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Obama plie devant Netanyahou

Netanyahou assure qu’Israël ne retournera jamais aux frontières de 1967

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a assuré lundi 23 mai qu’Israël ne reviendrait jamais aux frontières « indéfendables » de 1967, dans un discours prononcé à Washington devant le Congrès annuel du principal lobby pro-Israël aux États-Unis, l’AIPAC.

« Je veux vous assurer d’une chose, (la paix) doit garantir la sécurité à Israël et donc Israël ne peut retourner aux frontières indéfendables de 1967 », a-t-il déclaré.

Après l’AIPAC, Benjamin Netanyahou doit s’adresser mardi au Congrès, quelques jours après un désaccord très public avec le président américain Barack Obama sur le processus de paix. « Je vais présenter une vision pour une paix israélo-palestinienne sécurisée », a-t-il devant l’AIPAC.

AFP – Nouvel Obs

Obama plaide pour une Palestine avec « une frontière différente de celle de 1967 »

Barack Obama, très applaudi devant l’assemblée annuelle de l’AIPAC, le principal lobby pro-israélien aux États-Unis, a jugé que « des représentations fausses » avaient été faites de son opinion.

La position du président « signifie que les parties elles-mêmes, les Israéliens et les Palestiniens, vont négocier une frontière différente de celle qui existait le 4 juin 1967 », tenant compte des « nouvelles réalités démographiques sur le terrain et des besoins des deux parties », a-t-il expliqué.

Barack Obama s’était prononcé jeudi pour la première fois pour un État palestinien sur la base des lignes de 1967, « avec des échanges sur lesquels les deux parties seraient d’accord ». Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui doit parler lundi à son tour devant l’AIPAC, a sèchement rejeté cette idée

AFP – Nouvel Obs

Le triomphe de la cécité

Un espoir s’évaporait, le Congrès américain n’en finissait plus de se lever et d’applaudir. Chacune ou presque des phrases prononcées par Benjamin Netanyahu semblait transporter d’enthousiasme sénateurs et représentants démocrates et républicains alors qu’un coup de pelle après l’autre, le Premier ministre israélien enterrait hier toute possibilité de reprise des négociations avec les Palestiniens et de conclusion, bien sûr, d’un accord de paix.

Il aurait pu dire qu’il ne négocierait pas avec un gouvernement palestinien comprenant des ministres du Hamas. Cela aurait laissé une porte entrebâillée puisque l’accord de réconciliation entre les islamistes et le Fatah prévoit la constitution d’un gouvernement de techniciens où ne siégera aucun des deux partis. Benjamin Netanyahu aurait pu ne pas refuser de voir que le Hamas avait accepté que son rapprochement avec le Fatah n’empêche pas la poursuite de pourparlers conduits par le président palestinien, Mahmoud Abbas, et qu’un éventuel accord de paix pouvait désormais engager aussi les islamistes et, donc, la totalité des Palestiniens. Il aurait pu faire de cette ambigüité délibérée une pierre sur laquelle construire mais non ! « Israël ne négociera pas, a-t-il dit, avec un gouvernement soutenu par la version palestinienne d’al Qaëda », et le Congrès applaudissait.

« Jérusalem doit rester la capitale unifiée d’Israël. Jérusalem ne doit jamais être à nouveau divisée et, avec créativité et bonne volonté, une solution peut être trouvée », lançait-il et le Congrès applaudissait. « Déchirez votre pacte avec le Hamas », lançait-il au président palestinien et le Congrès applaudissait. « Pourquoi la paix n’est-elle pas encore réalisée ? », demandait-il avant de répondre, dans un raccourci vertigineux : « Parce que les Palestiniens n’ont pas voulu accepter, jusqu’ici, un État palestinien si cela impliquait d’accepter un État juif s’étendant à ses côtés », et le Congrès applaudissait.

« Mes amis », disait Benjamin Netanyahu en s’adressant aux législateurs américains et le Congrès applaudissait mais comment, pourquoi, un tel discours a-t-il pu susciter une telle connivence entre ce Premier ministre et la Chambre et le Sénat des États-Unis ? La réponse est tragiquement simple. Anglophone, totalement bilingue et totalement imprégné de culture américaine, Benjamin Netanyahu disait là tout haut ce que pense la moyenne des élus américains – que le printemps arabe est magnifique mais incertain, qu’il pourrait s’achever sur un triomphe des islamistes, que le temps n’est pas venu de baisser la garde et que Barack Obama ne serait qu’un idéaliste irresponsable auquel il faudrait se garder d’emboîter le pas. Point par point, et tout en lui rendant hommage, Benjamin Netanyahu martelait hier, au Congrès, que Barack Obama se trompait et le Congrès applaudissait dans un désespérant chœur de vieux simplismes frileux.

La cécité des uns disqualifiait la vision de l’autre. Ce spectacle était affligeant, consternant, et le plus stupéfiant était de voir ce Premier ministre mener, tout sourire, tout heureux, son pays vers l’abime car jamais Israël n’a été aussi isolé, critiqué, montré du doigt, affaibli sur la scène internationale.

Géopolitique

En finir avec le despotisme éclairé !

« Je ne peux que pleurer ce matin…
J’ouvre le journal… je lis les titre… rien de réjouissant
Toutes les pages ressemblent à celles des nécrologies
Crimes, vol, agressions, scandales
Les guerres sont partout
Des hommes des femmes des enfants sont privés de vie
La mort prématurée nous suit partout
et le pire… pas un seul jour ne passe sans une séance de voyeurisme de ce voisin criminel. »

C’est l’éditorialiste de l’Orient le jour au Liban qui parle ainsi…
le voisin criminel, la définition même de toute violence, ce voisin abrité par les puissances mondiales et qui s’est imposé grâce à la bêtise arabe… ce voisin que nul voisin ne peut supporter et qui n’est même pas notre voisin… ce voisin donc, le fait pleurer…

« Jusqu’à quand nos frères palestiniens vont ils vivre sans abris
Jusqu’à quand nos frères arabes vont ils vivre dans la peur de cet ennemi…
Je ne comprends pas termine t il… et je ne peux que pleurer ! »

La presse libanaise n’est pas la seule à laisser parler sa colère ce matin…. alors que comme le titre le quotidien israélien
c’est auréolé de victoire et d’applaudissements du congrès américain que le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu va revenir en Israël… il a choisit la manière forte… s’opposer à Barak Obama
sans concession… commente le Temps en Suisse… le premier ministre israélien a défendu sa position intransigeante du règlement du conflit israélo palestinien… voilà une nouvelle fois rejetés les pourparlers avec les palestiniens, qui s’appuieraient sur les frontières de 1967… Comme ce qu’avait pourtant proposé Barak Obama la semaine dernière

Ce n’était que donc que du vent !… s’énerve le Quotidien d’Oran en Algérie ce matin
l’avancée purement rhétorique de Barak Obama sur un État Palestinien fondé sur les frontières de 1967 a été gommée d’un coup… la faute au premier ministre israélien ?… même pas… commente le quotidien algérien… et pour le cas où vous seriez encore sous le charme de la rhétorique alambiquée de Barak Obama… il est temps d’ouvrir les yeux aujourd’hui … ce qu’a vraiment dit Barak Obama devant l’Aipac, le principal lobby pro israélien américain… et malgré l’expression si symbolique de « frontières de 1967 » c’est que les palestiniens devaient prendre en compte les « nouvelles réalités », comprenez les colonies de peuplement israélien… pas fou le Barak… il a une élection en vue !
mais je vous comprends… continue l’éditorialiste algérien…on est à chaque fois surpris de constater à quel point l’administration américaine a peu d’estime pour l’intelligence des opinions arabes et singulièrement pour celles de cette jeunesse arabe en révolte contre les vassalités locales.

