Palestine en Question

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Archives de Tag: Charles Enderlin

Apologie du terrorisme

À l’heure où certains découvrent la réalité de l’État d’Israël, il est utile de rappeler que le terrorisme fut revendiqué et pratiqué bien avant 1948. Voici des extraits d’un texte de l’Irgoun de juillet 1943 :


Frontières sionistes d’Eretz Israel

Il est généralement admis que le terrorisme est illégal mais, en fin de compte, qu’est-ce que la légalité ? Pouvons-nous douter qu’un grand nombre de lois – surtout les lois politiques – ne sont qu’une forme déguisée de terrorisme, c’est-à-dire de contrainte ? Si nous disposons de la force (la force : cela signifie la politique et l’armée), nous pouvons promulguer des lois nous convenant et tous ceux qui les enfreignent sont des révolutionnaires, des terroristes ou des anarchistes. […] Sors et va vérifier, et tu découvriras facilement que la loi est fondée sur la « terreur », c’est-à-dire appliquée par la contrainte.

Ni l’éthique d’Israël, ni la tradition d’Israël ne peuvent rejeter cette forme de combat. […]
Si la question posée est la suivante : Est-il possible d’engendrer la révolution ou de mener la libération par le terrorisme ? La réponse est Non ! Si la question est : est-il possible de progresser vers la révolution et la libération pas de telles actions [terroristes] ? La réponse est Oui !

Nous sommes loin d’avoir des hésitations morales sur le terrain de la guerre nationale […]. Avant tout, pour nous, le terrorisme fait partie de la guerre politique dans les conditions actuelles, et son rôle est très important. Il fait entendre clairement notre guerre contre l’occupant dans le monde entier et chez nos malheureux frères à l’extérieur de ce pays.

ENDERLIN Charles, Par le feu et par le sang, le combat clandestin pour l’indépendance d’Israël 1936-1948, Albin Michel, 2008 p.126 à 128 [Monde en Question].

Lire aussi :
Chronique Colonisation de la Palestine 2010 Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Sionisme, Monde en Question.

Victoire du terrorisme

L’histoire du monde suit son cours. La terre tourne toujours autour du soleil qui poursuit inéluctablement son déclin – patience… seulement dans quelques milliards d’années.

L’Empire américain s’écroule lentement sous le poids des guerres qu’il ne peut gagner en Irak et en Afghanistan et de celles qu’il ne peut mener en Iran par exemple car s’opposent à des sanctions non seulement le Brésil et la Turquie, mais surtout la Chine.

C’est peut-être en Palestine qu’il sombrera, incapable de faire respecter le droit international par l’État d’Israël qui se réfère à la Bible pour revendiquer Eretz Israel [1] et dont les dirigeants se comportent comme une bande de criminels [2].

Les protestations internationales ne pèsent pas grand chose car elles ne sont pas assorties de sanctions contre le terrorisme de l’État d’Israël. Les groupes de pression pro-israéliens et pro-sionistes veillent à ce qu’il en soit ainsi.
La majorité des Israéliens soutiennent la folie meurtrière de leur gouvernement et l’opposition, plus individuelle que collective, ne pèse pas grand chose non plus.

Il en sera ainsi tant que les puissances européennes, auto-proclamées civilisation occidentale, n’auront pas rompu avec leur passé colonial, source de l’accumulation de leurs richesses, et tant que les peuples resteront assujettis à l’idéologie dominante qui a transformé les luttes sociales en conflits ethnico-religieux.

