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Gaza 2006-2009

LEVY Gideon, Gaza – Articles pour Haaretz, 2006-2009, La Fabrique, 2009 [l’HumanitéRadio Pluriel].

Un avion qui lance une roquette dans une rue noire de monde, un bébé atteint au cerveau par des éclats de missile, un avocat qui propose d’«étrangler» Gaza, un père qui identifie la moitié du corps de son fils grâce à ses chaussettes, des rues entières «mises à nu» par les bulldozers Caterpillar… semaine après semaine, jour après jour quand les événements se précipitent, Gideon Levy décrit les horreurs infligées par l’armée et l’aviation israéliennes à la population de Gaza. Et en même temps, il tend un miroir aux lecteurs de Ha’aretz : il leur montre leur «effarante indifférence», il leur explique que les dirigeants de l’opération «Plomb durci» risquent de se retrouver un jour devant un tribunal à La Haye, il leur assène que «le sang des enfants tués à Gaza est sur nos mains et non sur celles du Hamas, et nous ne pourrons jamais échapper à cette responsabilité.»

«J’aime Gaza», écrit Gideon Levy dans sa préface pour les lecteurs français. Les articles ici réunis sont à la fois un plaidoyer et un réquisitoire, et aussi une raison de se réconcilier avec le journalisme.

Écouter aussi :
Entretien avec Gideon Levy, Là-bas si j’y suis, 21/01/2010.
La guerre à Gaza, un an après.., Public Sénat, 21/01/2010.

Lire aussi :
• Gideon LEVY, Monde en Question
• Guerre de Gaza, l’HumanitéMonde en Question
Dossier documentaire & Bibliographie Palestine/Israël, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Palestine/Israël – Mur de l’Aparteid, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Palestine/Israël – Résistance Palestine, Monde en Question.

La guerre contre Gaza, un an après

Cette guerre montre le vrai visage d’Israël : racisme et haine, goût de la vengeance et soif de verser le sang

Cette guerre, peut-être plus que les précédentes, montre le vrai visage de la société israélienne. Le racisme et la haine, le goût de la vengeance et la soif de verser le sang. Les correspondants militaires soulignent à la télévision que les « inclinations des commandants » dans les «Forces de défense israéliennes» sont désormais de «tuer le maximum de personnes.» Et même si cela ne concernerait que les combattants du Hamas, ces «tendances» font froid au dos.

L’agression et la brutalité sans limite des militaires sont présentées comme des moyens d’éviter des pertes israéliennes : le rapport effrayant en matière de pertes humaines soit 100 morts palestiniens pour chaque israélien tué, ne soulève même pas de questions comme si nous avions décidé que leur sang a 100 moins de valeur que le nôtre, ce qui est la preuve de notre propre racisme.

Les gens de droite, les nationalistes, les chauvinistes et les militaristes sont les seuls à occuper les devants de la scène et ne les ennuyez pas avec les principes humanitaires et la compassion. C’est seulement à la périphérie du camp [de la guerre], qu’une protestation illégitimée, mise à l’écart et ignorée des médias, peut être entendue, une voix venant d’un petit groupe de Juifs et d’Arabes courageux.

Parallèlement à tout cela, s’élève une autre voix, peut-être la pire de toutes. C’est celles des «Juste-Hypocrites». Mon collègue, Ari Shavit, semble être leur éloquent porte-parole. Cette semaine, Shavit a écrit dans Haaretz du 7 janvier qu’«Israël doit doubler, tripler, quadrupler son aide médicale à Gaza » pour ajouter ensuite que : « l’offensive israélienne dans la bande de Gaza est justifiée … Seule une initiative humanitaire immédiate et généreuse peut prouver que, même au cours de la guerre brutale qu’on nous a imposée, nous n’oublions pas qu’il y a des êtres humains de l’autre côté.  »

Pour Shavit, qui a justifié cette guerre et qui a insisté pour qu’elle ne soit pas perdue, son prix est sans importance tout comme le fait qu’il n’existe pas de victoires dans de telles guerres injustes. Et il ose, dans le même souffle prêcher « l’humanité ».

Shavit, souhaite-t-il de nous voir tuer et de tuer encore, et ensuite de nous voir mettre en place des hôpitaux de campagne et d’envoyer des médicaments pour soigner les blessés ? Il sait que la guerre contre une population impuissante, peut-être la plus démunie du monde, qui n’a nulle part où s’enfuir, ne peut être que cruelle et ignoble. Mais des gens comme lui veulent toujours s’en sortir de façon élégante.

