont-ils encore demandé. « Non, je ne suis pas fou, je vous dis ce que j’ai vu ». Affamé, assoiffé et avec une migraine terrible, il a été ramené à la maison des Qatari.

A six heures et demie du matin, voilà qu’on l’emmène de nouveau dehors, devant ce qui avait été sa maison. Des soldats ont apporté un mégaphone et, d’après son témoignage, ils se sont mis à crier : « Vous, les hommes en armes, vous avez un quart d’heure pour vous rendre ; descendez, ôtez vos vêtements, la Croix Rouge est ici, les journalistes sont ici ; nous soignerons le blessé ». Les soldats ont lâché un chien dans la maison démolie. Un des hommes armés lui a tiré dessus et l’a tué. Les soldats les ont à nouveau appelés à sortir de la maison. Il n’y a pas eu de réponse. « Alors le bulldozer est arrivé et il a attaqué ma maison, il a commencé à la démolir sous mes yeux ».

Les soldats l’ont ramené à la maison des Qatari quand le bulldozer a commencé à démolir la maison d’Abou Hatem. Il y avait des coups de feu. Quand, deux heures plus tard, on l’a fait sortir, avec un autre groupe d’hommes, il a trouvé deux des hommes armés « morts, étalés sur le béton démoli ». Il n’a pas vu le troisième. « Qu’est-ce que c’est pour une armée qui ne peut pas faire irruption dans une maison où il y a des hommes armés ? », s’est-il demandé.

Ils sont 20 à avoir été utilisés comme protection

Huit habitants d’Izbet Abed Rabbo ont eu une conversation avec « Haaretz » et ont témoigné s’être vus ordonner d’accompagner des soldats de l’armée israélienne dans des missions d’entrée par effraction et de fouille de maisons, et cela en plus des membres des familles restés dans leurs maisons pendant que l’armée utilisait celles-ci comme positions de tir ou comme bases. A Izbet Abed Rabbo, on estime qu’une vingtaine d’habitants au moins ont été contraints à diverses missions « d’accompagnement et de protection » comme celles décrites ci-dessus et d’autres, pour des durées variables, entre le 5 et le 12 janvier.

Le porte-parole de l’armée israélienne a fait savoir en réponse : « L’armée israélienne est une armée morale et ses soldats opèrent dans l’esprit de l’armée israélienne et de ses valeurs, et nous proposons d’examiner convenablement les déclarations des parties palestiniennes intéressées. Les forces de l’armée israélienne ont sans ambiguïté pour instruction de ne pas se servir de la population civile dans le cadre des combats, à quelque fin que ce soit, et évidemment pas comme ‘boucliers humains’. De l’examen mené devant les commandants des forces qui étaient présentes dans le secteur concerné, il ne ressort aucune preuve des cas évoqués. Tous ceux qui tentent d’accuser l’armée israélienne d’actes de ce genre créent une image erronée et trompeuse de l’armée israélienne et de ses combattants qui opèrent conformément aux standards moraux et au droit international. »

Amira Hass
20/02/2009
Publié par EuroPalestine selon Ha’aretz.

Guerre d'Israël contre le peuple Palestinien (14)

Enquête : Israël a bien utilisé dans la bande de Gaza des armes à Uranium Appauvri, Action des Citoyens pour le Désarmement Nucléaire.

L’Action des Citoyens pour le Désarmement Nucléaire (ACDN) a poursuivi son enquête sur les 1000 bombes guidées GBU-39 livrées à Israël par les États-Unis quelques semaines avant l’opération « Plomb durci » contre Gaza. Cette enquête confirme l’essentiel des allégations initiales de l’association.
[…]
A ce jour (12 février 2009), l’AIEA n’a pas encore remis de rapport. Il est vrai qu’avant même la venue des enquêteurs sur le terrain, le porte-parole du gouvernement israélien a assuré qu’ils ne trouveraient rien. Précédemment, le chef d’état-major de Tsahal avait commencé par nier, le 13 janvier, l’usage de bombes au phosphore blanc avant d’être obligé de le reconnaître le 20 janvier, en se repliant sur une deuxième ligne de défense : « ce sont des armes autorisées ». Oui, tout juste tolérées, mais pas sur des civils.