Revue de presse internationale

Obama à Israël : « Prenez tout ce que vous voulez ! »

En 2008, Barack Obama, alors candidat démocrate à la présidentielle, cédait devant les électeurs pro-israéliens et devant Israël en promettant dans un discours adressé à l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC), que Jérusalem serait pour toujours « la capitale indivisible d’Israël. »

Trois ans plus tard, Obama est à nouveau en pré-campagne électorale en vue d’améliorer ses chances de réélection en 2012. Dans le cadre de cette campagne, il a fait quelques timides tentatives pour relancer un « processus de paix » au point mort, mais selon les conditions d’Israël.

Dans son dernier discours adressé à l’AIPAC, Obama a fait acte de complète allégeance à Israël en réaffirmant le soutien de l’Amérique aux objectifs politiques et sécuritaires d’Israël. Son discours a nié le droit des Palestiniens à déclarer l’existence de leur nation et il a même promis de bloquer tous les efforts de Palestiniens pour faire valoir leurs droits auprès des organisations internationales.

Obama a évoqué du bout des lèvres « l’autodétermination » pour les Palestiniens mais ce n’est rien de plus que de la rhétorique vide de sens – alors qu’il a clairement laissé entendre que les intérêts israéliens, en particulier ses intérêts sécuritaires, demeureront la priorité de la politique étrangère américaine dans la région.

Il a mécaniquement répété son engagement à la vision d’une solution à deux États – l’établissement d’un État palestinien aux côtés d’Israël. Toutefois, comme on pouvait s’y attendre, il subordonne la question des frontières et des conditions de création d’un tel État aux « intérêts de sécurité » d’Israël.

Qu’il ait évoqué la reprise de négociations de paix sur la base des frontières de 1967 (également connues sous le nom de « Ligne verte ») ne signifie ni un retrait israélien complet des territoires occupés, ni la création d’un État palestinien souverain sur l’ensemble des terres à l’intérieur de cette « Ligne verte », dont Jérusalem-Est.

Il y a une différence significative dans le « jargon » des négociations, et même dans le langage juridique, entre évoquer la création d’un État palestinien « basé sur » les frontières de 1967 et dire qu’un tel État « sera établi sur » les frontières de 1967.

La première expression laisse beaucoup de marge à Israël pour continuer d’occuper et même d’annexer de vastes blocs de colonies (et peut-être même la totalité de toutes les colonies israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, toutes illégales au regard du droit international) pour « des raisons de sécurité. »

Info-Palestine

USA-Israël – De l'alliance à la symbiose

Les liens stratégiques privilégiés qui existent entre l’État d’Israël et les États Unis d’Amérique sont un élément essentiel de la réalité politique au Proche Orient, et aucune analyse sérieuse des événements politiques qui s’y déroulent ne peut faire l’impasse sur les implications, à court et a long terme, de cette relation très particulière. Ceci dit, la nature de ces liens est souvent sujette à de graves mécompréhensions. Pour certains, Israël ne serait que le bras arme de l’impérialisme américain au Proche Orient, comme l’a été, par exemple, le Sud Vietnam dans les années soixante et soixante-dix, une espèce d’État-marionnette qui reçoit directement ses ordres du Département d’État et de la CIA. D’autres analystes considèrent, à l’inverse, qu’a travers ses puissants lobbys, État hébreu manipulerait la politique extérieure états-unienne en fonction de ses intérêts propres. C’est la thèse défendue, entre autres, par les professeurs américains John Marsheimer et Steven Walt. En fait ces sont toutes les deux des thèses réductrices : Israël n’est pas plus une marionnette des États-unis que ces derniers une marionnette manipulée par lobbys sionistes. Ce dont il est question, c’est d’une alliance entre deux pays allies, l’un, les USA, étant certes plus puissant que l’autre.

Une alliance forgée dans les années soixante

Cette alliance stratégique entre Israël et les États-unis n’a pas toujours existé, loin s’en faut. Elle date des années soixante, et en particulier d’après la guerre dite des six jours. Auparavant, c’était la France qui jouait le rôle d’allié stratégique et qui, entre autres, avait donné a Israël son premier réacteur nucléaire. On se souvient de la collaboration franco-israélienne dans la guerre du Sinaï et l’opération de Suez et de cette époque où l’ambassadeur de France en Israël avait son siège aux réunions du gouvernement israélien et où un petit politicard nommé Shimon Peres faisait des allers-retours fréquents entre Tel Aviv et Paris, essentiellement pour procurer des armes à l’État Hébreu. La venue au pouvoir de Charles de Gaulle et la nouvelle politique arabe de la France d’une part, et la décision états-unienne de jouer un rôle politique plus important au Proche Orient afin d’y asseoir son hégémonie politique et économique de l’autre, allaient sceller une nouvelle ère dans les relations entre Washington et Tel Aviv. Rapidement les F16 allaient remplacer les Mirages et le M16 les fusils d’assaut français, et une série d’accords stratégiques vont être signés entre Golda Meir et Lindon Johnson. Les nouvelles relations ne se limitent pas au militaire : Israël, qui a cette époque n’avait pas encore perdu son image d’ «État-pionnier», sert, dans le contexte de la guerre froide, de relais dans les pays – d’Afrique sub-saharienne en particulier – ayant accédé a l’indépendance et qui ne sont pas prêts à se lier a la puissance impérialiste américaine. L’État hébreu sert aussi à vendre des armes et à envoyer des conseillers militaires dans certains pays d’Amérique Latine où les États-unis ne peuvent pas intervenir directement. Avec la venue des néo-conservateurs au pouvoir, la nature des relations entre Washington et Tel Aviv va encore changer.

Symbiose : suite et fin ?

Il ne s’agit plus cette fois uniquement d’une alliance politico-militaire, mais d’une véritable symbiose. Car la stratégie de guerre globale-permanente-et-préventive (GGPP) qui est la trame de la politique de Georges W. Bush a été élaborée par des think-tanks où stratèges israéliens et états-uniens ont réfléchi et travaillé la main dans la main. En politique extérieure, tout ce qui se fait à Washington est immédiatement communiqué au gouvernement israélien et vice versa. Sans parler de la coopération sur le terrain, comme par exemple, en Colombie. La fin de l’administration néo-conservatrice à Washington va-t-elle changer la donne ? S’il ne fait pas de doute que Barack Obama a une conception différente de celle de ses prédécesseurs en ce qui concerne la politique extérieure US, c’est avant tout parce que la stratégie néo-conservatrice s’est soldée par des fiascos mémorables : l’Irak, l’Afghanistan, le Liban ont tous été des échecs et les États-unis sont aujourd’hui sur la scène internationale plus faibles qu’il y a deux décennies. Ce qui signifie qu’il faut en finir avec la stratégie de la GGPP, pour la remplacer par une politique plus intelligente et parfois moins brutale mais dans un but qui reste le même – asseoir l’hégémonie US à travers le monde, surtout à un moment où de nouvelles puissances sont en train de gagner du terrain (Chine, Inde, Russie). L’ironie de l’histoire est qu’au moment où l’électeur américain se débarrassait de l’administration néo-conservatrice, les Israéliens élisaient Benyamin Netanyahou, cheville ouvrière de la stratégie néo-conservatrice et prédicateur numéro un de la «guerre contre le terrorisme». C’est ce qui explique que les relations entre Washington et Tel Aviv ne sont pas aussi harmonieuses qu’auparavant, même s’il n’est évidemment pas question de mettre fin à l’alliance stratégique entre les deux pays. Pour Netanyahou, l’administration Obama est un accident de parcours qui s’achèvera dans quatre ans, alors que pour ce dernier, Netanyahou est l’homme d’une stratégie qui a échoué. Derrière les sourires et les déclarations d’amitié, ce n’est plus la symbiose qui avait caractérisé les relations bilatérales à l’époque de Georges W. Bush, et le discours du Caire a fait transpirer nombre de politiciens israéliens qui y ont vu un tournant stratégique dans la politique extérieure états-unienne.

