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Crimes de guerre de Tsahal à Gaza

Des soldats de Tsahal parlent d’une guerre sans retenue à Gaza, Reuters-Yahoo! Actualités.

Accusé par Amnesty International, Human Rights Watch et l’Onu d’avoir causé des pertes civiles et des destructions injustifiables en décembre et janvier dans la bande de Gaza, l’Etat d’Israël a toujours rejeté ces mises en cause.

Plusieurs soldats de Tsahal ayant participé à cette opération affirment à présent que leurs chefs militaires les ont incités à tirer d’abord et à se préoccuper ensuite de distinguer les combattants des civils.

En conséquence, témoignent-ils, leurs forces se sont ruées dans le territoire enclavé sans retenir leurs tirs.

Selon ces trente soldats, dont les témoignages anonymes ont été recueillis par l’ONG « Breaking the Silence », la priorité de l’armée était de minimiser ses pertes afin de s’assurer du soutien populaire israélien à l’opération.

« Mieux vaut atteindre un innocent qu’hésiter à viser un ennemi »: c’est en ces termes qu’un soldat résume la façon dont il a compris les instructions répétées durant les briefings préliminaires et durant l’intervention, qui a duré 22 jours, du 27 décembre 2008 au 18 janvier 2009.

« Dans le doute, tuez. La puissance de feu était insensée. On arrivait et les explosions étaient hallucinantes. Dès l’instant où on arrivait à nos positions, on commençait à tirer sur tout ce qui était suspect », raconte un autre.

L’objectif annoncé de l’opération « Plomb Durci » était de mettre fin aux tirs de roquettes des activistes islamistes du Hamas vers le sud d’Israël.

Selon une ONG palestinienne, le bilan des combats côté palestinien s’établit à 1.417 tués, dont 926 civils. L’armée israélienne parle de 1.166 morts dont 295 civils. Côté israélien, dix soldats et trois civils ont péri.

Des rues entières de Gaza ont été rasées pour réduire le risque des tireurs embusqués et des pièges explosifs. Selon les Nations unies, les quelque 600.000 tonnes de gravats commencent à peine à être déblayées, six mois après la fin de l’opération.

L’armée israélienne, qui repose essentiellement sur la conscription, interdit formellement à ses soldats de parler aux médias. Le rapport de 112 pages de « Breaking the Silence » contient le témoignage de trente soldats « ayant servi dans tous les services impliqués dans l’intervention ».

« La majorité (…) sont encore en service dans leurs unités et, profondément alarmés par la dégradation morale des Forces de défense israéliennes (FDI), se sont tournés vers nous. (Leurs témoignages) suffisent à mettre en doute la crédibilité de la version officielle de l’armée », peut-on lire dans ce document.

Dans un communiqué, l’armée israélienne rejette ces critiques, qu’elle estime « basées sur des on-dit », mais s’engage à enquêter en cas de plainte formelle pour exactions, tout en assurant que ses soldats ont respecté le droit international durant « des combats complexes et difficiles ».

A l’exception d’un sergent prénommé Amir, l’ensemble des soldats parlent sous anonymat, et leurs visages sont floutés dans les témoignages filmés. La transcription des propos est disponible sur le site Breaking the Silence.

L’ONG indique disposer de financements de la part d’associations israéliennes de défense des droits de l’homme ainsi que des gouvernements britannique, néerlandais et espagnol et de l’Union européenne.

Plusieurs soldats décrivent une procédure de fouille de maisons où des civils étaient forcés à entrer dans des bâtiments suspects devant les soldats. Ils citent plusieurs cas dans lesquels des civils devaient s’avancer tandis qu’un militaire, derrière lui, reposait son fusil sur son épaule.

Le rapport évoque également l’emploi sans discernement de munitions incendiaires au phosphore blanc dans les rues de Gaza -ce que Tsahal dément-, des « destructions massives ne répondant à aucune menace directe » et des règles d’engagement « permissives ».