27/05-01/06/2010
Serge LEFORT
Citoyen du Monde


[1] La terre d’Eretz Israel aurait été attribué par Yahweh au peuple auto-proclamé élu.
Lire aussi : Discours intégral de Benjamin Netanyahu lors de la journée de Jérusalem (12/05/2010), JSS News.
[2] Quelques articles et analyses :
• 31/05/2010, Israël traité d’«Etat pirate», Le Temps.
• 31/05/2010, GRESH Alain, Israël, l’impunité jusqu’à quand ?, Les blogs du Diplo.
• 01/06/2010, Le jusqu’au-boutisme israélien, Le Courrier.
• 01/06/2010, Après l’assaut, quelles conséquences pour Israël ?, IRIS.
• 01/06/2010, Attaque contre la flottille : Un crime de guerre, Actualités du droit.
03/06/2010, Raid israélien contre la Flottille de Free Gaza – Biden dit : « Oui, et alors, où est le problème ? », Des bassines et du zèle.
Lire aussi et surtout : ENDERLIN Charles, Par le feu et par le sang, le combat clandestin pour l’indépendance d’Israël 1936-1948, Albin Michel, 2008 [Monde en Question].

Grand aveuglement d’Israël

ENDERLIN Charles, Le grand aveuglement – Israël et l’irrésistible ascension de l’islam radical, Albin Michel, 2009 [EnderlinAFPS-PolitisRadio CanadaRadio OrientRue89].

En encourageant le développement à Gaza de la branche la plus extrémiste des Frères musulmans, Israël a joué avec le feu pendant près de deux décennies. Les gouvernements successifs à Jérusalem n’ont-ils pas longtemps cru que le cheikh Yassine, fondateur du Hamas, pouvait être « l’antidote à l’OLP » ? Il est vrai qu’à l’époque les États-Unis eux-mêmes, en finançant et en armant les moudjahidine afghans, avaient grandement sous-estimé la menace islamiste. Ni la CIA ni les services de renseignements israéliens n’ont alors pris la peine d’analyser – voire de traduire – les textes diffusés par ces organisations. Ils découvriront trop tard qu’ils ont, de fait, participé à la création du Hamas et d’Al-Qaida. Dans ce nouveau document d’enquête, l’auteur raconte, à partir de sources exceptionnelles et souvent exclusives, l’incompréhension, l’aveuglement, le double jeu parfois des services de renseignements et des politiques à Jérusalem, à Tel-Aviv et à Washington. Il décrit aussi comment l’occupation israélienne, le développement de la colonisation dans les territoires palestiniens et la politique américaine au Proche-Orient ont fait le lit de l’islam radical. Autant de leçons d’histoire à méditer pour tous ceux qui prétendent oeuvrer à une paix juste et durable dans la région.

Dossier documentaire & Bibliographie Palestine/Israël créé le 26/06/2004 et mis à jour le 08/12/2009, Monde en Question.

Par le feu et par le sang

Dans son dernier livre, Charles Enderlin tire de l’ombre les combattants clandestins de l’Irgoun, du groupe Stern et de la Haganah qui ont forgé, Par le feu et par le sang, le destin d’Israël.

Une mine de renseignements déconcertants pour les candides comme vous et moi ; et, au second degré, une source d’enseignement pour nos cours d’éducation morale et civique chapitre «fin et moyens» : jusqu’où est-il permis d’aller pour faire triompher une juste cause? Le récit enlevé et dru de Charles Enderlin, qui traverse les années noires de la préhistoire d’Israël, son combat clandestin pour l’indépendance, depuis la révolte arabe de 1936 jusqu’à 1948, comblera l’amateur d’insolite autant que les chercheurs de vérités. «On n’offre pas d’Etat à un peuple sur un plateau d’argent», disait Chaïm Weizmann, le premier président de l’Etat d’Israël. Malraux voyait dans cette phrase «une plainte amère». Ce n’est qu’un sobre constat, d’application universelle, et toujours contemporain, voir le Kosovo et la Palestine. Les hommes de bronze qui forgent un pays par le feu et par le sang, le leur et celui des autres, figurent rarement, après les fanfares du triomphe, sur le livre d’or des annales officielles. Ces ouvriers de la première heure, plus proches du Sartre des «Mains sales» que du Camus de «l’Homme révolté», Charles Enderlin s’est retroussé les manches pour les tirer du clair-obscur en interrogeant les derniers témoins, en exhumant les dossiers, en raboutant les pièces d’un sidérant puzzle.