Nous larguons des bombes sur des immeubles résidentiels, et ensuite nous allons soigner les blessés à Ichilov, nous lançons des obus sur une population réfugiée dans des écoles des Nations Unies, et nous allons ensuite rééduquer à Beit Lewinstein les personnes que nous avons rendues handicapées. Nous tirons sur des gens et ensuite nous pleurons sur leur sort, nous tuons et ensuite nous nous lamentons, nous déchiquetons comme des «machines automatiques à tuer» des femmes et des enfants, et nous devons préserver notre dignité ensuite.

Le problème est que cela ne fonctionne pas de cette façon. Cette hypocrisie auto-justificatrice est scandaleuse. Ceux qui font des appels enflammés pour plus de violence sans égard pour les conséquences de cette violence sont au moins honnêtes.

Vous ne pouvez pas tout avoir. La seule «pureté» de cette guerre est la « purification prônée par les terroristes » qui signifie l’ensemencement de terribles tragédies. Ce qui se passe à Gaza n’est pas une catastrophe naturelle, un tremblement de terre ou une inondation, pour lesquels il serait de notre devoir de tendre une main secourable à ceux qui en sont touchés, d’envoyer des équipes de sauvetage, comme nous aimons le faire avec amour.

Tout ce qui se passe actuellement à Gaza de pourri et de catastrophique est la faute des hommes, Notre Faute. L’aide ne peut être offerte par les mains tâchées de sang de ceux que l’on veut secourir. La compassion [pour les victimes] ne peut germer à partir de la brutalité [des bourreaux].

Pourtant, il y a des gens qui veulent gagner sur les deux tableaux. D’un côté, tuer et détruire sans discernement et de l’autre montrer un bon visage et une conscience propre : aller au devant des crimes de guerre sans aucun sens de la lourde culpabilité qu’ils impliquent. Cela demande du culot. Toute personne qui justifie cette guerre justifie en même temps tous ses crimes. Toute personne qui prêche pour cette guerre et qui croit en la justesse de ses tueries, n’a aucun droit de parler de moralité et d’humanité.

Il n’existe pas quelque chose qui peut être en même temps le crime et son contraire. Cette attitude est le reflet fidèle de la base [société israélienne], dédoublement de la personnalité qui nous marque pour toujours : commettre une erreur, mais se sentir pur à nos propres yeux. Tuez, détruisez, affamez, emprisonnez, humiliez mais de grâce soyez droits et ne parlez pas de bien [humanité].

Les Justes en période de guerre ne seront pas en mesure de se permettre ce luxe.

Toute personne qui justifie cette guerre, justifie tous ses crimes.

Toute personne qui la considère comme une guerre défensive doit porter la responsabilité morale de ses conséquences. Toute personne qui encourage maintenant les politiciens et l’armée à continuer cette guerre, doit aussi à porter sur son front après la guerre la marque de Caïn.

Tous ceux qui soutiennent la guerre, soutiennent aussi l’horreur.

Gideon LEVY
Info-PalestineUJFP selon Ha’aretz

Écouter aussi : La guerre à Gaza, un an après…, Public Sénat.
Lire aussi :
• Gideon LEVY, Monde en Question
• Guerre de Gaza, l’HumanitéMonde en Question
Dossier documentaire & Bibliographie Palestine/Israël, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Palestine/Israël – Mur de l’Aparteid, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Palestine/Israël – Résistance Palestine, Monde en Question.

Réactions au discours de Obama

Le discours de Barack Obama analysé par des Israéliens contre la colonisation de la Palestine :

• Uri AVNERY
– 04/06/2009, Obama and Israel’s true interests, MWC News.
– 09/06/2009, The Tone and the Music, Gush ShalomDaily TimesContreInfo.

• Zvi BAR’EL
– 07/06/2009, The power of humility, Ha’aretz.
– 09/06/2009, Egypt, Saudis threaten to rescind Arab peace plan, Ha’aretz.
– 12/06/2009, Week in review/ after Cairo, The National Newspaper

In Haaretz, Zvi Bar’el said: « Obama is a political philosopher who seeks to forge a new constitution of international politics that can replace the old paradigm, which drew a line separating Islam from the West. The old paradigm also built the temples of Orientalism, where the Middle East was researched as a holding area of natives, which attributed wisdom to the West and backwardness to ‘Islam,’ and juxtaposed a West of diplomatic finesse and honest handshakes with an Islam of fraud and violence.
Obama, as he explained in a press interview, removed the masks in Cairo. No one is absolutely right and there are no clear villains. There are no good and bad religions. »