The times they are changin’

Mais à Tel Aviv, on ne se contente pas d’attendre et nombreux sont ceux qui voudraient forcer la main des États-unis, en utilisant une provocation militaire, non pas contre l’Iran – ce serait trop risqué – mais contre des adversaires plus faible, le Liban ou, une fois de plus, Gaza. Jusqu’à présent, l’administration Obama a réussi à calmer le jeu et à plusieurs occasions Obama a dit à Israël «ne me faites pas de (mauvaise) surprise». Le message, pour être entendu quatre sur quatre à Tel Aviv se doit être beaucoup plus ferme que cela, et des menaces sont nécessaires, avec des sanctions à la clef. Difficile d’y croire. Le monde est en train de changer, et tôt ou tard le Moyen Orient aussi. De nouvelles puissances sont entrées dans le jeu stratégique, ce qui doit pousser Washington a réadapter sa politique régionale. Israël ne le veut en aucun cas, et la question qui se pose avec acuité est : combien de temps encore la queue fera bouger le chien ?

3 mars 2010
Michel WARSCHAWSKI
CIRPES

Lire aussi :
Dossier documentaire & Bibliographie Résistance Palestine/Israël, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Sionisme, Monde en Question.

Lobbying pro-israélien

En France, il existe des groupes de pression, principalement d’intérêts économiques, qui agissent ouvertement ou en coulisse. On l’a vu récemment à propos de la grippe A(H1N1). Certains « experts » auprès du gouvernement, en fait des taupes de l’industrie pharmaceutique, ont rendu-compte d’une interprétation fallacieuse des données épidémiques pour forcer la décision d’achat d’un vaccin d’efficacité non démontrée.

Aux États-Unis, les lobbies sont beaucoup plus puissants et arrogants car fondés sur l’alliance de l’argent et de la politique. Cette pratique fait partie de la culture politique américaine car elle a été imposé par les barons de l’industrie pour écarter le peuple du pouvoir et tuer dans l’œuf le spectre du socialisme [1]. Ainsi, la sélection et l’élection d’un candidat à la Présidence dépend pour beaucoup de l’appui financier des lobbies. Ce qui s’apparente à une corruption légale.

Le nombre d’agences de lobbyistes répertoriées à Washington a plus que doublé depuis 2000, passant de 16.000 à 34.000 environ en 2005.
L’argent dépensé par les entreprises et les groupes de pression pour défendre leurs causes au Congrès des États-Unis d’Amérique et auprès de l’administration est passé de 1,6 milliard de dollars en 2000 à 2,1 milliards de dollars en 2004.

Ainsi, l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) est un lobby dont le but est de garantir le soutien inconditionnel des États-Unis à Israël. Proche de la droite et de l’extrême droite israélienne, ce lobby, fort 100.000 membres, invite chaque année les membres du Congrès à un grand dîner de gala. En cette année, deux tiers des sénateurs étaient présents et la moitié du Congrès. Ce qui illustre le niveau d’influence de cette organisation et de corruption des députés et des sénateurs.

En France, le CRIF s’est donné le même but et les mêmes méthodes, mais n’a pas encore la même influence car la loi ne le permet pas… jusqu’à aujourd’hui.
Imaginez un groupe qui ferait pression sur les députés et les sénateurs afin qu’ils soutiennent inconditionnellement l’Arabie saoudite par exemple. Impensable ! C’est pourtant ce que fait l’AIPAC aux États-Unis et le CRIF en France en faveur de l’État d’Israël.

Il est clair que, depuis quinze jours, le gouvernement israélien tente de faire pression directement et indirectement sur le gouvernement américain afin qu’il accepte son nouveau coup de force contre le droit international. Le moment est bien choisi car Barack Obama, très impliqué et en difficulté dans le projet de réforme de la santé, semble avoir renoncé, face aux pressions du lobby pro-israélien, à ses ambitions initiales d’une solution à deux États pour régler le conflit israélo-palestinien.

Alors que s’ouvrait, le dimanche 21 mars, le congrès annuel de l’AIPAC, Barack Obama a obtenu le vote sur le dossier clé de l’assurance-santé. Cette victoire « a démontré qu’un président qui a un but, adopte un plan de bataille et s’y tient, n’est pas facile à mettre en défaut », souligne le Los Angeles Times. En sera-t-il de même sur le dossier de la Palestine ?

C’est peu probable. Mais les temps changent. Ainsi J Street, organisation qui soutient Israël mais critique le gouvernement israélien, a publié une pleine page dans The New York Times en citant même le rapport du General David Petraeus.

IT’S TIME

Friendship between Israel and the United States is based on common interests and shared values. Friendship demands respect for each other’s needs. And, sometimes, friendship means telling hard truths – particularly if we’re going to end the Israeli-Palestinian conflict through a two-state solution.

For the U.S., it’s a matter of national security. So says the commander of American forces in the region, General David Petraeus.

For Israel, it’s existential – the only way Israel can remain both Jewish and democratic. So says its Defense Minister Ehud Barak.

This is no time for a business-as-usual peace process – no time for politics as usual.It’s time for the Obama administration to seize the opportunity for bold leadership – putting concrete plans for a two-state solution on the table with the sustained commitment of the United States behind them.

It’s time for the Palestinians to end incitement to violence.

It’s time for Israel to stop allowing extremist settlers and their sympathizers to endanger not only the friendship of the United States, but also the very future of Israel.

Time is running out.

22/03/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Lire aussi :
• 23/03/2006, John Mearsheimer and Stephen Walt, The Israel Lobby, London Review of Books traduit par ISM.
• Mars 2006, John Mearsheimer and Stephen Walt, The Israel Lobby and U.S. Foreign Policy, HarvardSocial Science.
• MEARSHEIMER John J., WALT Stephen M., Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine, La Découverte, 2007 et 2009 [ExtraitsAlternatives InternationalArab Commission for Human RightsReSPUBLICAConfluences MéditerranéeContreInfoIl Manifesto – EuroPalestineL’HarmattanLa République des LettresInfo-PalestineLa vie des idéesLibérationObjectif-info*Rue89*Scripto].

Depuis plusieurs décennies, la pièce maîtresse de la politique moyen-orientale des États-Unis a été sa relation avec Israël. Les États-Unis viennent à la rescousse d’Israël en temps de guerre et prennent son parti dans les négociations de paix. De fait, entre 1972 et 2006, Washington a mis son veto à 42 résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU critiquant la politique israélienne. Et, chaque année, Israël continue de recevoir trois milliards de dollars d’aide américaine – un sixième de l’aide étrangère des États-Unis. Pourquoi les États-Unis fournissent-ils un soutien matériel et diplomatique aussi considérable et aussi constant à Israël ? Telle est la question à laquelle entendent répondre John J. Mearsheimer et Stephen M. Walt, deux universitaires américains réputés. Ils démontrent, dans ce livre extrêmement documenté, que ce soutien ne peut s’expliquer par des intérêts stratégiques communs ni par des impératifs moraux, mais qu’il est surtout dû à l’influence politique d’un lobby qui travaille activement à l’orientation de la politique étrangère américaine dans un sens pro-israélien. Même si elles sont loin de faire l’unanimité parmi les Juifs américains, les organisations du lobby pro-israélien exercent des pressions redoutablement efficaces sur le Congrès, les présidents et leur administration et ont une influence considérable sur l’université et les médias. Le lobby pro-israélien a ainsi joué un rôle clé dans la politique américaine au Moyen-Orient sous l’administration Bush au nom de la « lutte contre le terrorisme », comme en témoignent la désastreuse invasion de l’Irak, la confrontation avec l’Iran et la Syrie, ainsi que la guerre au Liban de juillet 2006. John J. Mearsheimer et Stephen M. Walt montrent que cette politique n’était ni dans l’intérêt national des États-Unis ni dans celui d’Israël sur le long terme.

