Palestine en Question

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Les crises accélèrent l'Histoire

Les occasions sont rares (mais de moins en moins, après tout…) où l’on peut voir simultanément les événements se presser sur des fronts différents, en une occurrence qui semble être l’Histoire même en train de se faire. Un jour comme ce 9 janvier 2009, avec les nouvelles qui sont publiées, ressemble à une telle occasion, illustrant d’ailleurs une période d’une intensité extraordinaire […]

Aujourd’hui, 9 janvier 2009, on voit donc l’accélération des événements sur trois fronts différents, dont on sait pourtant qu’ils sont liés entre eux par une extraordinaire intensité et par un rythme insensé des événements qui les caractérisent.

• La crise de Gaza entre dans une phase chaotique, entre les événements sur le terrain et les événements autour des événements sur le terrain. Le constat du jour est que les USA se trouvent dans l’obligation d’accepter une certaine implication à laquelle ils se sont refusés jusqu’ici. Par conséquent, leur “action” est indirecte, fragmentée, faite de réactions officielles improvisées ou d’informations officieuses pressantes. Le vote du Conseil de Sécurité de l’ONU demandant un cessez-le-feu à Gaza, par 14 voix et l’abstention des USA est une illustration de cette situation. […]

• Parallèlement, le Guardian annonce tenir de bonnes sources que l’administration Obama devrait entreprendre des contacts avec le Hamas à un niveau moyen, chose jusqu’ici absolument proscrite de la politique US. D’une façon très caractéristique, le processus est décrit comme devant se faire selon des normes l’apparentant à un “processus secret”, mais il est annoncé, par l’intermédiaire du Guardian, avec un luxe de détails et de précisions qui fait s’interroger sur la signification du “secret” en question. Les causes avancées concernent autant une volonté de tenter de débloquer la situation que celle de faire rentrer les USA dans une crise dont ils ont été complètement absents.

• Mais il y a sans doute, ou bien évidemment, une autre raison dans cette évolution US. Il s’agit de la situation aux USA, qu’Obama et ses conseillers jugent de plus en plus dramatique, et qui nécessite une mobilisation extrême. Cette mobilisation passe par la nécessité de tenter de contenir les crises extérieures trop pressantes, notamment celle de Gaza ; et l’équation actuelle, notamment les positions internationales de plus en plus affirmées de malaise ou d’hostilité devant l’action d’Israël, implique éventuellement les ouvertures qu’on a vues. Quoi qu’il en soit, il y a aussi, aux USA, dans l’évaluation qu’on fait de la crise économique, une accélération et une dramatisation sans précédent. Obama parle désormais d’une “catastrophe économique” si des décisions ne sont pas prises dans les semaines qui viennent, voire dans les jours qui suivront son inauguration. L’atmosphère commence à ressembler effectivement à celle de l’inauguration de FDR le 5 mars 1933.

• La “crise du gaz” en Europe, entre l’Ukraine et la Russie avec des effets directs extrêmement sévères en Europe devient, elle aussi, dramatique et pressante, quelles qu’en soient les orientations. La Russie et l’Ukraine étant en désaccord commercial, le gaz russe vers l’Europe passant notamment par l’Ukraine, la Russie accusant l’Ukraine de prélever du gaz pour elle-même alors que la Russie ne veut plus lui en livrer, – tout cela a conduit à la décision russe de couper tous leurs envois à et par l’Ukraine (dont ceux pour l’Europe). Il fait froid et nombre de pays européens sont en difficultés. La Commission européenne va envoyer des observateurs en Ukraine (avec l’accord des Russes) pour enquêter sur la situation et déterminer les responsabilités. L’OTAN se réunit et annonce qu’il faut faire quelque chose, qu’elle va faire quelque chose…

On bouche les voies d’eau comme on peut

[…] Tous ces événements (Gaza, Obama, le gaz russe) pourraient être perçus comme n’ayant guère de liens directs entre eux, sauf qu’ils ont l’essentiel en commun, qui est le rythme justement, qui nous est imposé. On peut s’acharner à tenter de comprendre ces crises, c’est-à-dire les causes profondes, les intentions cachées, les manigances ; y arriverait-on, grâce à notre imagination prolixe pour trouver des plans et des manigances diverses, qu’on n’y aurait encore rien compris du tout. Ce qu’il importe de saisir et de mesurer, c’est le rythme des choses, qui passe par ce qui est commun à toutes ces crises, qui est la déstabilisation générale et commune, intervenue avec les événements de l’automne 2008, de situations diverses déjà très déstabilisées elles-mêmes. A ce moment-là, seulement, touche-t-on la substance de la chose, qui fait que ces crises sont différentes de ce qu’elles sont en général, – disons “de ce qu’elles sont d’habitude”, si ce terme d’“habitude” n’était un peu contradictoire avec ce qu’est une crise en général.

C’est pourtant le cas. La “turbo-crise” rend toutes les autres crises, les crises sectorielles, régionales, etc., complètement inhabituelles. Pour cette raison, il est vain de vouloir les comprendre pour ce qu’elles sont d’habitude, avec le risque en plus de partir sur des chemins de traverse passant par les spéculations si tentantes pour l’esprit à propos des manigances, des manœuvres secrètes, des plans mystérieux et grandioses qui ne se réalisent jamais là où on les attend, etc. Si les USA font ce qui semble être des concessions par rapport à leur politique rigide pro-israélienne, c’est moins parce qu’ils ont des intentions, voire un “plan” quelconque, que parce qu’ils sentent, Obama et Bush unis à cet égard, que la situation leur échappe complètement. Les projets d’Obama de “parler” au Hamas font partie de la séquence: on lance un “ballon d’essai” pour tenter de reprendre la main, – mais moins, beaucoup moins, pour un but régional précis (disons offensif) que pour tenter de stabiliser le front du Moyen-Orient en paraissant y être à nouveau présent, et ainsi réduire cette pression extérieure ; parce que, pour ce cas précis, ce qui importe est la situation intérieure US, la crise économique et psychologique catastrophique, et qu’Obama veut y disposer du maximum de liberté d’action. Même si “parler avec le Hamas” paraît révolutionnaire par rapport au courant habituel, c’est en fait une mesure plutôt stabilisatrice pour sortir d’une position radicale pro-israélienne qui tend à devenir intenable pour les USA, par rapport à leur statut général dans le monde et à leur situation de crise intérieure. On conviendra aussi et surtout que c’est mettre un évidence le lien entre tous ces événements, et ce lien est le rythme de la “turbo-crise”.

On raisonne trop, en raisonnant de façon compartimenté pour chaque crise, comme si les acteurs avaient les mains libres, pour notamment suivre leur plan secret, – puisqu’il paraît qu’ils en ont. La réalité est que nous sommes tous sur la défensive, pressés, bousculés, baladés par la “turbo-crise”. Le temps des neocons et de leur délire halluciné est passé. Nous en sommes, aujourd’hui, à tenter de boucher les voies d’eau qui se déclarent partout, prisonniers du rythme de la “turbo-crise” que notre système a enfantée.

Publié par dedefensa.

Une réponse à “Les crises accélèrent l'Histoire

  1. laurentchaumette 14/01/2009 à 13:14

    merci de ce très intéressant angle de vue

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