• Akiva ELDAR
– 04/06/2009, Obama put Arabs and Israel on an equal footing, Ha’aretz.
– 05/06/2009, Obama’s Cairo speech signals end of the 9/11 era, Ha’aretz.
– 12/06/2009, Obama’s Cairo’s speech: A compilation of views, Webdiary

Obama left Egypt with two tablets of the commandments – one for Jews and the other for Muslims. He left no room for doubt: An Israel that continues to discriminate against Palestinians and prevent them from exercising their rights to self-determination and freedom of movement cannot expect affirmative action from the US.
Obama placed violence against Israel on a par with the settlements and the humiliation of Palestinians in the territories. He spoke in the same breath about the struggle of Palestinians who lost their homes more than 60 years ago and the struggle of African slaves in the U.S. The Israelis could see themselves in the sentence that mentioned the apartheid state of South Africa.

• Gideon LEVY
– 05/06/2009, Future of Mideast is a domestic American issue, Ha’aretz.
– 05/06/2009, Obama emerged in Cairo as a true friend of Israel, Ha’aretz.
– 05/06/2009, Obama est un véritable ami d’Israël, AgoraVox selon Ha’aretz.
– 11/06/2009, Meanwhile, back in Israel, Ha’aretz.

• Tom SEGEV
 – 07/06/2009, Obama’s Buchenwald visit seen as balance to Cairo speech, Ha’aretz.

Lire aussi :
• Revue de presse (mise à jour le 12/06/2009), Monde en Question.
• Dossier Résistance à la colonisation de la Palestine
• Bibliographie Palestine/Israël

Israéliens contre la guerre coloniale en Palestine (4)

Gideon Levy est un journaliste du journal israélien Ha’aretz. Très critique de l’attitude israélienne vis-à-vis des Territoires occupés, il tient dans ce journal une chronique hebdomadaire des violations commises contre les Palestiniens sous le titre de « Twilight Zone ».

29/12/2008, The neighborhood bully strikes again, Ha’aretz.

31/12/2008, Les forces aériennes israéliennes sèment la mort, EuroPalestineInfo-Palestine.

01/01/2009, A Gaza, le difficile décompte des victimes civiles des frappes, Rue89.

04/01/2009, Gideon Lévy : une épine dans le flanc d’Israël, Le Monde.

05/01/2009, Dissidence israélienne, Le Devoir.

09/01/2009, Le temps des justes, Questions CritiquesUJPFInfo-Palestine.

12/01/2009, Choses vues de La Haye [Les dirigeants d’Israël paieront pour ce bain de sang], Info-Palestine [Dette de sang], Alternatives International.

15/01/2009, L’armée israélienne n’a aucune pitié pour les enfants des écoles maternelles de Gaza, Info-Palestine.

17/01/2009, L’écrivain, le journaliste et la division des pacifistes israéliens, Rue89.

Autres textes de Gideon Levy :
UJPF.
AFPS.
Info-Palestine.
CCIPPP.
EuroPalestine.
Palestine – Solidarité.
Alternatives International.
ContreInfo.
International Solidarity Movement.

Bibliographie Palestine/Israël, Monde en Question.
Résistance à la colonisation de la Palestine, Monde en Question.

Choses vues de La Haye

« Les dirigeants d’Israël paieront pour ce bain de sang » [1]

Quand les canons se tairont finalement, le temps des questions et des enquêtes sera venu. Les nuages de fumée et de poussière se dissiperont dans le ciel noir de Gaza ; la ferveur pour soutenir la guerre et la désensibilisation des masses seront à jamais oubliées et nous pourrions peut-être avoir une image claire de la bande de Gaza dans toute la réalité de la guerre qu’elle a subie. Ensuite, nous verrons l’étendue des tueries et des destructions, les cimetières surchargées et les hôpitaux débordés, les milliers de blessés et les handicapés physiques, les maisons détruites qui restent pour témoigner de cette guerre.

Les questions qui doivent être posées avec autant de précautions que possible sont de savoir qui est coupable et qui est responsable. Le volonté exagérée du Monde à pardonner à Israël est susceptible de se fissurer à ce moment-là. Les pilotes et les artilleurs, les équipes de tanks et les soldats de l’infanterie, les généraux et les milliers personnes engagées dans cette guerre chacun selon son zèle apprendront l’ampleur du mal et le caractère aveugle des frappes militaires. Ils n’auront peut-être pas à payer n’importe quel prix. Ils sont allés au combat mais d’autres les ont envoyés.