• SIEFFERT Denis et DRAY Joss, La guerre israélienne de l’information – Désinformation et fausse symétrie dans le conflit israélo-palestinien, La Découverte, 2002 [AcrimedLe Monde diplomatiqueLà-bas si j’y suisPériphériesPolitis].

La guerre, avant d’être une affaire militaire, est une affaire de mots. Ils ont joué un rôle majeur dans l’offensive déclenchée, le 28 février 2002, par l’armée israélienne contre les villes palestiniennes. On sait à quel point, à cette occasion, elle a placé l’information sous contrôle. Mais on sait moins que l’offensive a été préparée par un long travail de délégitimation de l’Autorité palestinienne. Cette entreprise de désinformation commence dès le lendemain de la négociation de Camp David II, en juillet 2000 : le «refus» de Yasser Arafat d’accepter la «généreuse» proposition israélienne de restitution de «97 %» des territoires occupés va devenir une vérité acceptée par l’ensemble de l’opinion internationale. Or, comme le démontrent les auteurs de ce livre, il s’agit d’un pur mensonge, suivis de bien d’autres. Pourquoi ont-ils pu être aussi largement repris par la presse mondiale, et française en particulier ? Pour répondre à cette question, les auteurs ont décrypté la presse écrite et audiovisuelle, révélant comment, au même moment, les mêmes réécritures de l’histoire ou de l’actualité immédiate apparaissent dans la plupart des médias. Et en les confrontant aux témoignages de Palestiniens qu’ils ont recueillis, ils montrent à quel point le souci d’une prétendue objectivité peut devenir un obstacle à la vérité. Loin de tout parti pris militant, ce livre salutaire est aussi un appel à la responsabilité de ceux qui manient la parole publique, pour leur rappeler que les mots et les images peuvent tuer.

• SIEFFERT Denis, La nouvelle guerre médiatique israélienne, La Découverte, 2009 [Introduction].

L’opération de l’armée israélienne à Gaza, fin 2008-début 2009, a causé la mort de plus de 1300 Palestiniens, dont une grande majorité de civils et près de 300 enfants. Quel conditionnement a conduit la société israélienne à accepter de tels massacres ? Quelle perception du conflit la presse internationale, notamment française, a-t-elle contribué à diffuser, dans un contexte où l’accès à la bande de Gaza fut interdit aux journalistes pendant les vingt-deux jours de bombardements ? Denis Sieffert montre qu’un long travail a été accompli sur l’opinion israélienne et internationale pour « déshumaniser » les Palestiniens de Gaza : les mensonges sur la responsabilité dans la rupture de la trêve, la « dépolitisation » du Hamas, réduit à un mouvement terroriste, et l’occultation délibérée des effets économiques, sanitaires et humains du blocus imposé par Israël à la population de Gaza ont créé les conditions d’une nouvelle guerre médiatique, inséparable de la stratégie politico-militaire d’Israël. Ce livre reconstitue minutieusement la chronologie des événements, et il rétablit des liens de cause à effet renversés par la propagande. Il décrypte aussi les formes, souvent très subtiles, par lesquelles cette désinformation a circulé – et continue de circuler – dans les médias français.

• American Israel Public Affairs Committee, Wikipédia.
• J Street Political Action Committee, Wikipédia.
Dossier documentaire & Bibliographie Sionisme, Monde en Question.


[1] Lire notamment :
• ZINN Howard, Une Histoire populaire des États-Unis de 1492 à nos jours, Agone, 2002 [BiblioMonde].
• ZINN Howard, « Nous, le peuple des États-Unis … » – Essais sur la liberté d’expression et l’anticommunisme, le gouvernement représentatif et la justice économique, les guerres justes, la violence et la nature humaine, Agone, 2004 [BiblioMonde].

Analyse et réactions au discours de Obama

Traduction réalisée selon la transcription du discours que Barack Obama a prononcé le 4 juin 2009 à l’université du Caire (Égypte), Un nouveau départ.

1. Critique de l’expression monde arabo-musulman.
2. Critique de l’expression monde musulman.
3. Critique de la thèse du choc des civilisations.
4. Analyse du discours de Barack Obama.
5. Revue de presse mise à jour le 12/06/2009.
6. Réactions d’Israéliens contre la colonisation de la Palestine.

Lire aussi :
• Articles de l’agence de presse chinoise, Xinhua.
• Articles de l’agence de presse russe, RIA Novosti.
• Articles du quotidien israélien, Ha’aretz.
• 02/06/2009, David P. Goldman, Wrong venue for Obama’s Muslim speech, Asia Times Online.
Une excellente critique de l’adresse de Barack Obama aux musulmans.
• 04/06/2009, Noam Chomsky, Les omissions éloquentes du discours d’Obama au Caire, CCIPPP selon AlterNet.
• 05/06/2009, Pierre Rousselin, Israël et Obama après le discours du Caire, Le Figaro.
Une analyse du point de vue d’Israël.
• 06/06/2009, Bernard Guetta, Obama et le commencement par le Verbe, Le Temps.
Un exemple parmi beaucoup d’autres de la logique du choc des civilisations.
• 07/06/2009, Alain Gresh, Quelques réactions au discours d’Obama au Caire, Les blogs du Diplo.
Alain Gresh résume les événements qui vont marquer la première quinzaine du mois de juin au Proche-Orient sans faire aucune analyse des changements en cours qui bouleversent ses convictions d’une solution à deux États, solution utopique après la dernière guerre israélienne à Gaza.
• 09/06/2009, Thierry Meyssan, Obama et les arrières-pensées de la main tendue aux musulmans, Voltaire.
Une des rares analyses de la totalité du discours de Barack Obama.

Réactions au discours de Obama

Le discours de Barack Obama analysé par des Israéliens contre la colonisation de la Palestine :

• Uri AVNERY
– 04/06/2009, Obama and Israel’s true interests, MWC News.
– 09/06/2009, The Tone and the Music, Gush ShalomDaily TimesContreInfo.

• Zvi BAR’EL
– 07/06/2009, The power of humility, Ha’aretz.
– 09/06/2009, Egypt, Saudis threaten to rescind Arab peace plan, Ha’aretz.
– 12/06/2009, Week in review/ after Cairo, The National Newspaper

In Haaretz, Zvi Bar’el said: « Obama is a political philosopher who seeks to forge a new constitution of international politics that can replace the old paradigm, which drew a line separating Islam from the West. The old paradigm also built the temples of Orientalism, where the Middle East was researched as a holding area of natives, which attributed wisdom to the West and backwardness to ‘Islam,’ and juxtaposed a West of diplomatic finesse and honest handshakes with an Islam of fraud and violence.
Obama, as he explained in a press interview, removed the masks in Cairo. No one is absolutely right and there are no clear villains. There are no good and bad religions. »

• Akiva ELDAR
– 04/06/2009, Obama put Arabs and Israel on an equal footing, Ha’aretz.
– 05/06/2009, Obama’s Cairo speech signals end of the 9/11 era, Ha’aretz.
– 12/06/2009, Obama’s Cairo’s speech: A compilation of views, Webdiary

Obama left Egypt with two tablets of the commandments – one for Jews and the other for Muslims. He left no room for doubt: An Israel that continues to discriminate against Palestinians and prevent them from exercising their rights to self-determination and freedom of movement cannot expect affirmative action from the US.
Obama placed violence against Israel on a par with the settlements and the humiliation of Palestinians in the territories. He spoke in the same breath about the struggle of Palestinians who lost their homes more than 60 years ago and the struggle of African slaves in the U.S. The Israelis could see themselves in the sentence that mentioned the apartheid state of South Africa.