« On ne nous disait pas de tirer sur tout ce qui bouge. Mais la consigne générale était: si vous vous sentez menacés, tirez. Ils n’arrêtaient pas de nous dire que c’était la guerre et qu’à la guerre, on fait feu à volonté », se souvient un soldat.

Pour priver les combattants du Hamas d’abris, des secteurs entiers, comprenant parfois des jardins et des vergers, ont été rasés par bombardements, tirs d’artillerie, explosifs et bulldozers.

« Nous n’avons pas vu une seule maison intacte (…). Les infrastructures, les chemins, les champs, les routes, tout était en ruines. Les (bulldozers) D-9 avaient tout écrasé », raconte un militaire.

Dans le préambule du rapport, « Breaking the Silence » affirme que l’armée israélienne s’efforce de prouver que si des exactions ont été commises à Gaza, elles étaient le fait de « soldats isolés ».

Mais ce témoignage suggère que « le coup violent et sans précédent porté aux infrastructures et aux civils de la bande de Gaza est le résultat direct de la politique des FDI ».

Tsahal a utilisé des Gazaouis comme boucliers humains, accusent des soldats israéliens, AP-Yahoo! Actualités.

Les soldats israéliens ont utilisé des civils palestiniens comme boucliers humains durant leur offensive dans la Bande de Gaza et ont eu la gâchette facile, causant des morts injustifiées, selon les témoignages publiés mercredi de soldats ayant participé à l’opération « Plomb durci ». L’armée parle de calomnie.

« Parfois, les militaires entraient dans une maison en plaçant le canon de leur fusil sur l’épaule d’un civil et ils avançaient en l’utilisant comme bouclier humain. Les commandants disaient que c’étaient les instructions et que nous devions le faire », a rapporté un soldat.

Ce témoignage corrobore ceux collectés par Amnesty International sur place, selon lesquels les membres de Tsahal ont utilisé des Palestiniens comme boucliers humains pour inspecter des lieux ou des objets qu’ils soupçonnaient d’être piégés. Une enquête de l’ONU est en cours.

Alors que Tsahal affirme n’avoir eu recours au phosphore blanc que pour éclairer le ciel ou créer des rideaux de fumée, un autre soldat affirme que des obus contenant cette substance ont été utilisés pour mettre le feu à une maison suspectée d’abriter des armes. « La maison est partie en fumée », a-t-il déclaré à l’association Shovrim Shtika/Breaking the Silence (« Briser le silence »), qui publie le rapport.

Cette organisation de réservistes a été créée en 2004 pour recueillir les témoignages des militaires qui avaient servi en Cisjordanie durant la Deuxième Intifada. Elle a déjà publié plusieurs ouvrages, notamment sur Hébron.

Le fascicule paru mercredi rassemble les témoignages de 26 soldats ayant participé à l’opération « Plomb durci » (27 décembre 2008-18 janvier 2009). Leur identité n’est pas révélée pour les protéger de toutes représailles mais ils seraient « heureux de témoigner » si une enquête formelle était lancée, assure Breaking the Silence.

Presque tous ces militaires estiment que Tsahal a utilisé une force disproportionnée dans la Bande de Gaza. Ils s’interrogent notamment sur l’usage d’artillerie lourde dans des zones densément peuplées.

« Il n’y avait pas besoin d’utiliser des armes comme les mortiers, comme le phosphore », considère l’un d’eux. « J’ai l’impression que Tsahal cherchait une occasion de montrer sa force. »

L’armée israélienne, qui tient le Hamas pour responsable de la plupart des morts de la guerre à Gaza, accuse Breaking the Silence de « diffamation ». Elle souligne que les informations contenues dans le fascicule ne peuvent être vérifiées car les témoignages sont anonymes et les détails ont été effacés. Elle exhorte les soldats ayant des doléances de ce type à déposer plainte officiellement.

Lire aussi :
• Israeli soldiers talk about the occupied territories, Breaking the Silence
• Dossier documentaire & Bibliographie Résistance à la colonisation de la Palestine
• Dossier documentaire & Bibliographie Palestine/Israël

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