Sans attendre les résultats d’expertise de l’AIEA, ACDN a poursuivi son enquête sur les GBU-39, et abouti à rassembler les précisions suivantes.
[…]
Ces nouveaux matériaux composites, les autres caractéristiques des GBU déjà décrites dans nos articles précédents, et l’ensemble du dispositif de mise en œuvre, assurent aux GBU un « service multiple » de destruction et de morbidité : – pénétration en profondeur des cibles les mieux protégées (bétons à hautes, très hautes ou ultra hautes performances ; blindages épais en acier, ou en acier renforcé à l’UA) ; explosion différée jusqu’à la profondeur voulue et programmée ; explosion ultérieure et autodestruction de l’engin, dans le cas où le dispositif primaire de mise à feu a échoué ; destruction « classique », par effet de souffle, de la cible, depuis l’intérieur même ; projection d’échardes métalliques dans les corps inertes ou vivants situés à l’intérieur ou à la périphérie de la cible, avec effet de « décapitation » ou d’ « amputation » sur les corps humains ; crémation externe et interne des corps, les échardes métalliques devenant elles-mêmes des brandons ; chez les blessés survivants, impossibilité de distinguer les éclats métalliques et de les extraire par une opération chirurgicale ; réduction de la durée de survie des blessés et des brûlés, par empoisonnement interne, radiotoxique et chimique, dû à l’uranium appauvri ou à ses descendants ; contamination radioactive de l’environnement naturel par dispersion, sur les lieux mêmes des explosions et au-delà, de nanoparticules d’uranium appauvri et d’autres radionucléides issus de l’uranium ; atteintes au génome de la population cible. L’innovation meurtrière des marchands d’armes défie l’imagination. Tout comme leur capacité à faire disparaître l’uranium appauvri de leurs nomenclatures, à esquiver les questions embarrassantes, voire à se trouver des alliés inattendus.
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Phosphore blanc, DIME, tungstène, uranium appauvri… Les médecins pensent différemment des militaires et de leurs donneurs d’ordres. Seulement soucieux d’humanité, les chirurgiens présents à Gaza ont décrit les effets sur les victimes des « nouveaux types d’armes » employés : « A 2 mètres, le corps est coupé en deux ; à 8 mètres, les jambes sont coupées, brûlées comme par des milliers de piqûres d’aiguilles. » Les blessés survivants « n’ont aucune trace de métal dans le corps, mais des hémorragies internes étranges. Une matière brûle leurs vaisseaux et provoque la mort, nous ne pouvons rien faire. » (Dr Mads Gilbert, Le Monde, 12 janvier) « Quand on commence à opérer, tout semble en ordre… Mais ensuite on découvre des dizaines de minuscules particules dans tous leurs organes. On dirait qu’un certain type d’explosif ou d’obus les a dispersées partout, et ces blessures miniatures, impossible de les opérer. » (Dr. Jam Brommundt, médecin allemand travaillant à Kham Younis, au sud de la bande de Gaza)

Comment ne pas se demander avec le Dr Gilbert : « Se peut-il que cette guerre soit le laboratoire des fabricants de mort ? Se peut-il qu’au XXIe siècle on puisse enfermer un million et demi de personnes et en faire tout ce qu’on veut en les appelant terroristes ? »

Et comment qualifier cette « guerre » qui fait d’un côté 14 tués (11 soldats israéliens, dont 4 victimes d’un « tir ami », et 3 civils, victimes d’un tir de roquette) et 50 blessés, et de l’autre côté, au moins 1330 tués et 5450 blessés, pour la plupart des civils, dont une moitié d’enfants ? (Source : Foreign Policy In Focus)

A un contre cent, est-ce encore un combat, ou un jeu de massacre ? Une collection de crimes de guerre ? Le début d’un génocide qui n’ose pas dire son nom et se cache derrière la mémoire d’un autre génocide ?

Un crime contre l’humanité, donc ? Israël, en tout cas, est allé trop loin.

Commentaires : En baptisant la guerre contre Gaza « Plomb durci », les responsables israéliens avouaient implicitement l’emploi de bombes GBU-39 contenant de l’uranium appauvri – métal utilisé pour durcir les munitions.

Les brûlures des blessés de Gaza correspondent aux descriptions des atteintes au phosphore blanc [données par les documents de l’armée israélienne], AFPS.

Des médecins palestiniens de plusieurs hôpitaux de la Bande de Gaza ont parlé à des médecins étrangers dont la venue a été rendue possible ces deux dernières semaines, d’une détérioration inattendue de l’état de nombreux blessés atteints de brûlures.

Les descriptions se ressemblaient : des brûlures relativement peu étendues ne présentant pas de signes d’amélioration après deux semaines mais au contraire, s’aggravant et s’approfondissant au point de nécessiter une greffe de peau à l’étranger. Dans d’autres cas, des tissus internes ont été atteints. Plusieurs blessés qui souffraient de brûlures non étendues sont même décédés après une semaine ou dix jours : il était apparu que leur foie puis leurs reins étaient rongés, dégénéraient. On ne connaît pas encore le nombre total de brûlés ni combien sont décédés des suites de leurs brûlures.

Prudemment, les médecins disent que tant que les examens de laboratoires nécessaires n’auront pas été réalisés, ils ne sont pas en mesure d’établir avec certitude qu’il s’agit de brûlures occasionnées par les nombreuses bombes au phosphore dont les soldats de l’armée israélienne ont fait usage au cours des deux semaines de l’offensive terrestre. En outre, ils ne peuvent établir si la dégradation et la propagation de l’infection chez les brûlés découlent directement de l’atteinte par le phosphore. Néanmoins, deux organisations de droits de l’homme, Amnesty International et Human Rights Watch, ont établi que des bombes au phosphore ont touché des quartiers résidentiels. Des débris d’enveloppes verdâtres d’obus au phosphore et même des enveloppes entières ont été retrouvés et collectés dans des zones d’habitation de la Bande de Gaza.