• Gideon LEVY
– 05/06/2009, Future of Mideast is a domestic American issue, Ha’aretz.
– 05/06/2009, Obama emerged in Cairo as a true friend of Israel, Ha’aretz.
– 05/06/2009, Obama est un véritable ami d’Israël, AgoraVox selon Ha’aretz.
– 11/06/2009, Meanwhile, back in Israel, Ha’aretz.

• Tom SEGEV
 – 07/06/2009, Obama’s Buchenwald visit seen as balance to Cairo speech, Ha’aretz.

Lire aussi :
• Revue de presse (mise à jour le 12/06/2009), Monde en Question.
• Dossier Résistance à la colonisation de la Palestine
• Bibliographie Palestine/Israël

Lettre du Hamas à Obama

A son Excellence le Président Barack Obama
Président des Etats-Unis d’Amérique

3 juin 2009

Cher Monsieur le Président,

Nous nous réjouissons de votre visite dans le monde arabe et l’initiative prise par votre administration pour combler les différents avec le monde arabo-musulman [1].

Une des plus anciennes sources de tension entre les États-Unis et cette partie du monde a été l’incapacité à résoudre le conflit israélo-palestinien.

Il est donc regrettable que vous ne puissiez pas visiter la bande de Gaza au cours de votre voyage au Moyen-Orient, et que ni vous, ni le secrétaire d’État George Mitchell ne soient venus pour entendre notre point de vue.

Nous avons reçu récemment de nombreuses visites de personnes de milieux très variés : des représentants du Congrès américain, des parlementaires européens, la commission Goldstone appointée par les Nations Unies, et des délégations sur le terrain telles que celles organisées par le groupe pacifiste américain Codepink.

Il est essentiel pour vous de visiter la bande de Gaza.

Nous avons récemment subi une brutale attaque israélienne de 22 jours. Amnesty International a fait observer que tous les morts ainsi que les destructions subis par Gaza au cours de l’invasion ne se seraient pas produits sans les armes fournies par les Etats-Unis et l’argent de ses contribuables.

Human Rights Watch a établi que le phosphore blanc qu’Israël a répandu sur une école, un hôpital, un entrepôt des Nations Unies, et des quartiers civils dans la bande de Gaza a été fabriqué aux États-Unis. Human Rights Watch en a conclu que l’utilisation par Israël de ce phosphore blanc était un crime de guerre.

Ne devriez-vous pas venir voir par vous-même comment Israël a utilisé vos armes et à quoi il a dépensé votre argent ?

Avant de devenir président vous avez été un éminent professeur de droit. Le gouvernement américain a également dit qu’il voulait favoriser la primauté du droit dans le monde arabo-musulman.

La Cour internationale de Justice a statué en Juillet 2004 que l’ensemble de la Cisjordanie, Gaza et Jérusalem-Est étaient des territoires palestiniens occupés et destinés à l’autodétermination palestinienne, et que les colonies de peuplement juives dans les territoires palestiniens occupés étaient illégales.

Pas un seul des 15 juges de la plus haute instance judiciaire dans le monde n’a divergé de ces principes.

Les principales organisations de défense des droits de l’homme dans le monde, Amnesty International et Human Rights Watch, ont publié des documents prenant position en faveur du droit des réfugiés palestiniens au retour et à l’indemnisation.

Chaque année, l’ Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies, presque tous les pays du monde souteniennent ces principes afin de résoudre le conflit israélo-palestinien. Chaque année, la Ligue arabe renouvelle une proposition de paix sur la base de ces principes pour résoudre le conflit israélo-palestinien.

Les principales organisations de défense des droits de l’homme comme Human Rights Watch ont également déclaré que le siège israélien contre Gaza est une forme de punition collective et est donc illégal en vertu du droit international.

Nous, le gouvernement du Hamas, sommes engagés à rechercher une solution juste au conflit et qui ne soit pas en contradiction avec la communauté internationale et l’opinion éclairée exprimée par la Cour internationale de Justice, l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies et les organisations des droits de l’homme. Nous sommes prêts à engager toutes les parties sur la base du respect mutuel et sans conditions préalables.

Toutefois, notre engagement a besoin d’assister à un changement de paradigme qui ne commence pas seulement avec la levée du siège sur la bande de Gaza et la fin de toute construction et expansion de colonies, mais qui développe une politique d’équité basée sur la loi et les normes internationales vis à vis desquelles nous sommes engagés.

Encore une fois, nous vous souhaitons la bienvenue à Gaza, ce qui vous permettrait de constater par vous-même notre retour au point zéro [« ground zero »]. En outre, cela renforcerait la position des États-Unis et vous permettrait de vous exprimer avec une nouvelle crédibilité et une nouvelle autorité face à toutes les parties.

Très sincèrement votre,
Dr. Ahmed Yousef
Adjoint au Ministère des Affaires étrangères Ancien conseiller politique auprès du Premier ministre Ismaël Hanniya

Publié par Info-Palestine selon Institute for Public Accuracy.


[1] Quand les médias dominants reprennent à leur compte les expressions monde musulman ou monde arabo-musulman se rendent-ils comptent qu’ils font le jeu des mouvements politico-religieux panislamiques ?

Analyse du discours de Obama

Après avoir critiqué les mots monde arabo-musulman et monde musulman, que les commentateurs se plaisent à mettre abusivement dans la bouche de Barack Obama, et le paradigme du choc des civilisations, qui constitue la trame de son discours, cet article fait l’analyse politique de son contenu.

La traduction de référence du discours de Barack Obama fut réalisée selon la transcription publiée par America.gov.

Plan du discours de Barack Obama :

Introduction
1. L’extrémisme violent sous toutes ses formes
2. La situation entre les Israéliens, les Palestiniens et le monde arabe
3. Droits et responsabilités des États concernant les armes nucléaires
4. La démocratie
5. La liberté de religion
6. Les droits des femmes
7. Le développement et les opportunités économiques
Conclusion

Analyse statistique du discours de Barack Obama :

Introduction

L’introduction est particulièrement longue, la première quantitativement (26,82%), et elle contient le plus grand nombre d’occurrences liées à la religion (35,20%).
Barack Obama parle abondamment des «musulmans» (38,30%) et de l’«islam» (65,22%) en termes positifs car il souhaite réduire la «tension entre les États-Unis et les musulmans du monde entier». Il va plus loin en disant que «les tensions ont été nourries par le colonialisme» et par la «guerre froide qui s’est trop souvent déroulée par acteurs interposés».

Ce discours tourne incontestablement la page de l’idéologie qui soutendait la politique étrangère américaine depuis vingt ans (depuis le mandat de George H. W. Bush) et surtout pendant les huit années du mandat de George W. Bush.

Mais Barack Obama a prêché «un nouveau départ avec les musulmans»… sans expliciter ce que ce changement de doctrine modifiera concrètement. Il entend poursuivre la politique antérieure en Afghanistan et en Irak et il n’avance aucune proposition nouvelle sur la question de la Palestine.

Reconnaître l’erreur tragique du «combat du Bien contre le Mal», en proposant «le respect mutuel» entre «l’Amérique et l’islam», ne suffit pas pour inaugurer une nouvelle politique. Barack Obama, restant acquis au choc des civilisations, propose une paix absurde… aux musulmans parce que les États-Unis n’ont plus les moyens de poursuivre la guerre absurde contre l’islam.

