Palestine en Question

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Il n'y aura pas d'État Palestinien

Le titre de ce livre peut paraître pessimiste pour toux ceux continuent à militer pour la création d’un État palestinien alors que dans les faits ce processus est dans l’impasse depuis bientôt vingt ans. Après Edward Saïd, Ziyad Clot conclut que l’occupation durant soixante-quatre ans a créé dans les faits un État binational, mais ni le gouvernement d’Israël ni les dirigeants palestiniens en Cisjordanie (Autorité palestinienne) et à Gaza (Hamas), qui collaborent avec l’occupant, n’ont intérêt à le reconnaître pour des raisons différentes mais convergentes.

Il n’y aura pas d’État palestinien, selon l’auteur, parce qu’il n’y a plus de bases géographiques garantissant sa viabilité. Les frontières de 1967, qui privaient déjà le peuple palestinien de la Galilée, d’une grande partie de la bande de Gaza et de territoires rattachés avant cette guerre à la Cisjordanie, ne constituent déjà qu’un minimum à peine vital. Le morcellement continu des terres arabes de Cisjordanie, sous l’effet de la colonisation, de l’occupation par l’armée israélienne d’une bande de terre le long de la frontière jordanienne et d’un mur qui coupe en deux les propriétés agricoles, s’ajoute aux conditions de circulation difficiles du fait des check points.

Il n’y aura pas d’État palestinien, d’après Ziyad Clot, parce que l’actuelle autorité palestinienne n’a ni le pouvoir ni même plus l’autorité morale pour mener à bien les négociations qui pourraient aboutir à sa création. Face à un État israélien militairement surpuissant, soutenu sans faille et sans aucune objectivité par les États-Unis et maîtrisant nombre de canaux d’information internationaux, même si cette situation change rapidement, la Sulta ne fait que gérer l’urgence, au plan des symboles le plus souvent.

Il n’y aura pas d’État palestinien enfin, toujours d’après l’auteur, parce que rares sont les parties qui y ont vraiment intérêt. Jamais Israël et les États-Unis n’accepteront de donner des prérogatives de souveraineté, qui incluent notamment la politique étrangère et la constitution d’une armée, sans que cela ne soit pris par son opinion comme une épée de Damoclès. Cette autorité palestinienne permet juste à l’État hébreu de ne pas intégrer en son sein les millions de Palestiniens tout en empêchant l’émergence d’une autre puissance hostile. Les États arabes environnants, qui tant de fois ont instrumentalisé la cause palestinienne, n’ont aucun intérêt à voir émerger un tel État sur lequel aucun d’entre eux ne pourra avoir la maîtrise totale. On se demande même, à lire la longue série des renoncements de la Sulta, si cette dernière a intérêt à voir émerger cet État qui, démocratique, pourrait faire payer très cher à l’OLP et au Fatah leur corruption et leur éloignement.

Ce sombre tableau ne serait pas complet sans parler d’un acteur du quartet dont les silences sont assourdissants, à savoir l’Union européenne. Cette dernière est la principale pourvoyeuse de fonds de la Sulta mais jamais l’expression de « machin », employée par le général de Gaulle pour la caractériser, n’aura été si porteuse de vérité. Son rôle dans le processus d’Annapolis, à lire l’auteur, se résume à celui d’un ectoplasme sans mains et sans voix, voire d’une sorte d’idiot utile des États-Unis et d’Israël. L’Union européenne condamne sans conséquences la colonisation, la destruction de maisons palestiniennes au mépris des droits les plus élémentaires, ce qui valut aussi pour l’opération Plomb durci. Son indignation à dimension variable suit souvent de près celle des États-Unis ; l’attitude de la France est à peine détachée de cet
ensemble.