Le traitement habituel des blessures – apportés dans les premiers jours de l’offensive, alors que les médecins de Gaza ne soupçonnaient pas encore qu’il s’agissait de phosphore blanc – était ineffic
ace. « De notre vie nous n’avions vu de telles brûlures », a déclaré à « Haaretz » un chirurgien expérimenté venu de l’étranger. « La littérature parle de brûlures causées expérimentalement dans des conditions de laboratoire ou dans des bases militaires, peut-être à l’occasion d’accidents ».

Mais dans les trois documents israéliens qui sont parvenus à la rédaction de « Haaretz » et qui ont été rédigés au moment de l’opération « Plomb durci », les descriptions de brûlures occasionnées par une atteinte au phosphore correspondent aux descriptions des médecins de Gaza. Il s’agit de documents du premier médecin officier, du Q.G. médical de campagne et de Magen David Adom.

Dans le premier document, signé par le Dr Zvi Feigenberg, directeur du département médical du Magen David Adom, et Rami Miller, auxiliaire médical en chef au Magen David Adom, on peut lire que « le phosphore blanc contenu dans la bombe ou le missile prend feu quand il entre en contact avec de l’oxygène… Le phosphore qui entre en contact avec la peau occasionne des brûlures graves et profondes ». Le document indique encore qu’un des moyens d’identification d’une atteinte au phosphore, ce sont les vives douleurs ressenties dans la région atteinte, sans commune mesure avec son étendue.

Dans un autre document, qui porte la signature du Dr lieutenant colonel Gil Hirschorn, directeur du département de traumatologie du quartier général médical en chef, on peut lire : « Dans le cours de l’opération « Plomb durci », une mise en garde a été reçue à propos de l’utilisation par le Hamas de matériel de guerre comprenant du phosphore. Le phosphore est une matière toxique, d’un blanc jaunâtre, ressemblant à de la cire et qui est employé dans des obus de mortier et des grenades à main. Quand le phosphore entre en contact avec les tissus cellulaires, il occasionne des dommages par combustion des tissus. Les caractéristiques d’une atteinte au phosphore sont : des brûlures chimiques accompagnées d’une douleur vive, une destruction tissulaire… Le phosphore est susceptible de pénétrer dans le corps et de causer des lésions à des organes internes. A long terme, une insuffisance rénale et des infections sont caractéristiques… En résumé : les munitions contenant du phosphore explosif impliquent forcément un risque potentiel d’une importante destruction de tissus. »

Dans le document intitulé « Exposition au phosphore blanc » du Q.G. de la santé, qui a été envoyé par le Ministère de la Santé, on souligne que « l’essentiel de l’information sur les atteintes du phosphore prend sa source dans la recherche animale et dans des descriptions de cas d’accidents… L’exposition au phosphore blanc est significative par la gravité de la toxicité… D’après de nombreuses recherches faites en laboratoire, des brûlures sur une surface du corps relativement petite – 12 à 15% chez l’animal de laboratoire et moins de 10% chez l’homme – sont susceptibles d’être mortelles du fait des incidences essentiellement sur le foie, le coeur et les reins ».

Amira Hass
05/02/2009
Ha’aretz

Dossier Résistance à la colonisation de la Palestine, Monde en Question.
Bibliographie Palestine/Israël, Monde en Question.

Israéliens contre la guerre coloniale en Palestine (2)

Amira Hass est une journaliste et auteur israélienne, surtout connue parce qu’elle vit en Cisjordanie après avoir habité à Gaza et qu’elle rapporte les événements du conflit israélo-palestinien depuis les territoires palestiniens pour le quotidien Ha’aretz.

28/12/2008, Gaza, « Petit Bagdad » – Bombes, Peur, Rage, EuroPalestine.

30/12/2008, « Les frappes ne visent pas le Hamas mais tous les Palestiniens », ContreInfo.
30/12/2008, C’est comme ça que nous les aimons, Gauche Anticapitaliste.
30/12/2008, A cause du blocus, les interventions chirurgicales se font sans anesthésie et sans gants, Gauche Anticapitaliste.

31/12/2008, « Nous n’avons pas de montagnes ni de grottes où nous cacher », Gauche Anticapitaliste.

05/01/2009, Pas de crise humanitaire à Gaza ?, Info-PalestineAlternatives international.

07/01/2009, C’est une chance que mes parents ne soient plus là, UJPF.

08/01/2009, « Un sujet d’agacement pour la Sûreté Générale israélienne », EuroPalestine.

Autres textes de Amira Hass :
UJPF.
AFPS.
Info-Palestine.
CCIPPP.
EuroPalestine.
Palestine – Solidarité.
Alternatives.
Alternatives International.
ContreInfo.
International Solidarity Movement.

Bibliographie Palestine/Israël, Monde en Question.
Résistance à la colonisation de la Palestine, Monde en Question.