Barack Obama, président de l’Empire en déclin, a réduit les ambitions géopolitiques des États-Unis à son pré-carré au Moyen-Orient et en Afghanistan. Il faut lire aussi son discours en creux en pointant ce qu’il omet de dire pas ou ce qu’il dissimule.

1. L’extrémisme violent sous toutes ses formes

Ce chapitre, le troisième quantitativement (15,36%), n’apporte rien de nouveau sur les objectifs de contrôle militaire et politique de l’Afghanistan et de l’Irak.

Barack Obama évite de prononcer le mot «terrorisme», qui fut le prétexte de la guerre contre l’Afghanistan, mais parle de manière alambiquée «de l’extrémisme violent sous toutes ses formes» en commençant par un mensonge : «l’Amérique n’est pas – et ne sera jamais – en guerre contre l’islam». C’est pourtant bien une croisade que George W. Bush a lancé en 2001.

Sur l’Afghanistan, Barack Obama reprend à son compte l’argumentaire de George W. Bush pour justifier la guerre : «les États-Unis ont donné la chasse à al-Qaïda et aux talibans». Pire encore, il est prêt à étendre la guerre au Pakistan, qui abrite des «éléments extrémistes déterminés à tuer le plus grand nombre possible d’Américains». Mais il ne rappelle pas que les groupes mercenaires se revendiquant de l’islam furent armés, instruits et payés par les États-Unis pour chasser l’armée soviétique de l’Afghanistan [1].

Sur l’Irak, Barack Obama paraît en retrait des objectifs de George W. Bush, mais il assume le choix de son prédécesseur en prétendant que le peuple irakien est «libéré de la tyrannie de Saddam Hussein». Une libération imposée par la destruction des infrastructures économiques, par le bombardement de la population, par l’occupation militaire et la mise en place d’un gouvernement dominé par les religieux chiites et sunnites. Belle exemple de l’imposition de la démocratie par les armes !

Sur Guantánamo, Barack Obama justifie l’usage d’une prison de non-droit au nom de «la peur et la colère [… ] provoquées» par «les événements du 11 Septembre». Argument dérisoire car les attentats du 11 septembre 2001 furent la conséquences de l’instrumentalisation des groupes islamistes en Afghanistan, au Pakistan, au Moyen-Orient et au Maghreb.

2. La situation entre les Israéliens, les Palestiniens et le monde arabe

Cet chapitre, le deuxième quantitativement (17%), n’apporte rien de nouveau sur l’absence de réel engagement des États-Unis pour une solution qui reconnaisse les droits des peuples israélien et palestinien.

Sur Israël, Barack Obama a réaffirmé les «liens solides qui unissent l’Amérique à Israël». Les gouvernements des États-Unis et d’Europe justifient tous les crimes des gouvernements d’Israël pour se faire pardonner d’avoir abandonné les Juifs entre 1933 et 1947.

Il n’a pas évoqué le fait que les gouvernements d’Israël n’ont jamais respecté les résolutions de l’ONU concernant la Palestine depuis 1948. Il n’a pas dit que l’occupation coloniale depuis 1967 était une la violation du droit international. Il n’a rien dit des crimes de guerre commis contre la population palestinienne à Gaza.

Sur la Palestine, Barack Obama a dénié le droit à la résistance du peuple palestinien. Il n’a pas dit un mot sur la violence de l’occupation, dénoncée par de nombreux Israéliens, mais a condamné celle de la résistance. C’est toujours le deux poids, deux mesures.

Il a réitéré le vœu pieux de la création d’un État palestinien. Vœu pieux quand on sait que les gouvernements israéliens ont toujours refusé cette solution en faisant à chaque fois monté les enchères :

Le Premier ministre israélien a répété plusieurs fois que les Palestiniens devaient reconnaître le caractère juif de l’État d’Israël, ce qui pourrait revenir à renoncer à un droit au retour des réfugiés palestiniens et leurs descendants.
Yahoo! Actualités [2]

Vœu pieux quand on sait que les gouvernements américains n’ont jamais usé de leur influence pour faire respecter le plan de partage voté par l’ONU en 1947.

L’analyse statistique révèle l’importance du facteur religieux – troisième en importance (16%) après l’introduction (35,20%) et le chapitre sur la religion (18,40%) – dans l’approche d’Obama de la question israélo-palestinienne. Elle reflète les obsessions religieuses du gouvernement israélien (application de la halakha – code de jurisprudence juive, notamment les lois sur le mariage et le divorce – à tous les Israéliens et reconnaissance du «caractère juif de l’État d’Israël») et celles du Hamas (application de la charia – code de jurisprudence musulmane – à tous les Palestiniens).

3. Droits et responsabilités des États concernant les armes nucléaires

Ce chapitre très court (5,46%) est néanmoins le plus important car il précise le tournant politique des États-Unis au Moyen-Orient, tournant qui impliquent surtout l’Iran et Israël.

C’est en des termes alambiqués que Barack Obama a parlé de l’Iran. En quelques mots, il a effacé trente années de conflits avec la république islamique instituée par l’ayatollah Khomeini. Il a avoué, en passant, que «les États-Unis ont joué un rôle dans le renversement d’un gouvernement iranien démocratiquement élu» [3].

À propos du «Traité de non-prolifération nucléaire», il a souhaité «que tous les pays de la région pourront partager cet objectif». Ce qui implique directement Israël, qui n’a jamais annoncé publiquement posséder l’arme nucléaire et qui n’a pas signé le traité.

Obama ne dit rien sur les autres pays, ceux qui n’ont pas signé le Traité de non-prolifération nucléaire (Inde, Israël et Pakistan) et celui qui s’est retiré (Corée du Nord en janvier 2003).

On voit bien que l’essentiel du discours de Barack Obama concerne le Moyen-Orient et, plus précisément, l’Iran et Israël. Le lien entre la question israélo-palestinienne avec la question nucléaire iranienne a été analysé par Philippe Grasset :

La question de la divergence des « intérêts stratégiques » entre USA et Israël implique que l’administration Obama n’accepte plus la division dramatique et habile que les Israéliens ont toujours fait. D’une part, la question israélo-palestinienne, avec les chicaneries sans fin des implantations, qui est un marais où se perd l’énorme importance de la situation générale du Moyen-Orient avec la question nucléaire iranienne, où Israël peut arguer sans fin et embrouiller le cas dans les arcanes de discussions byzantines, d’où il sortira toujours vainqueur face aux Palestiniens, grâce à la puissance de sa pression et de sa politique brutale. D’autre part la question de l’Iran nucléaire isolée de son contexte, où Israël peut arguer dramatiquement de la « menace existentielle » contre lui, où le sentiment exacerbé et entretenu dans son exacerbation comme l’on sait, écarte la fermeté de la raison. En liant les deux (linkage), on éclaire l’aspect irresponsable et partisan de la politique israélo-palestinienne des implantations et on relative l’argument iranien, aussi bien le soi disant destin tragique d’Israël (« menace existentielle ») que les véritables intentions iraniennes qui sont dégagées des incantations extrémistes. En d’autres mots, on élargit la question de la sécurité d’Israël à la question de la sécurité collective de la région, où est naturellement incluse la question de la sécurité d’Israël.
Dedefensa

4. La démocratie

Ce chapitre court (6,43%) n’apporte rien de nouveau sinon cette phrase «aucun système de gouvernement ne peut ou ne devrait être imposé par un pays à un autre», qui annule la légitimité de la guerre de libération contre l’Irak.