Esprit Critique

L’intérêt du témoignage de Ziyad Clot est résumé par Alain Gresh :

Franco-Palestinien ne parlant pas l’arabe, il est recruté par le département de négociations de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Il doit participer au processus de paix lancé par le président George W. Bush à Annapolis en novembre 2007, censé déboucher sur la création d’un État palestinien en 2008. Il se lance à corps perdu dans le travail pour y découvrir, étape par étape, que ces pourparlers ne font que masquer ce qui se passe sur le terrain : colonisation, judaïsation de Jérusalem, checkpoints, arrestations arbitraires, etc.

Les révoltes populaires, qui ont chassé du pouvoir Zine Ben Ali en Tunisie et Hosni Moubarak en Egypte, risquent de déborder en Palestine où la population vit dans la précarité sous la botte de l’occupant israélien et les collabos de l’Autorité palestinienne en Cisjordanie et du Hamas à Gaza [1].

12/02/2011
Serge LEFORT
Citoyen du Monde

Ziyad CLOT, Il n’y aura pas d’État Palestinien – Journal d’un négociateur en Palestine, Max Milo, 2010 [Esprit Critique n°100 p.12 à 14 – EuroPalestineInfo-PalestineLe Monde diplomatique].

« J’ai acheté un billet d’avion El Al. Destination aéroport Ben Gourion. Tel-Aviv. Israël. Il y a 60 ans, ma mère est née à quelques dizaines de kilomètres de là. À Haïfa, en Palestine. »

Ainsi débute le récit du « retour » de Ziyad Clot, petit-fils d’exilés palestiniens. À Ramallah, il accepte un poste de conseiller juridique auprès de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) et devient négociateur, participant aux pourparlers qui devaient mener à la création de l’État palestinien avant la fin de l’année 2008. Mais il se résout rapidement à l’évidence : « Le processus de paix est un spectacle, une farce, qui se joue au détriment de la réconciliation palestinienne, au prix du sang versé à Gaza. Et je suis en train de devenir bien malgré moi un des acteurs de ce drame. »

L’auteur nous plonge au cœur du processus de paix, dévoile les faux-semblants, les manœuvres des parties menées en coulisses et les rivalités internes et internationales qui contribuent à alimenter le fantasme de la solution des deux États. Ce témoignage édifiant, imprégné d’histoire personnelle, montre comment et pourquoi les négociations visant à créer l’État palestinien sont devenues vaines. Pour l’ex-négociateur, une solution pacifique à ce conflit ne peut plus passer que par un État unique au sein duquel Palestiniens et Israéliens devront vivre ensemble. Ce pays hybride, « Israeltine », est d’ailleurs déjà là.

Lire aussi :
• Entretien avec Ziyad Clot : Les Palestiniens n’avaient aucun intérêt à négocier avec Israël, Jeune Afrique, 10/02/2009.
• Entretien avec Ziyad Clot : « Proche Orient : peut-on rêver d’un État palestinien ? », Public Sénat, 16/09/2010.
• Les négociations israélo-palestiniennes, RFI 1/22/2, 18/09/2010.
• Entretien avec Ziyad Clot : « Point sur les négociations israélo-palestiniennes », Les matins France Culture, 22/09/2010.
• Entretien avec Ziyad Clot : « Il n’y aura pas d’État Palestinien », RFI, 25/09/2010.
• Entretien avec Ziyad Clot : « Les négociations israélo-palestiniennes sont une farce », Jeune Afrique, 27/09/2010.
• Entretien avec Ziyad Clot, ancien membre de l’équipe de négociateurs de l’OLP, France24, 27/09/2010.
• Entretien avec Ziyad Clot : « Il n’y aura pas d’État palestinien », OummaPalestine – Solidarité, 10/11/2010.
• Entretien avec Ziyad Clot : « Un État palestinien est-il encore possible ? », Radio Orient, 27/11/2010.
Dossier documentaire & Bibliographie Palestine/Israël – Un seul État, Monde en Question.
Dossier documentaire & Bibliographie Résistance à la colonisation de la Palestine, Monde en Question.


[1] Le Hamas et l’OLP répriment toute action de solidarité avec l’Egypte, WSWS, 10/02/2011.

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