Journaliste conséquent et bien documenté, ce familier des coulisses à qui on doit la meilleure histoire aujourd’hui disponible des récentes négociations de paix au Proche-Orient ne se distingue de l’historien que par la facture : il raconte l’histoire passée au présent, donnant ainsi au lecteur l’effroi des romans réalistes. Noir et policier en l’occurrence, puisqu’il s’agit de la lutte clandestine menée par ceux que les occupants britanniques appelaient au début des «gangsters», d’un genre très particulier, il est vrai : intellectuels pour la plupart, portés par une foi messianique, et prêts à se suicider pour la Cause. L’enquête sur les organisations paramilitaires sionistes qu’étaient avant l’indépendance l’Irgoun, le groupe Stern et les débuts de la Haganah, l’ancêtre de Tsahal, révèle quelques lourds secrets de famille, mais n’a rien d’une démystification scandaleuse tant l’auteur montre d’empathie pour cette piétaille du sacrifice. C’est l’histoire vraie de son peuple, et il l’assume.

Menahem Begin, juif polonais rescapé du goulag ; Moshe Dayan en jeune volontaire à qui une balle pétainiste arrache un œil sur le front syrien, en 1942 ; le Paris d’après-guerre où gaullistes et socialistes, la DST aidant, offrent une base arrière à la Haganah et au Mossad ; l’odyssée pathétique de l’«Exodus» : voilà, entre cent autres, des rappels illustres. N’oublions pas non plus l’assassinat en pleine rue de Bernadotte, le médiateur de l’ONU, et le terrible attentat de l’hôtel King David. Oui, une chanson de geste se fait aussi à coups de hold-up, de colis piégés, d’exécutions sommaires, de tueries d’innocents, de grenades dans des boutiques et sur des bus de civils (et pas seulement sur les postes de police). Il y a eu un terrorisme juif, assumé par maints «révisionnistes», résolument pratiqué par l’Irgoun et le Betar, créé en 1935 par Jabotinsky, leader de la droite nationaliste et chantre de «la nation absolue, fondée sur l’unicité de la race». Ce dernier demanda à ses hommes, après un massacre à l’aveugle, d’épargner autant que possible les femmes et les enfants arabes. «Le baratin contre le terrorisme» fut méthodiquement réfuté par un article, signé de Shamir et d’autres, en juillet 1943. Un texte très argumenté qui expédierait aujourd’hui ses auteurs du côté de l’axe du Mal.

Cette plongée en eaux profondes, nuisible au confort intellectuel des prisonniers du noir et blanc, nous rappelle utilement quelques vérités immémoriales et dérangeantes. Changez les noms. Mettez ici à la place d’Itzhak Shamir et de Menahem Begin, anciens terroristes promus chefs de gouvernement, quelques noms de Palestiniens emprisonnés ou pourchassés, et vous ne perdrez pas tout espoir de voir un jour la paix.

Qu’on se rassure. Le romantisme révolutionnaire n’a pas eu, en Israël, le dernier mot. Car le singulier, le plus admirable de cette histoire un peu partout répétée, c’est la façon dont Ben Gourion et les responsables syndicaux et politiques ont in fine fait rentrer dans le rang tous ces groupes d’activistes, en ramenant, manu militari – en faisant couler au large des côtes un navire rebelle de l’Irgoun, l’«Altalena» -, leurs fanatiques à la raison – d’Etat. Celle-ci exige le monopole de la violence légitime.

Ce retour au classicisme, heureux pour l’avenir démocratique du peuple hébreu, eut son prix : un voile pudique parfois injustement jeté sur la mémoire tragique des immolés de l’ombre. Maintenant, et en français du moins, grâce à Charles Enderlin, justice leur est rendue.

Regis Debray
6 mars 2008
Publié par NouvelObs.

Lire aussi :
• Attentats terroristes de groupes sionistes, Monde en Question
• Dossier Charles ENDERLIN
• Dossier Résistance à la colonisation de la Palestine
• Bibliographie Palestine/Israël