Barack Obama ne dit rien sur les régimes des pays du Moyen-Orient, notamment de l’absence de démocratie des pays soutenus par les États-Unis : Arabie saoudite (monarchie absolue), Bahreïn (monarchie pétrolière), Égypte (Mohammed Hosni Moubarak réélu par référendum depuis 1981), Émirats arabes unis (sept émirs non élus dirigent le Conseil suprême), Jordanie (monarchie constitutionnelle qui légalisa les partis politiques en 1992), Koweït (monarchie pétrolière), Oman (monarchie pétrolière), Qatar (monarchie pétrolière).

5. La liberté de religion

Ce chapitre court (6,22%) apporte une idée nouvelle par rapport à la longue introduction consacrée à la religion en générale et à l’islam en particulier : «il faut aussi mettre fin aux divergences entre les musulmans, car les divisions entre les sunnites et les chiites ont provoqué des violences tragiques.».

Cet appel, venant du président des États-Unis et non d’une autorité religieuse, paraît totalement décalé. Seule la dernière partie est de nature politique : «il faut aussi mettre fin aux divergences entre les musulmans, car les divisions entre les sunnites et les chiites ont provoqué des violences tragiques, tout particulièrement en Irak».

Barack Obama supporte l’absence de démocratie au Moyen-Orient, mais ne supporte pas les divisions religieuses qui ont compliqué l’occupation de l’Irak.

6. Les droits des femmes

Ce chapitre, le plus court (4,22%), fait partie de la novlangue du politiquement correct.

Barack Obama innove pourtant en rappelant ce que la gauche française semble ignorer à savoir que «En Turquie, au Pakistan, au Bangladesh et en Indonésie, nous avons vu des pays à majorité musulmane élire une femme à leur tête, tandis que la lutte pour l’égalité des femmes continue dans beaucoup d’aspects de la vie américaine, et dans les pays du monde entier.»

Quant à la question du voile, qui obséde les médias franco-français, Obama a remis les pendules à l’heure par deux fois :

«il importe que les pays occidentaux évitent d’empêcher les musulmans de pratiquer leur religion comme ils le souhaitent, par exemple, en dictant ce qu’une musulmane devrait porter. En un mot, nous ne pouvons pas déguiser l’hostilité envers la religion sous couvert de libéralisme.»

«Je rejette l’opinion de certains selon laquelle une femme qui choisit de se couvrir la tête est d’une façon ou d’une autre moins égale, mais j’ai la conviction qu’une femme que l’on prive d’éducation est privée d’égalité.»

7. Le développement et les opportunités économiques

Ce chapitre, le quatrième quantitativement (9,75%), fait partie de la novlangue du économiquement correct sur le thème de la mondialisation.

Barack Obama innove pourtant en associant la religion à l’économie. L’occurrence «musulman» est la seconde en importance (21,28%). Il conclue d’ailleurs ce chapitre par cette phrase ahurissante : «Les Américains sont prêts à se joindre aux citoyens et gouvernements, aux organisations communautaires, aux dirigeants religieux et aux entreprises dans les communautés musulmanes du monde entier afin d’aider nos populations à améliorer leur vie.»

Conclusion

La conclusion est plus dense (8,73%) que les chapitres sur l’Iran (5,46%), la démocratie (6,43%), la religion (6,22%) et les femmes (4,22%). Elle vient en quatrième position pour le nombre d’occurrences liées à la religion (10,40%).

Barack Obama conclue logiquement son discours par des citations du Coran («Saint Coran»), du Talmud et de la Bible et par une salutation œcuménique «Je vous remercie et que la paix de Dieu soit avec vous.».

Tous ces trémolos sur le thème « aimons-nous les uns les autres », utilisé par Marie-Ségolène Royal pendant sa campagne à l’élection présidentielle de 2007, masquent l’absence de moyens pour changer l’ordre du monde.

L’Empire n’a plus les moyens de sa politique :

Pour un ensemble tel que le Pentagone, totalement improductif, constamment en état de dépassement de ses prévisions, vivant dans le gaspillage et l’absence complète de maîtrise de ses dépenses budgétaires, bref dans un état d’absence complète de contrôle de soi-même, passer de $634 milliards (chiffre nominal, en réalité destiné à être dépassé si l’on s’en tient aux habitudes établies depuis 2001, où les dépenses de fonctionnement et les dépenses opérationnelles sont mélangées sans contrôle) à $440 milliards en quatre ans signifie des contraintes extraordinaires sur les acquisitions et les processus bureaucratiques. Une telle programmation ne peut être obtenue par de simples mesures de rationalisation et de rentabilisation, de simples décisions de freinage d’équipements voire même d’abandons de programmes, etc. Si une telle programmation doit être tenue, elle supposera inéluctablement des réductions très importantes dans d’autres domaines, essentiellement dans les domaines de l’activité opérationnelle du Pentagone. Cela pose donc la question de savoir si les USA pourront continuer la politique d’engagement outre-mer de leur puissance militaire, qui pèse d’un fardeau considérable sur le budget; certes, poser la question dans les conditions où on le fait, c’est y répondre, et négativement cela va de soi.
Dedefensa

En réduisant les ambitions des États-Unis au Moyen-Orient, Barack Obama a amorcé un tournant politique. Aura-t-il le temps, le soutien du Congrès et surtout celui des Américains (la campagne pour l’élection de 2012 a déjà commencé) ou sera-t-il emporté par la poursuite de la guerre en Afghanistan, par le retrait de l’Irak, par l’inflexibilité des gouvernements israéliens ou iraniens ?

Serge LEFORT
10/06/2009


[1] Sélection bibliographique :
• BIARNÈS Pierre, Pour l’empire du monde – Les Américains aux frontières de la Russie et de la Chine, Ellipses, 2003
• COOLEY John K., CIA et Jihad 1950-2001 – Contre l’URSS, une désastreuse alliance, Frontières, Autrement, 2002.
• FAURE Michel et PASQUIER Sylvaine, Washington-Islamistes Liaisons dangereuses, L’Express, 2001.
[2] Revue de presse :
Au lendemain de son discours historique du Caire, le président américain Barack Obama a appelé vendredi la communauté internationale à redoubler d’efforts en faveur de la création d’un État palestinien au côté d’Israël. « Le moment est maintenant » venu « pour nous d’agir », a-t-il dit à l’issue d’un entretien en privé à Dresde avec Angela Merkel.
[…]
Barack Obama a observé que les États-Unis ne pouvaient pas contraindre les parties au Proche-Orient à la paix.
[…]
Barack Obama a annoncé que l’émissaire spécial pour le Proche-Orient George Mitchell allait retourner dans la région la semaine prochaine, dans le sillage de son discours du Caire, au cours duquel il a appelé les dirigeants israéliens et palestiniens à progresser sur le chemin de la paix.
Yahoo! Actualités
Au premier jour de sa nouvelle mission dans la région, le représentant spécial américain au Moyen-Orient, George Mitchell, a redit le souhait du président Barack Obama de voir la colonisation juive cesser et Israël accepter l’idée d’un État palestinien indépendant.
[…]
George Mitchell doit rencontrer dans la journée Benjamin Netanyahu, auquel le président Barack Obama a réitéré la veille au téléphone certains éléments du discours qu’il a prononcé jeudi au Caire sur le gel des colonies et l’avènement d’un État palestinien, ainsi que « son engagement à garantir la sécurité d’Israël ».
Yahoo! Actualités
Le Premier ministre israélien a répété plusieurs fois que les Palestiniens devaient reconnaître le caractère juif de l’État d’Israël, ce qui pourrait revenir à renoncer à un droit au retour des réfugiés palestiniens et leurs descendants.
[…]
Barack Obama presse Israël d’arrêter les constructions dans les implantations juives de Cisjordanie et relancer les pourparlers de paix en soutenant la création d’un État palestinien, ce que Benyamin Nétanyahou s’est abstenu jusqu’ici de faire.
[…]
Ces jours-ci, les éditorialistes israéliens annoncent que Nétanyahou va droit au clash avec Washington, citant des conseillers anonymes du Premier ministre qui disent penser que Barack Obama veut la tête de leur patron.
Yahoo! Actualités
George Mitchell a précisé que Washington était en quête d' »une paix régionale globale qui n’implique pas seulement Israël et les Palestiniens, mais aussi les Syriens, les Libanais et tous les pays environnants [Iran] ».
Yahoo! Actualités
[3] Lire l’analyse de Philippe Grasset : Obama et la chute de Mossadegh en 1953, Dedefensa.