Un examen public, moral et judiciaire sera appliqué à deux hommes et une femme d’Etat israélien qui ont envoyé les Forces israéliennes en guerre contre une population impuissante, qui n’a même pas un endroit où se réfugier, dans la seule guerre peut-être dans l’histoire contre une bande de terre délimitée par une clôture.


Source : Vigile.net

Ehud Olmert, Ehud Barak et Tzipi Livni se tiendront dans le box des accusés. Le premier est déjà mis sous examen pénal et les deux autres sont candidats pour le poste de premier ministre.

Il serait inconcevable de ne pas leur demander de rendre compte du bain de sang à Gaza.

Olmert est le seul Premier ministre israélien qui a envoyé son armée en guerre par deux fois au cours de son bref mandat. L’homme qui a fait un certain nombre de déclarations courageuses sur la paix à la fin de son mandat, a orchestré pas moins de deux guerres. Parler de paix et de guerre, le « modéré » et l’« éclairé » Premier ministre s’est révélé comme l’un de nos plus grands fomentiers de guerre. En comparaison de cela, ses corruptions (« cash enveloppes » et les passe-droits « Rishon Tours ») le feront apparaître blanc comme neige.

Barak, le chef du parti de la gauche doit rendre compte des crimes des forces armées sous sa direction. Sa responsabilité est entière dans les bombardements et les tirs d’obus sur les centres de population, dans les centaines de morts et de blessés parmi les femmes et les enfants, dans le nombreux tirs sur les équipes médicales, dans l’utilisation des bombes au phosphore employées contre des zones civiles, dans le bombardement de l’école de l’ONU qui a servi de refuge à des résidents qui ont saigné à mort pendant des jours parce que les forces armées empêchaient leur évacuation en leur tirant dessus et en leur lançant des obus. Il doit porter la responsabilité même du siège imposé à Gaza pendant un an et demi et dont les implications sont effroyables dans la guerre d’aujourd’hui. Tout cela va compter comme crimes de guerre.

Livni, la ministre des Affaires étrangères et chef du parti centriste, restera dans les mémoires comme celle qui a poussé et légitimé le silence sur tous ces événements. La femme qui a promis « une autre forme de politique » y est totalement impliquée. Cela ne doit pas être oublié.

Contrairement à ce qui a été affirmé, nous sommes autorisés à croire que ces trois leaders ne se sont pas lancés dans la guerre pour des considérations électorales. N’importe quel moment est bon en Israël pour faire la guerre. Nous avons engagé la précédente guerre, trois mois après les élections, non pas deux mois avant. Israël va-t-il les juger sévèrement à la lumière des images provenant de la bande de Gaza ? Peu probable. Barak et Livni sont effectivement en hausse dans les sondages. L’épreuve qui les attend n’est pas une affaire locale. Il est vrai que certains hommes d’État étrangers ont cyniquement applaudi aux bombardements israéliens. Il est vrai que les USA ont gardé le silence, que l’Europe est restée muette, que l’Égypte a soutenu l’agression mais d’autres voix vont sortir des crépitements du combat.

Les premiers échos peuvent déjà être entendus. Ce week-end, l’ONU et la Commission des droits de l’Homme à Genève, ont demandé une enquête sur les crimes de guerre qui auraient été perpétrés par Israël. Dans un monde où les dirigeants bosniaques et leurs homologues du Rwanda ont déjà été mis en examen, une demande similaire est susceptible de porter sur les fomentiers de cette guerre. Les basketteurs israéliens ne seront pas les seuls à avoir honte dans les arènes sportives, et les hauts dirigeants qui ont enclenché cette guerre ne seront pas les seuls contraints de se cacher dans les avions d’El Al de peur qu’ils ne soient arrêtés.

Cette fois, nos plus hauts responsables d’Etat, les membres du cabinet de guerre seront susceptibles de payer un prix personnel et national.

Je n’écris pas ces mots avec plaisir mais avec tristesse et une profonde honte… en dépit de la tolérance internationale envers Israël, le Monde pourrait voir les choses autrement cette fois-ci. Si nous continuons ainsi, peut-être qu’un jour un nouveau tribunal spécial sera créé à La Haye.

Gideon Levy
12/01/2009
Publié par Info-Palestine.


[1] Choses vues de La Haye est ma traduction du titre original Things one sees from The Hague.