Les crises accélèrent l'Histoire

Les occasions sont rares (mais de moins en moins, après tout…) où l’on peut voir simultanément les événements se presser sur des fronts différents, en une occurrence qui semble être l’Histoire même en train de se faire. Un jour comme ce 9 janvier 2009, avec les nouvelles qui sont publiées, ressemble à une telle occasion, illustrant d’ailleurs une période d’une intensité extraordinaire […]

Aujourd’hui, 9 janvier 2009, on voit donc l’accélération des événements sur trois fronts différents, dont on sait pourtant qu’ils sont liés entre eux par une extraordinaire intensité et par un rythme insensé des événements qui les caractérisent.

• La crise de Gaza entre dans une phase chaotique, entre les événements sur le terrain et les événements autour des événements sur le terrain. Le constat du jour est que les USA se trouvent dans l’obligation d’accepter une certaine implication à laquelle ils se sont refusés jusqu’ici. Par conséquent, leur “action” est indirecte, fragmentée, faite de réactions officielles improvisées ou d’informations officieuses pressantes. Le vote du Conseil de Sécurité de l’ONU demandant un cessez-le-feu à Gaza, par 14 voix et l’abstention des USA est une illustration de cette situation. […]

• Parallèlement, le Guardian annonce tenir de bonnes sources que l’administration Obama devrait entreprendre des contacts avec le Hamas à un niveau moyen, chose jusqu’ici absolument proscrite de la politique US. D’une façon très caractéristique, le processus est décrit comme devant se faire selon des normes l’apparentant à un “processus secret”, mais il est annoncé, par l’intermédiaire du Guardian, avec un luxe de détails et de précisions qui fait s’interroger sur la signification du “secret” en question. Les causes avancées concernent autant une volonté de tenter de débloquer la situation que celle de faire rentrer les USA dans une crise dont ils ont été complètement absents.

• Mais il y a sans doute, ou bien évidemment, une autre raison dans cette évolution US. Il s’agit de la situation aux USA, qu’Obama et ses conseillers jugent de plus en plus dramatique, et qui nécessite une mobilisation extrême. Cette mobilisation passe par la nécessité de tenter de contenir les crises extérieures trop pressantes, notamment celle de Gaza ; et l’équation actuelle, notamment les positions internationales de plus en plus affirmées de malaise ou d’hostilité devant l’action d’Israël, implique éventuellement les ouvertures qu’on a vues. Quoi qu’il en soit, il y a aussi, aux USA, dans l’évaluation qu’on fait de la crise économique, une accélération et une dramatisation sans précédent. Obama parle désormais d’une “catastrophe économique” si des décisions ne sont pas prises dans les semaines qui viennent, voire dans les jours qui suivront son inauguration. L’atmosphère commence à ressembler effectivement à celle de l’inauguration de FDR le 5 mars 1933.

• La “crise du gaz” en Europe, entre l’Ukraine et la Russie avec des effets directs extrêmement sévères en Europe devient, elle aussi, dramatique et pressante, quelles qu’en soient les orientations. La Russie et l’Ukraine étant en désaccord commercial, le gaz russe vers l’Europe passant notamment par l’Ukraine, la Russie accusant l’Ukraine de prélever du gaz pour elle-même alors que la Russie ne veut plus lui en livrer, – tout cela a conduit à la décision russe de couper tous leurs envois à et par l’Ukraine (dont ceux pour l’Europe). Il fait froid et nombre de pays européens sont en difficultés. La Commission européenne va envoyer des observateurs en Ukraine (avec l’accord des Russes) pour enquêter sur la situation et déterminer les responsabilités. L’OTAN se réunit et annonce qu’il faut faire quelque chose, qu’elle va faire quelque chose…

On bouche les voies d’eau comme on peut

[…] Tous ces événements (Gaza, Obama, le gaz russe) pourraient être perçus comme n’ayant guère de liens directs entre eux, sauf qu’ils ont l’essentiel en commun, qui est le rythme justement, qui nous est imposé. On peut s’acharner à tenter de comprendre ces crises, c’est-à-dire les causes profondes, les intentions cachées, les manigances ; y arriverait-on, grâce à notre imagination prolixe pour trouver des plans et des manigances diverses, qu’on n’y aurait encore rien compris du tout. Ce qu’il importe de saisir et de mesurer, c’est le rythme des choses, qui passe par ce qui est commun à toutes ces crises, qui est la déstabilisation générale et commune, intervenue avec les événements de l’automne 2008, de situations diverses déjà très déstabilisées elles-mêmes. A ce moment-là, seulement, touche-t-on la substance de la chose, qui fait que ces crises sont différentes de ce qu’elles sont en général, – disons “de ce qu’elles sont d’habitude”, si ce terme d’“habitude” n’était un peu contradictoire avec ce qu’est une crise en général.

C’est pourtant le cas. La “turbo-crise” rend toutes les autres crises, les crises sectorielles, régionales, etc., complètement inhabituelles. Pour cette raison, il est vain de vouloir les comprendre pour ce qu’elles sont d’habitude, avec le risque en plus de partir sur des chemins de traverse passant par les spéculations si tentantes pour l’esprit à propos des manigances, des manœuvres secrètes, des plans mystérieux et grandioses qui ne se réalisent jamais là où on les attend, etc. Si les USA font ce qui semble être des concessions par rapport à leur politique rigide pro-israélienne, c’est moins parce qu’ils ont des intentions, voire un “plan” quelconque, que parce qu’ils sentent, Obama et Bush unis à cet égard, que la situation leur échappe complètement. Les projets d’Obama de “parler” au Hamas font partie de la séquence: on lance un “ballon d’essai” pour tenter de reprendre la main, – mais moins, beaucoup moins, pour un but régional précis (disons offensif) que pour tenter de stabiliser le front du Moyen-Orient en paraissant y être à nouveau présent, et ainsi réduire cette pression extérieure ; parce que, pour ce cas précis, ce qui importe est la situation intérieure US, la crise économique et psychologique catastrophique, et qu’Obama veut y disposer du maximum de liberté d’action. Même si “parler avec le Hamas” paraît révolutionnaire par rapport au courant habituel, c’est en fait une mesure plutôt stabilisatrice pour sortir d’une position radicale pro-israélienne qui tend à devenir intenable pour les USA, par rapport à leur statut général dans le monde et à leur situation de crise intérieure. On conviendra aussi et surtout que c’est mettre un évidence le lien entre tous ces événements, et ce lien est le rythme de la “turbo-crise”.

On raisonne trop, en raisonnant de façon compartimenté pour chaque crise, comme si les acteurs avaient les mains libres, pour notamment suivre leur plan secret, – puisqu’il paraît qu’ils en ont. La réalité est que nous sommes tous sur la défensive, pressés, bousculés, baladés par la “turbo-crise”. Le temps des neocons et de leur délire halluciné est passé. Nous en sommes, aujourd’hui, à tenter de boucher les voies d’eau qui se déclarent partout, prisonniers du rythme de la “turbo-crise” que notre système a enfantée.

Publié par dedefensa.